662 Bis – By The Way, You’re Wrong

Bon, vous êtes plusieurs à m’avoir envoyé la news. Amazon ouvre sa boutique de livres numériques aux oeuvres en langue française d’auteurs indépendants. Désormais, vous, moi, n’importe qui peut aller se greffer sur la plateforme en ligne et vendre directement sur le site son roman/récit/recettes de cuisine. A nous Amazon, terre promise de l’autoédition ! MAISAYSUPAYR ! Bordel Le Reilly ! Tu te rends compte que maintenant le système est niqué ! Plus besoin d’éditeurs ! Allez mec va foutre la merde et devenir super riche avec Mamazone, main dans la main.

Oui mais non. Si vous pensez sincèrement ça, vous avez tord, et je vais vous expliquer pourquoi.

Passons sur le suicide commercial et critique que constitue l’auto-publication en France, où la mentalité n’est pas là. Un livre autopublié est avant tout un échec éditorial, scarification indélébile. Aucun écrivain français de littérature dite classique n’est vraiment sorti de l’autoédition, n’a réellement émergé grâce à l’autoédition. Que ce soit au niveau public, critique ou professionnel, les mentalités n’en sont pas là. Sans parler du fait qu’un éditeur aime à la relecture, à l’épuration des scories et simplement à la mise en page (pour un plus long argumentaire, voir chez Audrey).

Ensuite, Amazon prend les deux tiers des bénéfices. Juste pour convertir et héberger un fichier. Cool. Tous les e-readers lisent le format ePub ou PDF, au contraire du format propriétaire du Kindle. Si je convertis le truc moi-même et que je le mets en vente sur mon blog/site/facebook, je prend cent putain de pour cent des bénéfices et touche tous les e-readers. Et les gens qui ont un Kindle peuvent tout autant le lire. Je verrais l’intérêt si Amazon mettait en avant les auteurs indépendants. Mais à moins de faire un putsch et de breaker le top 25 des ventes générales de Kindle, les gens ne vont trouveront pas mieux que sur votre blog. Avantage de visibilité zéro donc. Sachant qu’à ma connaissance, et je peux me tromper, mais aucun auteur indépendant au US n’est sorti de l’ombre grâce au Kindle. Et ça en langue anglaise, sur un marché de centaines de milliers de Kindles. Alors en France, en langue française, avec à peine quelques milliers de Kindle en circulation. Insérer un lol.

Cette annonce n’à qu’un intérêt, faire bonne figure en annonçant une plateforme ouverte qui pour l’instant ne sert à rien. Amazon en ressort grandi et les gens pleins d’espoirs voient là un moyen de court-circuiter le système. Sauf que non. La base d’utilisateurs et les mentalités ne sont pas encore là. Avec aucun avantage et un gros inconvénient financier,cette initiative n’est que poudre aux yeux, pour l’instant en tout cas.

Au moins le plan marketing de Mamazone fonctionne, à lire certaines réactions de mes amis. Good job.

626 – Paper Plane

Chez les ricains, en matière de librairie, on mélange pas les torchons et les serviettes. Deux enseignes distinctes s’occupent des DVD/High-Tech et des bouquins (in your face, RNAC). En gros si tu veux acheter des livres dans la vraie vie, hors mamazone, tu n’as que Barnes & Noble en maouss enseigne nationale. Y’en a un peu de partout, nettement plus que les librairies indépendantes. C’est étrange parce qu’à Paris, j’étais habitué à ce que l’on trouve un bouquiniste toutes les deux rues au grand minimum. Ici quand je veux acheter un roman, il faut que je m’organise sur google maps avant d’aller errer dans le froid pendant une bonne vingtaine de minutes jusqu’à Union Square. Et encore, une fois arrivé il faut espérer qu’ils aient ce que je recherche. Dans ce bled on kiffe tellement les biographies de pétasse TV et les bouquins d’auto-aide/psycho que je me suis retrouvé plusieurs fois à faire choux blanc dans mes quêtes de vrais livres. On n’en a pu.

Les nouveautés chez B&N, qui est pas une boutique super classe en fait.

Les ricains n’ont pas ce petit truc qu’on appelle la loi sur le prix unique du livre. Aussi entre ce qu’il y a marqué sur la quatrième de couverture et la caisse, c’est surprise et compagnie. Exemple. Chez B&N, toutes les nouveautés couverture cartonnée bénéficient de 20% de remise. Si tu possèdes la carte payante du magasin, c’est 30%. Les couvertures souples sont à peu près au prix indiqué, sauf lorsqu’ils sont savamment disposés dans des rayonnages à moins tant. Chez les indépendants tout est simple. Tu paies le prix de départ et si t’es pas content t’as qu’à aller faire tes courses sur Amazon. Et avec le recul, tu réalises que c’est pas une si mauvaise idée, vu que l’enseigne online est quasiment systématiquement moins coûteuse que n’importe quel magasin en dur de la vraie vie. Ou la logique du web marchant poussée jusqu’aux livres. Ce qui répond à la question de savoir où sont passés les libraires indépendants.

