Aujourd’hui je dois avoir rendu la version dite zéro de mon mémoire, le premier draft, le truc auquel il ne manque qu’un coup de polish histoire de le rendre présentable pour la version finale dans trois semaines. Devinez quoi ? Je n’ai pas ouvert le moindre bouquin théorique et mon mémoire se borne à une poignée de pages de brouillon dans un coin poussièreux de mon disque dur. A ce stade là c’est être dans une merde plus que galactique, on n’est pas loin de la démission intellectuelle. Pourtant j’ai un temps libre de fou furieux, peu d’obligations au point d’enchaîner depuis près d’un mois des quasi-nuits blanches à faire rougir de chaleur mon clavier face à Word. Je peux mettre tout ça sur le dos de l’absurdité du concept de mémoire, de la paralysie induite par le retard accumulé et un tas d’autres trucs du style.

Le problème c’est que j’ai comme l’impression que la démission scolaire ne s’applique pas qu’à moi. Ces dernières semaines pas mal de résultats de concours ont pu tomber, c’est la période d’examens. J’ai une copine qui s’est pris dix refus d’écoles d’affilée et qui doit tout doucement envisager de laisser tomber sa passion pour faire une fac avec deux ans de retard. Une autre qui ne compte même pas aller aux partiels de son hypokhâgne, persuadée d’avance de les planter, tout comme elle a planté tous les concours d’admission en seconde année d’institut d’études politiques. Deux exemples parmi tant d’autres que je vois passer à l’autre bout de mon MSN ou d’un Starbucks partagé au lieu de travailler. Le fait est que les gens, les étudiants, tout ce beau monde a des rêves, des passions, contre lesquels ils se cassent les dents. Et je soupçonne qu’il ne s’agisse pas seulement d’une question de niveau.

J’ai l’impression que cette démission de la vie en général se propage. On peut mettre ça sur le dos de la crise, qui déprime tout le monde. Mais peut être que le climat sociopolitique actuel ne donne pas envie de croire à ce qui auparavant nous faisait rêver. Alors qu’il y a encore quelques mois je me voyais bien indépendant, salaire correct, à profiter de l’après études, à présent je me dis qu’un redoublement ne serait pas si mal. Une année de plus pour ne rien foutre, se raccrocher à ce qui est simple et subventionné par la bourse et les aides pour le logement. Certes c’est irréaliste et il va falloir que je me bouge le cul, ne serais-ce que pour éviter l’éxécution familiale. Et si une bande d’illuminés lucides refusait tout simplement d’avancer, incapables de revoir à la baisse leurs espérances de vie ou bien de trouver un sens à un futur qui tire la tronche. Avec cette putain de question qui nous hante, qu’allons nous faire maintenant ?

Ca fait un moment que tout ça me travaille. Je pensais même en faire le thème d’un éventuel bouquin, jusqu’à ce que je réalise que mon récent manuscrit, écrit à l’origine avec un tout autre angle, ne parle que de ça.
Demain on parlera de pollution sonore.





