Pendant que les poids lourds anglo-saxons de l’année dernière débarquent chez nous (Freedom, Room, Sunset Park), la rentrée littéraire anglophone démarre de son côté. Tom Perrota fait partie de la première vague avec son sixième livre : The Leftovers (qu’on peut traduire par Les restes/Les abandonnés). Je vous avais déjà parlé de plusieurs des romans de l’auteur, comme Election, Bad Haircut ou encore The Abstinence Teacher. C’est du coup par habitude que j’ai « cliqué ici pour en savoir plus » quand j’ai vu passer The Leftovers dans une newsletter litté. Petit pincement au cœur de ne pas pouvoir l’acheter dans la même édition poche que les précédents, qui étaient TRES jolis. D’où l’absence de remords sur ce coup à prendre un exemplaire numérique, le jour de sa sortie (attendre 9h du mat’ qu’il soit minuit aux US pour le Kindle s’actualise avec le livre ; arriver en retard au bureau).

Le Rapture a eu lieu, les justes ont été choisis pour aller au paradis avec quelques années d’avance sur le jugement dernier. C’est en tout cas la principale explication qu’a trouvé le monde suite à la disparition simultanée de millions de personnes à travers la planète. Depuis trois ans, ceux qui restent tentent de reprendre une vie normale. Il y en a qui essaient de remplacer leurs êtres chers, que ce soit en hébergeant sur la durée une amie de sa fille, ou en acceptant de coucher avec un autre homme que son mari. D’autres qui se réfugient dans le spirituel, en faisant vœu de silence ou en suivant un nouveau prophète. Chacun essaie de s’en sortir à sa manière dans la petite ville de Mappleton, quand bien même cela les pousse dans des directions qu’aucun d’eux n’auraient pu prévoir.
Bordel que le pitch était sexy sur le papier.
Malheureusement, Perrota fait plusieurs choix qui m’ont vite calmé. La disparition de millions de personnes n’est jamais contextualisée. Par exemple, à aucune moment on ne précise à quoi cela ressemblait, pas de description frontale, ou de bande vidéo qui aurait tout vu. L’auteur joue la pudeur pour garder le mystère, à ma grande frustration (et pas le genre positive). Dans le même ordre d’idées, on ne nous donnera pas non plus de point de vue géopolitique : un nombre précis de disparus, des signes de l’impact économique (prix des logements par exemple) etc… A peine un personnage évoque t’il toucher une pension du gouvernement suite au départ de sa moitié. Enfin, malgré la mention répétée du Rapture, on ne nous confirmera jamais la nature de l’incident. Je soupçonne que ce soit pour ne pas froisser les athées et autres tatillons des écritures mais ça nous prive d’un bel angle d’attaque : ceux qui restent ne seraient pas les Justes, et donc moins bons que ceux qui sont partis.
En réalité, le Rature n’est là que pour amorcer le récit en créant situation initiale et élément perturbateur, avant de venir se planquer en arrière plan pour toute la seconde moitié du livre. On se retrouve du coup avec un mélo de quadras et leurs mômes aux prises avec leurs névroses. Ce qui n’est pas un mal en soi, vu que c’est bien fait. C’est juste plusieurs crans en dessous ce que j’espérais. La fin a le mérite de ne pas jouer la facilité et de nouer les différentes intrigues avec talent.
N’empêche, je reste un peu déçu. Même si c’était bien.
BUY STAGE !!!