J’ai donc lu les quatre cent et quelques pages de Limitless entièrement sur mon téléphone portable. C’est mon côté japonais ça (rapport au succès des romans à suivre sur portable là-bas, on en reparlera). C’était surtout mon côté « mon Kindle est mort ». Au moins je sais que je PEUX le faire. Me niquer les yeux sur un roman entier. Tout ça parce que j’avais très envie de lire Limitless. Parce que j’avais très envie de voir le film Limitless, mais que d’ici qu’il sorte chez nous, autant lire le livre. Un bouquin qui au départ s’appelle The Dark Fields (et qui est dispo en français sous le titre Champs de ténèbres). Sorti en 2001, le livre a été renommé d’après le film pour sa réédition US en mars 2011.
Si vous avez du mal à suivre, c’est pas très grave, c’est du marketing.

Eddie Spinola est un être humain assez médiocre. En surpoids, mal fagotté, il essaie tant bien que mal de finir un livre technique de commande pour un petit éditeur lorsqu’il tombe par hasard sur son ancien dealer de fac. Celui-ci lui propose une drogue révolutionnaire, réputée sans danger, qui a le pouvoir de décupler les facultés mentales. Incrédule, Eddie tente le coup. En quelques jours il a terminé son livre, appris une langue étrangère, rangé son appartement et est capable de gagner des fortunes en bourse. Accro à la version parfaite de lui-même, il se retrouve à gober jusqu’à trois pilules par jour pour monter toujours plus haut dans l’échelle sociale. Propulsé chez les magnats de la finance en quelques semaines, Eddie commence à réaliser que ce médicament miracle n’est pas sans effets secondaires, et que les compromis auxquels il a consenti pour faciliter son ascension risquent de lui coûter très cher.
Limitless a, de mon point de vue, deux problèmes. Le premier est que la quasi-totalité des emmerdes d’Eddie découlent du fait qu’il a emprunté une large somme d’argent à un mafieux plutôt que de patienter quinze jours à augmenter son pécule seul. C’est STUPIDE. Ce qui est con quand le héros est censé être l’homme le plus intelligent du monde. Même le premier des demeurés sait que c’est une mauvaise idée, alors un dopé du cerveau… Ce qui nous mène au second problème du livre : Eddie n’est pas écrit comme un personnage intelligent. Ce parce qu’il est extrêmement difficile pour un auteur de produire un personnage de fiction plus malin qui lui-même (logique). C’est possible, mais il faut y passer beaucoup de temps et d’énergie. Là, j’ai parfois eu envie de hurler à Eddie qu’il était stupide. Ce qui, pour un héros qui prend une drogue qui le rend hyper intelligent, est un peu paradoxal.
MAIS.
Au-delà de ça, le bouquin est super bien. Le pitch de départ est séduisant, et tout l’enchaînement des effets de la drogue sur Eddie est cool. Après, ça part principalement en mode bourse et capitalisme (devenir intelligent fait devenir trader, sachez-le) mais ça ne m’a pas déplu. Ça manquait un chouille de sexe par contre (il y en vaguement, mais on reste dans le presque). Dans l’ensemble Limitless se lit bien, comme un bon petit thriller avec un fond très léger de science-fiction. En tant que premier roman, ça assure. Assez pour être signé par Hollywood. Assez pour que je le lise sur mon téléphone de bout en bout sans sourciller.
Au vue de la bande-annonce du film, il semblerait que le script ait prit pas mal de libertés avec la trame originale et pourrait se révéler meilleur.
BUY STAGE !!!
Limitless en poche anglais, Champs de ténèbres en poche français.
TRAILER STAGE !!!
Howl est découpé en plusieurs parties entremêlées. Le (très) long poème est lu par Allen Ginsberg à une assemblée dans ce qui semble être un bar. Simultanément le texte est montré sous la forme de séquences d’animations, mêlant dessin traditionnel et 3D pour créer des mouvements vertigineux. L’autre gros morceau du film met en scène le procès de l’éditeur de Howl, pour avoir imprimé un texte jugé obscène. Des professeurs de littérature se succèdent à la barre et jugent de la qualité littéraire du poème, cuisinés par l’avocat de la défense joué par le toujours impeccable John « Don Draper » Hamm. Enfin Allen Ginsberg est interviewé chez lui par une personne en vue subjective et donne son point de vue sur Howl, le procès, sa vie, la beat génération, ses amants. Le tout étant proposé de manière entremêlée, proche d’un patchwork arty.
Le film demeure un documentaire dans la mesure où le script est construit entièrement à base du texte intégral de Howl, des comptes rendus du procès et d’extraits d’interviews. Il n’y a donc en théorie pas une seule ligne qui relève de la fiction. L’exercice est donc particulièrement intéressant, l’objet filmique unique. Howl, le film, est à la fois une adaptation du poème en animation, une lecture du texte, une biographie d’un des plus grands poètes contemporains américains et un documentaire sur la pudibonderie et la valeur littéraire. Le sujet dépasse la poésie pour parler de la société Us de l’époque, de l’homosexualité et de la vie des poètes dans une société post industrielle. La Beat Generation est aussi abordée, avec la présence de Kerouac, ami et amant (si j’ai bien compris) de Ginsberg. De quoi me motiver à creuser le sujet.
Si le film a un défaut c’est qu’il est dense. Howl est formidablement écrit mais difficile à percer en version originale (et comme le film ne sortira pas chez nous…). Ca m’a un peu piqué le cerveau et j’ai dû louper pas mal de trucs. C’est clairement pas le truc qu’on regarde pour se détendre un samedi soir.

