1069 – Reasons Why

Quand j’étais en primaire, j’ai commencé à écrire des nouvelles quand j’ai réalisé que ça me donnait une excellente excuse pour ne rien branler. Exemple. Au lieu de jouer au foot pendant les cours d’éducation physique et sportive, j’avais le droit de rester sur le banc, seul, tant que j’étais en train d’écrire. Matthias est un artiste. On ne bride pas l’artiste. ON LE COMPREND. Dans le même ordre d’idée, j’avais le droit d’écrire au lieu de faire des exercices en rab’ si je finissais mon travail en avance. La maîtresse m’encourageait. Certes Matthias ne passe pas la journée à faire des exos de math, mais il écrit donc ça compense.

Les esprits taquins en déduiront que si j’ai fini gros, amorphe et si j’ai retapé ma première scientifique, c’est à cause de l’écriture. Les esprits ironiques en déduiront que j’avais trouvé ma vocation, ayant compris qu’on fout une paix royale aux artistes.

Puis j’ai fait de grandes études. Le plan B.

Mon premier bouquin je l’ai écrit sans faire exprès. Je couchais sur papier des suites de mot, puis un jour j’ai réalisé qu’en mettant un épilogue là, ça faisait un roman. Un accident quoi. Mon second bouquin je l’ai écrit parce qu’on m’a forcé. Rédige une nouvelle pour valider ton bac +3, jeune. Fuck you, je vais faire un roman ! Ça, c’était fait. Mon troisième bouquin je l’ai écrit parce que je devais l’écrire et que j’avais, de toute façon, un tunnel de temps libre. C’est-à-dire que ça à foutre. Mon quatrième bouquin, je l’écris parce que… heu…

Ecrire ne me permet plus de bosser moins. Je ne peux pas aller voir mon boss et lui dire que là je vais pas pouvoir lui rendre ce tableau excel avant demain parce que je suis un artiste et que là je rédige. Au contraire écrire me force à bosser plus. Ce manuscrit n’est pas un accident. Il a été pensé, réfléchi, pesé dans tous les sens depuis presque deux ans. Personne ne me force à l’écrire ceci étant dit. Je peux très bien laisser tomber, ne plus jamais toucher au fichier word et poursuivre le cours de mon existence. Et je n’ai pas non plus le devoir de l’écrire. Je ne me sens pas investi d’une haute mission tout comme je n’ai rien coincé en travers de la gorge que j’ai besoin de vomir sur papier.

Quoi alors ? Qu’est-ce qui reste ?

Un tas de trucs que vous pouvez deviner facilement. En vrac l’envie artistique, le besoin de m’exprimer à travers des mots, le challenge de la fiction pure, le jeu d’un personnage féminin, l’expérience d’un nouveau temps dans l’écriture, des essais de narration et plein de trucs que j’oublie. Ah, si. Le fait aussi que ce bouquin je l’ai lu des centaines de fois et que je le trouve vachement bien, assez pour vous le conseiller mais ça demeure galère tant que vous ne pouvez pas à votre tour le lire.

Simplement le plan B a fait bien plus que suivre son cours, il est le réel. Aussi tangible que mon badge d’entreprise avec lequel je joue dans le métro le matin. Je n’ai jamais été aussi peu « poussé » à l’écriture par l’extérieur. L’univers à décidé de me laisser seul.

Cette fois, tout repose sur moi.

1055 – Motivational

Si vous allez devenir écrivain il n’y a rien que je puisse dire qui empêchera ça. Et si vous n’allez pas devenir écrivain, il n’y a rien que je puisse dire qui fera de vous un écrivain.

Donc si vous allez devenir écrivain c’est déjà plus ou moins gravé dans le marbre. Et si tel est le cas je veux vraiment vous féliciter. Parce qu’il y a plein de choses à faire dans la vie. Il y a la lessive, il y a la poussière, il y a les courses pour manger. Il y a toutes ces choses qu’il faut faire pour pouvoir avoir ces dix ou vingt minutes pendant lesquelles vous êtes un écrivain. Et vous avez tous réussi à faire toutes ces corvées, vous faites tout, et vous faites ça [écrire] en plus. La plupart des gens ne font pas ça. La plupart des gens sont content d’avoir fait la poussière et bonne nuit.

