261 – Everyone’s a Critic # 29

L’autre jour j’étais à la RNAC pour me payer quelques Nicolas Rey pour ma collec’, quand un bouquin a attiré mon regard. Le titre de fou : « Mon CV dans ta gueule ». Faut savoir que j’adore le mot « Gueule », c’est comme ça, chimique, j’y peux rien. Puis bon si ça c’est pas de l’incitatif ! Sans déconner il pourrait y avoir n’importe quoi dedans le titre est vendeur à lui seul. J’en veux pour preuve que ce Alain Wegscheider (je jure de plus réécrire son nom de tout l’article) a réussi à faire rééditer ce premier roman en livre de poche tout en l’ayant sorti chez un petit petit petit éditeur. Ayant le sens de la formule, son second bouquin s’appelle Ni Dieu Ni Coca. Quel petit malin celui là ! Du coup, c’est mes gènes de communiquant qui ont attrapé un exemplaire, sans même regarder de quoi ça parlait. Pi bon cinq reuros quoi…

Sachez tout d’abord que la quatrième de couverture est fourbe. Elle nous annonce une histoire de chômeur qui bute des employés et postule à leur remplacement. Mince, c’est quand même super proche du film Le Couperet de Costa Gavras. M’enfin trop tard, je l’ai acheté, je le lis. Et puis, tel un patient du docteur House, le résumé ment. En effet pas la moindre ombre d’un véritable meurtre jusqu’à la moitié du bouquin. On suit plutôt les aventures de Martin, intérimaire dans une boîte pharmaceutique, et son histoire d’amour avec une jolie stagiaire, le tout sous fond de chômage et de crise économique. Puis à mi-chemin, on part dans une série de meurtre, qui semble se résoudre avec le twist le plus éculé de tous les temps depuis que Chuck Palahniuk (dont je causerai dans quelques semaines) est passé par là. Mais en fait non ! Parce qu’il y a Shyamalan sous roche (je vous laisse vous faire votre image mentale de cette expression destinée à devenir célèbre) avec un second twist, plus malin que le premier !

Je sens que je suis pas clair. Mais c’est normal, je veux pas spoiler. Et puis le bouquin est pas clair non plus ! Car il faut dire que pendant une première centaine de pages je me suis fait un peu chier, à me demander quand toute cette histoire qui ne correspondait pas au résumé allait décoller. Pas forcément la faute de l’intrigue, mais plutôt à l’écriture. Des événements importants sont comprimés dans un paragraphe tandis que des pages entières sont dédiées à des détails moins cruciaux. Une baisse d’attention dans la lecture et c’est le drame. Ce n’est pas que ce soit mal écrit, mais ça manque un peu de clarté dans l’enchaînement des actions. Tout comme le registre qui oscille entre le réalisme et l’humour noir sans jamais réellement choisir son camp. Sans être paumé, j’ai eu parfois beaucoup de mal à suivre ce qui se passait. A un moment j’ai décrété que le bouquin était mauvais et chiant. Puis l’histoire s’emballe, je m’intéresse de nouveau, avant de retomber pour usage de twist bas de gamme. Sauf que la fin sauve le reste, avec un dénouement aussi atroce que bien vu. Qu’il est fort ce Wegscheider (et merde) !

Oui, j’ai un blog absurde des fois.

Au final Mon CV dans ta gueule correspond parfaitement à l’image que l’on peut se faire d’un premier roman : audacieux, parfois (très) bancal mais prometteur. J’aime bien changer trois fois d’avis sur ce que je suis en train de lire au fil des pages, ça m’auto-ménage le suspense quand à mon verdict. Pas mécontent d’avoir dépassé ma déception initiale.

Demain retour sur la séance de shooting de la semaine dernière, quelques photos en bonus.

122 – Show Me The Money

On connaissait déjà le produit intérieur brut et toute la ribambelles d’autres indicateurs sensés mesurer la santé économique d’un pays. Bah y’a une bande de types vachement pas cons (The Economist en 1986, best year ever) qui ont eu l’idée du siècle. Partant du principe que chaque McDonald au monde se doit de proposer le BigMac, et sachant que la recette est invariable quel que soit le pays, combien coûte un BigMac à travers le monde ? Ne riez pas, cet indice est très officiel et sérieusement étudié par un certain nombre de chercheurs. Chaque année les prix sont remis à jour et l’on peut ainsi suivre l’évolution d’une partie de l’économie mondiale. En ce qui me concerne c’est un peu pareil, mais avec le coca. Tout comme un représentant fais gaffe à combien coûte l’essence qu’il met dans sa bagnole, je fais gaffe à combien coûte mon carburant. Et en arrivant au Cap D’Agde la semaine dernière, force était de constater qu’il était fortement possible que je venais de trouver la source de la mort du pouvoir d’achat en France.

Hop petites statistiques sorties de nulle part. En moyenne sur Lyon en grande surface je trouve la bouteille de coca zéro (ouais j’ai des kilos en trop, pas ma faute, j’en reparlerais) pour environ un euro trente. En supérette parisienne (Shopi mon amour !) le litre cinquante de coca zéro s’échange autour d’un euro cinquante, soixante si on est au Monop’ de Bastille dans l’espoir de croiser une star. Aussi quelle ne fut pas mon profond traumatisme lors que je me suis retrouvé face à l’étiquette sudiste. Deux putain d’euros pour une bouteille de coca zéro ?!? Mais c’est quoi ce monde de merde ?! Si j’avais eu un bateau je me serais jeté par-dessus bord en maudissant les cieux, tel Georges Abitbol. Autant dire que dès lors plus rien ne m’étonnait, même pas les quatre yaourts pour trois euros ou, accrochez vous les kids ça va décoiffer : la boîte de chocapics régulars à sept euros cinquante !

Une semaine d’un tel régime et je me retrouvais à avoir claqué autant en bouffe qu’en location d’appart’. Mon pouvoir d’achat s’était fait attraper dans une ruelle sombre, roué de coups de batte cloutée puis jetée à la mer afin que son cadavre difforme s’écrase encore deux ou trois cent fois contre les rochers. Est-ce que les centrales d’achats se gavent autant que les revendeurs ? Mon marketing sens était en éveil. Sans parler de mon sens logique. Un pauvre qui à juste une bagnole et une tente décathlon premier prix va se faire défoncer la tronche au Spar de la côte, quand au même moment un riche qui peut se payer l’avion jusqu’à Hawaï va se faire plaiz pour pas cher vu la côte du dollar. Note perso, essayer d’être riche. De toute façon on a vite chopé le coup : ça revenait moins cher d’aller au restaurant que de tenter de combotter un menu home-made cohérent. M’enfin je suis quand même rentré sous le choc et encore je n’ai pas parlé des vendeurs de piercings/bracelets/fringues qui pullulaient eux aussi, parce que là je finirais par mordre dans le câble d’alimentation de mon portable pour en finir.

Tout ça pour dire que l’économie du littoral est à l’image des vendeurs de jeux vidéos de République à Paris (les connaisseurs apprécieront) : un état dans l’état, une principauté avec sa propre échelle de valeur marchande. Brr, j’en ai froid dans le dos. Mieux vaut se réchauffer en rédigeant l’article de demain qui parlera des nudistes et des filles à la plage.