La semaine dernière j’ai conseillé à un pote qui s’intéresse beaucoup aux filles de lire The Game, de Neil Strauss. Il a botté en touche et fait une blague pour s’extirper de là. Il a tort.
Maïa a parlé du dernier bouquin de Mystery ces derniers jours. Mystery, c’est le mec qui a inventé le Game, le type qui a décidé d’utiliser son esprit de nerd pour décoder les socio-dynamiques de la drague. C’est aussi et surtout le mentor de Neil Strauss dans The Game. J’ai parcouru rapidement les commentaires de l’article de Sexactu, pour réaliser que, un peu comme mon pote, ses lecteurs refusaient en bloc de se frotter aux bouquins des dragueurs pros. Ils préféraient dénigrer, lancer une petite vanne et s’enfuir dans un nuage de fumée. J’ai fini par me demander si cette réaction épidermique ne cachait pas une peur, celle que ces conneries de branleurs fonctionnent. On préfère toujours se voiler la face vis-à-vis de ce qui peut remettre en cause notre perception de la réalité.
A titre personnel, je pense qu’il faut se frotter à tout, ou au minimum savoir que cela existe. Du coup, par réaction contraire opposée (troisième loi de Newton) aux voileurs de face, j’ai chopé le Revelation de Mystery. Et je l’ai lu.

Si je recommande The Game, c’est qu’il s’agit d’un livre de journaliste. Neil Strauss est biographe et gratte-papier professionnel, il raconte une expérience en immersion, tire des conclusions personnelles et ajoute sa part d’humanité à l’histoire. C’est d’ailleurs pour ça que je le recommande, ce n’est pas un livre sur la drague, c’est un livre sur le milieu des dragueurs. A contrario, Revelation est un manuel scolaire. Il reprend la base : comment gérer et optimiser toutes les étapes qui vont de « je repère une fille » à « je couche avec cette fille ». Ça passe par une longue introduction théorique sur le fonctionnement relationnel des hommes et des femmes, avant de passer aux conseils plus pratiques. Et là, magie de l’orientation misogyne des propos. C’est délicieux parce que très drôle si pris au second degré, et flippant si appliqué à quelques filles pas trop malignes de son propre entourage.
D’ailleurs, mon exercice mental favori durant la lecture a été d’associer les différentes tactiques et conseils à serial-choppeurs que je peux connaître et côtoyer. Début d’effroi quand tu commences à réaliser qu’ils utilisent bel et bien, souvent de manière inconsciente, des préceptes et feintes conseillés par Mystery et ses potes.
Il faut dire que je crois au Game, pour une raison toute conne : j’ai vu quelqu’un s’en servir avec succès. Même si, comme pour tout, il aura fallu bouffer des mois d’entrainement et d’échecs. Mais la technique fonctionne, entre astuces, stratégies plus ou moins complexes et état d’esprit général.
La mauvaise nouvelle c’est que Revelation ne va transformer personne en über-dragueur de la mort. Pour ça, il faudra de la sueur, des larmes, et beaucoup de documentation annexe. D’ailleurs le livre est émaillé de références et citations externes, ce qui donne parfois de lire un vrai papier scientifiques (oh god). Au final, Revelation est un peu comme The Game dans le sens où il est une introduction à un milieu, une philosophie, et peut servir d’encouragement à qui veut en savoir plus. Une lecture rapide permet même de retenir quelques conseils qui vont du bon sens ou pro tip sans pour autant devenir misogyne ou psychopathe. Ce qui est toujours bon à prendre. Dans tous les cas, il est le versant non narratif du livre de Strauss. L’un comme l’autre sont parfait pour assouvir une curiosité.
Et comme c’était déjà le cas pour The Game, je ne peux que recommander la lecture en diagonale d’un PDF pirate ou sur un étal pour savoir que cela existe. L’humain est vaste, ses ressources aussi. Que l’on adhère ou pas, il est toujours intéressant de se frotter à la question.
Même (sourtout ?) un lendemain de St Valentin.



