[Suit de la note 637]
Après quelques minutes d’incompréhension et de grogne, un responsable prend le micro et nous annonce qu’ils ont un problème. La bande VO n’a été livrée que quelques dizaines de minutes avant la séance. Trop court pour la tester, la faute à pas de chance si c’est pas calé. Ils n’ont pas réussi à recadrer le problème à la volée. Pour ceux qui le souhaitent, Avatar sera diffusé en VF. Pour les autres, ils sont invités à quitter la salle et prendre contact pour un geste commercial (deux places offertes). S’ensuit un bon quart d’heure de battement, où un tiers de la salle se barre, y compris mes amis à usage unique m’ayant promis le partage d’un taxi. Fuck. Double fuck parce qu’après trois heures à sympathiser, je sentais que je pouvais briser un couple et repartir avec la fille. Au moins ceux qui n’avaient pas pu choper une bonne place ont pu se rattraper avec tous ces départs. En ce qui me concerne, l’image est plus importante que le son, et je vais voir un film en Image MAX, pas en VOMAX. Puis avatar, le jeu des acteurs ricains, s’pas le plus important. Alors je reste.

Puis bon, après un trajet épique, une attente épique, je ne partirai pas sans mon putain de film épique ! Les lumières s’éteignent à nouveau. Le film reprend. Reprend ? Des geeks se lèvent, hurlent au projectionniste de remettre le long métrage depuis le début. La voix répond que « ce n’est pas un DVD, on ne peut pas rembobiner ». Allez, pour dix minutes, au point où on en est. Jake découvre son Avatar, rentre dans la machine, se connecte. La VF est de très bonne qualité, que ce soit en trad ou au niveau des voix. « C’est le pied ! » Puis ayé, on est lancé, vingt minutes dans le film, Jake découvre les forêts de Pandora et se fait attaquer par le Thanator. Quand tout à motherfucking coup, les sous-titres réapparaissent sur l’écran ! Holy shit ! Mais what the ?! Mais ?! Des voix commencent à s’élever. Cette fois, c’est certain, le Gaumont Disney Village va être rasé par une horde de fanboys en colère. A ce moment précis, au bord du précipice, de la fin de la civilisation, du retour à la barbarie, les enceintes crépitent. La bande son saute, avant de switcher sur une piste VO. Parfaitement calée.

Tonnerre d’applaudissements.

J’ai vécu les deux heures suivantes comme un premier rendez-vous avec une fille que je convoite depuis longtemps. Je n’ai pas été surpris, mais en m’offrant exactement ce que j’espérais, elle n’aurait pas pu me combler d’avantage. On aura essayé de me dire qu’elle n’est pas jolie, qu’elle manque de conversation. Au point que j’aurais tort de l’aimer, que je n’aurais pour des raisons absurdes pas le droit d’être heureux avec. Bile déversés par les cœurs de pierre, les prétentieux de tout poil. Car parfois il suffit juste de se laisser porter, de profiter du moment. Et je sais que j’ai bien fait d’attendre, de ne pas lui sauter dessus à la première occasion. En patientant jusqu’au bon soir, en lui laissant le temps de se faire belle, j’en ai pris plein les yeux, qui sont restés écarquillés. Tout ça valait le coup, la difficulté du périple ayant sublimé la rencontre. J’en suis rentré des images plein la tête, avec une seule certitude, le besoin de la revoir.

Le public a applaudit une nouvelle fois à la fin du film, mais cette fois ce n’était pas pour le projectionniste. Quant au retour, il fut à la hauteur de l’aller. J’ai patienté après minuit pour prendre le bus de nuit, direction gare de Lyon en une heure trente de trajet. Coups de téléphone pour partager mon expérience, finissage du Paul Auster, tous les moyens étaient bons pour que je ne m’endorme pas. Le trajet à pied de Gare de Lyon jusqu’à Oberkampf aura terminé de m’achever. D’où un effondrement au fond du lit, pour une nuit plein de beaux rêves.