Librairie indé qui ouvre jusqu'à minuit dans le sud de Manhattan. Je crois que j'en suis tombé amoureux.

Pourtant le kif de déambuler dans des allées pleine de papier est encore plus fort ici. Le mémoire que j’ai pas écrit explique cette pulsion marketing qui pousse à créer des couvertures magnifiques, pleines de personnalité. Passer ses doigts de pavé en pavé est jouissif, expérience des sens. Et je me suis retrouvé à banquer des romans dont j’avais à peine entendu parler auparavant, sur leurs seuls mérites graphiques. J’ai aussi assisté à une démo du Nook, l’e-reader de B&N avant de discuter avec un fervent possesseur du Kindle. Le mec m’expliquait que son appart’ était plein de bouquins, qu’il ne pouvait plus se passer de son nouveau gadget et poussait le vice à racheter ses vieux livres en version numériques pour pouvoir les consulter non plus. Confère tous ces businessmen pendus à leur Kindle dans le métro de bon matin.

Et les nouveautés en Fiction dans ma tite librairie. Sérieux ça donne pas grave envie ?

Quand j’ai raconté que gars que j’avais des pulsions de fierté à arborer une étagère bien remplie et qu’en plus les nanas adorent ça, pouvoir checker les lectures d’un mec, il m’a répondu, dans un éclat de rire, que j’étais vraiment une raclure de français. But hey, what can I do, right ?

580 – Are We There Yet ?

L’édition est un des secteurs culturels les plus immobiles, réfractaire à la nouveauté et au numérique. Un simple tour sur les sites officiels des plus grosses maisons suffira en vous en convaincre (fugly). Quelque part j’ai le souhait que tout ce beau monde se prenne une putain de claque de la part des géants de la vente, qu’ils se retrouvent à genoux à force de refuser d’être cohérent et de voir la vérité en face. Car la vérité toute nue c’est qu’ils sont pour la première fois depuis des décennies face à une réelle évolution de leur secteur d’activité qui peut leur permettre de toucher un tout nouveau public adepte de technologies, d’élargir le cercle des lecteurs de romans en France grâce a des prix plus abordables. Mais jusqu’ici, tout ce que ces grands auront été capables de faire est de mettre des bâtons dans les roues à la mise en place de l’ordre nouveau et de freiner des deux pieds.

580---Trap-Lettré

Force est d’admettre qu’une telle attitude n’a rien d’étonnant. C’est humain de se raccrocher à ce qu’on connaît. L’âge, les études et le mode de vie des dirigeants de l’édition est de toute façon tout sauf propice au changement. Une fois de plus il est à craindre qu’on doive attendre que les concepteurs d’e-reader fassent comprendre aux éditeurs que c’est à eux d’assurer la distribution des e-book et non aux éditeurs eux-mêmes (Comme c’est le cas aux USA avec Amazon, Barnes & Nobles et bientôt Apple). La montée du piratage et le désintérêt du public finiront par convaincre ce beau monde de baisser les prix et favoriser la mise en place de standards. Les leçons du disque et du cinéma n’auront servi à rien. Au jeu du plus con il faut à chaque fois repartir de zéro. Qui sait, peut-être qu’un mec un peu moins à la ramasse que les autres arrivera à tirer son épingle du jeu et prendre une longueur d’avance sur ses camarades.

Le livre a cela de supérieur au disque ou au DVD que l’objet possède des qualités intrinsèques inaltérables. Impossible de reproduire le toucher d’une belle couverture gaufrée, le grain de la page qu’on tourne. Le bon vieux pavé n’a pas de soucis à se faire, il cohabitera peinard à côté de l’e-book. Peut-être même que les éditeurs vont enfin arrêter de faire de la merde niveau couverture et que l’objet livre trouvera dans cette évolution numérique une bonne raison de devenir encore plus beau qu’avant, pour justifier d’autant plus son existence. On en revient à la solution de proposer tous les choix, acheter l’e-book pas cher, le livre à un tarif normal et les deux avec une ristourne. Quand on en sera là, n’hésitez pas à me réveiller, je serai le premier à plonger, à continuer la lecture d’un pavé laissé sur ma table de nuit sur mon Kindle dans le métro.

580---Nook-Lettré

Parce qu’en vrai, face à la jeune fille à l’e-reader, j’avoue que j’étais un peu jaloux, parce que je vois déjà les avantages à en tirer en tant que lecteur. Alors en attendant de vivre enfin dans un monde cohérent, je vais continuer à acheter mes livres à prix cassé sur le net en import ou en boutique. Le numérique, on y viendra, mais putain que c’est long !

Demain, on parlera des mixtapes, et à seize heures, une dernière note Bis photo.