830 – Leviathan

[L'absence d'images est sponsorisé par le sujet de la note, ma fatigue globale et le fait qu'il faut que je bosse]

La semaine dernière j’étais chez une copine, à comater sur son canapé en fin de soirée. J’avais ma tête sur ses cuisses et elle me caressait doucement les cheveux. C’était vraiment pas mal. Puis j’ai commencé à penser à mon mémoire, au fait que même avec deux ans pour le faire je suis à la bourre, que je ne l’ai pas rendu à temps pour la première session et que je suis dors et déjà qualifié pour les rattrapages. J’ai réalisé que je n’étais pas chez moi. Non pas que j’allais forcément bosser, vu ma fatigue c’était tout sauf gagné. Mais je n’étais pas dans la position de travailler, j’étais pas chez moi. Au fil des minutes, ma gorge s’est mise à se serrer, je respirais moins bien, moins régulièrement. Et j’ai eu envie de pleurer, les larmes prêtes, dans les conduits lacrimaux. Je n’étais pas seul, je n’étais pas certain de pourquoi je voulais pleurer. Mais je voulais.

Je crois que toute cette histoire a pris des proportions hallucinantes. L’année dernière, j’avais commencé à travailler sur mon mémoire le plus proprement du monde. J’étais allé lire d’autres mémoires à la bibliothèque universitaire, j’avais envoyé des emails d’interview et je communiquais avec mes rapporteurs pédagogiques. Puis, à côté de ça, j’ai trébuché, roulé boulé dans les gravillons, chute dans le ravin avec arrêt net contre un tronc d’arbre. Blackout. Bienvenue dans ta deuxième année de Master 1. Avec un énorme changement, une incapacité pathologique à me remettre sur les rails, à faire avancer le curseur qui clignote au bout du document Word. Ca m’est arrivé, plusieurs fois, de rester une soirée entière le document ouvert dans ma barre des tâches, sans que je ne parvienne à le modifier, jusqu’à considérer un paragraphe de quatre/cinq lignes comme une victoire en soi.

Là où ça devient pervers, c’est que je pense arriver à un stade où la plupart de mon entourage ne peut pas prendre la mesure de la névrose. J’en fais des cauchemars, parfois plusieurs jours d’affilée, quand ce ne sont pas les insomnies ou les engueulades avec des personnes qui pourtant tentent de m’aider. On m’a rétorqué que peut-être c’est ma manière subconsciente de me dire que je ne veux pas le rendre et me tirer. Conneries. C’est sous estimer la puissance de l’énergie que je mets là dedans, malgré le résultat minimum. Je rêve mémoire, je dors mémoire, je respire mémoire, je vis mémoire, et je me fais bouffer de l’intérieur. Si j’avais un cancer, je l’appellerais Mémoire. Pendant ce temps, la date butoire approche, et je n’ai pas le choix, je ne sors plus, je reste chez moi, enchainé à mon PC. J’ai même passé ma Xbox à mon frangin histoire de. J’écris mon mémoire, de la seule façon que je connaisse : de travers.

J’écris mon mémoire comme j’écrirais un bouquin, dans le désordre, et en racontant une histoire. A l’époque du storytelling dans le journalisme, la communication et la politique, ça serait presque cohérent. Ma prof préfère s’arracher les cheveux devant un tel manque de scolarité dans l’écriture. Tout ce dont je suis sûr, c’est que je n’arriverai pas au bout en si peu de temps autrement. Après, je passerai de la peinture jusqu’à camoufler les fissures. Hopefully.
D’ailleurs, je vais tenter de m’y remettre, si je ne fonds pas en larmes à la place.

A demain.