En maternelle on vous traite assez rapidement de génie dès que vous faite le moindre truc créatif. Moi j’étais le petit génie du dessin, fierté de la maîtresse et des parents. Sauf que voilà, une fois en primaire j’ai rapidement arrêté de gribouiller, sans parler du collègue. Mes skills de couche culottes n’ont rapidement plus rien valus. Flash forward (oui j’ai du budget effets spéciaux en début de semaine) au collège. Je suis un sale teen de merde qui ne jure que par les décolletés plongeants et les jeux vidéos. Je n’ai pas acheté une vraie BD ou touché un crayon depuis des années. Jusqu’à ce jour fatidique où, piégé dans un supermarché Mousquetaires au milieu de la Drôme, une couverture de magasine a attiré mon attention dans le rayon presse. Par Cröm ! Ce n’est pas un magazine mais une BD format réduit, avec Lara Croft. Sapristi mais d’où proviennent ces chatoyantes couleurs ? Et puis surtout, c’est quoi ce pur niveau de dessin qui encule la totalité de la production franco-belge ?!! Fiévreux de curiosité je faisais l’acquisition de ce que j’allais bientôt appeler « Comic ». Dans les crédits, le nom du dessinateur s’imprimait au fer rouge derrière ma rétine. Michael Turner est un dieu vivant.

Il existe comme ça une liste d’auteurs et d’artistes qui ont fait de moi ce que je suis. Si je n’étais pas tombé sur ce comics de Michael Turner j’aurais sûrement continué mon existence à lire des mangas bon marchés et jamais je ne me serais mis à la BD, forgeant mon goût pour l’écriture. Durant tout le collège, j’achetais frénétiquement tous les nouveaux comics de Turner, je recopiais ses nénettes dans les marges de mes cahiers. En quelques mois je redevenais le skillé de la classe en dessin. Un peu plus tard je me lançais à gribouiller mes propres bande-dessinées. La suite on la connaît. Tout le long de mes expérimentations à base de critérium, je découvrais sans cesse de nouvelles séries américaines, aux dessins et aux histoires qui m’influencent encore aujourd’hui. Avec le temps, j’ai constitué cette liste de personnes à qui je dois tant. Je m’étais dit que je les croiserais toutes à un moment ou à un autre. J’en ai déjà vu un et je l’ai remercié comme il se doit. Sûrement que je le raconterais un de ces quatre. Michael Turner en plus d’être beau gosse, sympa et de dessiner comme un dieu est surtout super jeune. Trente sept ans cette année.

Sauf que je ne pourrais jamais dire merci à Turner. Michael est mort dans la nuit de vendredi à samedi, le 27 juin, comme de par hasard pour achever de me plomber. Causes du décès : complications suite à une intervention pour un cancer osseux qui a atteint la hanche. Bien voyons, le hasard, mon cul ! Depuis huit ans, je suivais les déboires de santé de mon auteur favoris dans sa lutte contre le cancer. Malgré les opérations multiples, les chimiothérapies intensives, il a toujours continué à dessiner, à son rythme. Il avait des projets sur plus de cinq ans et moi je les attendais de pied ferme. Maintenant je me retrouve seul avec mon admiration. Je ne pourrais jamais le croiser en festival et lui dire que depuis des années les murs de ma chambre lyonnaise sont ornés de ses posters. Parce que le comics est un art mineur dans le grand ordre des choses et parce qu’il était malade depuis longtemps, l’émoi ne s’étendra pas bien loin et rapidement Michael Turner sera oublié du plus grand nombre. Perdu. I won’t ever forget. You made me and I fucking loved you.

Bon… Du coup je me sens un peu con à embrayer sur le sujet de demain. Show must go on comme on dit. Demaine je parlerais de la roulette russe que sont les partiels dans mon école de com’.
MALUS STAGE !!!
Sérieusement comment un type avec cette tête peut être mort ?!? Allez je lâche encore un peu de goodies pour les neuneuils trop humides.

