Quand je me suis orienté en première scientifique, ce n’était pas uniquement pour faire plaisir aux parents et suivre les potes. Si j’étais minable en maths et très moyen en physique, la biologie a toujours été mon truc. Comprendre pourquoi les choses fonctionnent, les rouages et les combinaisons, c’est une passion personnelle qui va des structures littéraires à la vascularisation des tumeurs. Les maths sont trop abstraits et la physique part trop vite dans les conjectures, alors que la biologie reste, à mon sens, beaucoup plus longtemps dans une certaine réalité. Une moyenne de bio à 18 ne sauvera malheureusement pas mes notes en dessous de la moyenne par ailleurs. Echec, redoublement et changement d’orientation. Quand j’étais ado, je voulais devenir virologue ou oncologue. Faire de la recherche et pousser les blocs de vie un peu plus loin (même si, okay, techniquement un virus n’est pas vivant). Si j’ai laissé tomber mes ambitions, la curiosité n’a jamais disparu.

Souvent les médecins me prennent pour un patient « doctissimo ». Le mec qui croit tout savoir, qui paranote pour rien et énonce des contre vérités apprises sur les internets lors d’une nuit sans lune (merci les forumeurs fous qui entretiennent leurs névroses). La semaine dernière j’étais malade comme un chien. Paralysé à l’idée de devoir appeler un médecin sur Paris je m’étais diagnostiqué comme je pouvais avec mes bouquins et l’aide du mode macro de mon appareil photo numérique. C’était assez moche pour que je me bouge. J’avais pris les paris avec moi-même, sur le diagnostic et les antibios prescrits. Au retour, je comparais. Bingo (okay je connaissais pas le nom du générique mais ça compte !). J’ai repensé à l’interne dans cet hôpital y’a quelques années, qui voulait savoir en quelle année de médecine j’étais. Quand j’ai demandé ce qui lui faisait dire ça, il m’a avoué que ma manière de parler et mon vocabulaire étaient au cran au dessus du patent normal. Je vous passe les engueulades que j’ai pu avoir avec un chirurgien sur le consentement éclairé. En fait je suis la pire sorte de patient, celui qui en plus de jouer son « je sais tout », à parfois raison (bon, à part dans mes crises d’hypocondrie).

Parce que depuis des années, pour un tas de raisons plus ou moins personnelles je bouffe des dizaines d’articles médicaux par mois. A un moment je lisais le journal officiel international d’oncologie en anglais (j’ai souffert là dessus, à faire des aller-retours sur le dico médical). Et au final je trouve Docti super faiblard : ils expliquent jamais rien. C’est comme quand on me dit “il est mort du cancer”. Ca veut dire quoi ? C’est pas une cause de décès ça un cancer. Faut pas s’étonner que j’aille frapper à la porte de l’oncologue pour avoir le replay commenté image par image (ooooh les toxines dans le sang !). Le personnel médical a tendance a tout vulgariser par défaut, ou à ne rien dire du tout. Plus simple, moins relou. Quand le marketing me gave, que je passe en revue mes anciennes vocations, je regrette plus la médecine que le droit. Et si je suis platoniquement tombé amoureux de mon namoureuse sur Lyon, c’est à cause de sa fac de médecine et du fait qu’on puisse parler fibrome jusqu’à quatre heures du matin (aussi parce qu’elle est giga canon, je dois le concéder). Ca m’aurait même fait me poser une ou deux questions cette année. Genre tain si je signais un best seller et que j’avais plein de temps libre, j’irai bien squatter en fac de médecine, ce qui est absurde je vous le concède.

Si vous ne regardez pas Community, vous avez tort. Vraiment.
En fait je crois que ça me gonfle d’être dans cet espèce d’entre deux. En savoir plus que le patient lambda, moins toujours beaucoup moins que le médecin en face. Pas méga confortable.
Demain on va casser du second roman.