Et vous faites tout ça, et vous vous autorisez assez de temps et d’énergie qu’il vous reste pour écrire. Ceci en soi est remarquable. Ça n’arrive pas simplement, naturellement, dans le monde. Vous vivez une vie très disciplinée et vous faites en sorte que cela [écrire] se produise.

Alors félicitations, car vous n’êtes pas la plupart des gens.

Ceci étant une traduction approximative (j’ai sommeil bordel) du début d’une intervention d’une heure de Chuck Palahniuk lors d’un déjeuner/groupe d’écriture en 2009. Le tout a été filmé et si vous pigez un minimum l’anglais ça vaut vraiment le coup d’oeil.
Et je sais que parfois je ressemble à un disque rayé mais je trouve ça prodigieusement inspirant quand un auteur reconnu se lance dans des discours motivants, s’adresse à ceux qui n’y sont pas encore.  Ça manque beaucoup. J’aimerais bien que la prochaine fois qu’un écrivain à succès se retrouve en access prime à la TV française il prenne 2min pour booster le moral des troupes, de ceux qui grattent entre deux cours, à la pause midi au taf’ ou dans un coin de weekend.

Je pense beaucoup à ça et j’aime à croire que si un jour je me trouve assez légitime pour ce genre d’intervention je prendrai le temps de le faire. En attendant je vais mettre paris en bouteille et je reviens.

908 – Smoking Gun

Parce qu’il n’ya que les gros connards qui ne changent pas d’avis, je me suis mis à écrire des nouvelles. Pour un truc avec un thème et voilà, du coup c’est pas pareil. Anyway. J’en suis à une bonne demi-douzaine et je réalise que je dois faire face à un léger problème. Un soucis que j’ai aussi pu observer dans les livres des autres, au fil des recueils que je boulote de temps à autre. On voit venir la fin gros comme un camion. Bien sûr que le héros est le schyzo, il n’y a pas d’autres solutions pour boucler l’intrigue ! Mais tss bien sûr qu’en fait elle a pas trompé le gars, tout ça c’est sa parano ! Vous voyez l’idée. Au bout de quelques pages on voit très bien où tout ça nous embarque. Bah j’ai un peu ce soucis, à intervalles régulier. En somme, j’ai du mal à planquer mon flingue de Tchekov.

Attention on faire un peu de théorie là. L’idée du pistolet de Tchekov (d’Anton Tchekov, écrivain du XIXème) c’est, en gros, que si une arme tire un coup de feu dans l’acte trois, on doit l’avoir vue dans l’acte un. Une manière comme une autre de dire que tout retournement doit être introduit. Sans tous les petits indices dans Sixième Sens comme quoi Bruce Willis, personne lui parle, le twist de fin n’aurait aucun impact. Ca sortirait de nulle part, on se sentirait floué. Autre exemple beaucoup plus subtil (ou pas, suivant le point de vue). Une des toutes premières répliques de Fight Club, au bout de trente secondes de film, quand, en voix off, Edward Norton dit “Je le sais parce que Tyler le sait”. Bim. Le flingue est là, et le twist de fin n’est que la balle dans la tête du spectateur.

Le but du jeu, c’est quand même de planquer au maximum le flingue, pour que ça ne se voie pas trop. Sinon on grille le truc. Dans une nouvelle, c’est galère. Le format est court. On manque de place pour dissimuler un traitre, ou un retournement de situation. Soit on l’amène et du coup il est très voyant, soit on ne le met pas et c’est tricher. Alors, parfois, ça se planque bien, ça arrive et c’est top. D’autres fois c’est juste impossible. On peut délayer l’histoire pour noyer le poisson, mais le risque c’est de remplir avec de l’inssipide. Une des solutions c’est d’assumer. Okay, l’histoire est évidente et la chute vous la voyez venir. Mais, attendez, je vais vous raconter ça à la bien. Tout comme il n’y a pas de clichés, seulement des exécutions de l’idée sans imagination, le flingue de Tchekov peut trôner bien en évidence.

De temps en temps. Sinon… Sinon c’est la merde un peu quand même. Heureusement que mon sujet et mes idées de nouvelles me plaisent, sinon je criserais je crois. Bon, je reste pas, faut que j’aille prier pour qu’UPS arrivent à trouver ma porte (lol) et qu’ils passent que je ne serai pas en cours (relol).