
On a fini par se parler le dernier cours, tous. La grande blonde de 17 ans était en plein passage du bac. C’était un bon sujet de conversation pour enfin discuter un peu ensemble. Début mars on avait commencé l’apprentissage du japonais à sept, pour finir le semestre à cinq. Petit à petit j’ai appris les motivations de mes petits camarades, principalement boulot pour les adultes et passions pour les autres. De mon côté, je n’arrive pas encore à formuler de vraie raison du pourquoi j’ai mis mon réveil pendant quatre mois chaque samedi matin. Un jour j’irai au Japon, enfin je crois. Ou alors je bosserai peut-être avec des… heu… BORDAYL. J’ai beau de pas être capable de justifier du pourquoi du comment, je sais que j’en avais envie et que ça me plait. En plus, ça me permet (encore) de me plaindre.
Tous les vendredis soirs je faisais mon pénible de milieu de soirée, à filer avec le dernier métro, parce que, tu comprends, j’ai cours demain matin. Pratique dans les soirées un peu nazes, tristesse le reste du temps. Ensuite je pouvais chouiner que j’avais pas eu le temps de faire mes devoirs, entre le boulot et le reste. Ca et le fait que même à 25 ans, j’ai été incapable d’arriver en cours à l’heure la moitié du temps. Ce qui tend à prouver qu’on ne grandit pas vraiment et que, scolairement, j’en suis à peu près au même niveau de maturité qu’à la fac, et au lycée, et au collège. A la seule différence près que cette fois ci je paye chaque heure de ma poche et je ne sèche rien. Une assiduité qui à grandement surpris plusieurs de mes proches, qui s’étonnaient de voir que je n’avais pas abandonné.
Bros de peu de foi.
Samedi dernier, c’était le partiel de fin de semestre. Une dictée de dix phrases et quatre pages de textes à trous, questions réponses et autres feintes. Bien que je ne sache toujours pas énumérer les jours de la semaine, je devrais assurer assez de points pour passer au niveau du dessus. Hey, j’ai appris à me présenter (L1), gérer les objets et lieux du quotidien (L2), faire du shopping, compter (L3) et utiliser les verbes monde du travail au présent et passé (L4). Ouais, c’est pas la méthode la plus sympa du monde, plutôt axée pour les travailleurs expats (ce qui révèle un tas de trucs sur la mentalité et la politique nippone). Genre je vais pas aller pick up des filles avec ça. Du coup j’ai pas vraiment le choix, je dois rempiler à la rentrée. Jusqu’à ce qu’au moins je sache comment aborder un être humain normal pour autre chose que lui acheter un truc ou lui demander un jour de congés.
A la fin de mon partiel, je suis sorti de la salle en sachant que, vu le nombre d’horaires et de classes, je ne reverrai sans doute pas ma prof et encore moins mes camarades. On ne s’est pas dit grand-chose au fil de ces 4 mois mais on était ensemble, unis par une activité un peu bizarre le samedi matin. C’était déjà pas mal.
Et je me suis souvenu d’un autre truc qui n’a pas changé depuis l’école, le pincement au coeur quand il s’agit de dire au revoir.

