1200 – Book Review 201

« Are you there Satan ? It’s me, Madison. »

Chuck Palahniuk a vraiment une vie pourrie. Après avoir perdu son père, abattu par l’ex de sa nouvelle petite amie, c’est l’année dernière sa mère qui s’est éteinte des suites d’une longue maladie. A son chevet pendant plusieurs mois, Chuck s’est mis à écrire sur la mort. Damned est la première partie d’une trilogie calquée sur la structure de La divine comédie de Dante (Enfer, Purgatoire, Paradis). On aura beaucoup attendu ce dernier roman. D’une part parce qu’il a mis plus de temps à sortir que les précédents, mais aussi parce que la cuvée 2010 était un énorme rattage. Et que venant mon auteur préféré, ça m’a un peu piqué le cœur. C’est donc avec appréhension que j’ai entamé Damned, moins de deux heures après sa sortie (merci les internets du numérique).

Madison avait treize ans quand elle est morte. Quand on lui demande les causes de son décès, elle répond qu’elle a fait une overdose de marijuana. Innocente fille d’une star mondiale de cinéma et d’un entrepreneur multimillionnaire, elle se retrouve malgré tout en enfer, comme la majorité de la race humaine. Morte avant d’avoir appris la vie, elle décide par défaut d’apprendre la mort. Elle se lie rapidement d’amitié avec une clique d’adolescents tout droits sortis de Breakfast Club (la princesse, le punk, le geek et le sportif) et entreprend d’arpenter les enfers. Alors qu’elle découvre petit à petit comment fonctionne son nouveau plan d’existence, elle se souvient des petites médiocrités de sa vie, de ses études en école privée jusqu’à sa tentative d’aventure avec son grand frère adoptif. Mais idéalement, elle espère surtout rencontrer Satan au fil de ses pérégrinations, pour pouvoir lui poser quelques questions.

Damned est relativement court, du haut de ses 250 pages. Et pour une fois Palahniuk a renoncé à l’utilisation d’un gimmick de style ultra lourd et se contente d’ouvrir chaque chapitre par un mini résumé des évènements à venir. Un procédé qui se rapproche de demi spoilers que j’affectionne tout particulièrement. L’écriture est à hauteur d’enfant et l’une des astuces de Palahniuk est de faire suivre chaque mot compliqué par « Ça vous épate qu’une [gamine/enfant/…] connaisse le mot [mot] mais je ne suis pas […] ». Les répétitions sont le procédé préféré de Chuck et sont ici utilisées avec malice. Les chapitres étant courts, on avance plutôt vite jusqu’à la conclusion annoncée : à suivre…

L’histoire commence par une parodie infernale de Breakfast Club, mais très vite on passe ensuite à un road trip à travers l’enfer. Les lieux sont composés des rejets corporels des hommes (le désert des ongles coupés, l’océan de sperme gaspillé), de bêtes grouillantes et d’anciennes divinités réduites au statut de démon par les religions suivantes (avec une bonne vanne selon laquelle Jésus finira par devenir Satan quand on sera passé au culte d’après). Au milieu du chaos, les humains sont réduits à devenir soit des acteurs pornos à la webcam pour les sites de cul bas de gamme, soit des télémarketeurs dont le but est d’emmerder au maximum les vivants. Bien sûr, on a un bout de trame, avec Madison qui recherche Satan, mais c’est véritablement l’univers qui « charme » au fil de la lecture. Palahniuk oblige, on se demande une bonne partie du bouquin comment est vraiment morte l’héroïne (parce que la marijuana, come on…) et surtout, OU EST LE PUTAIN DE TWIST.

Il est à 93% du roman. J’ai noté.

Par contre il est un peu étrange, ou faiblard. Je ne sais pas encore. En fait au terme de Damned on ne sait pas grand-chose à tel point on a vraiment l’impression d’avoir lu la première partie de quelque chose (ce qui est le cas, j’en conviens). Ce dont je suis sûr c’est que le livre est équilibré, bien écrit avec un style abordable, un personnage principal complexe et un univers riche. C’est donc nettement mieux que Pygmy ou la purge Tell-All.

Mais on n’atteint pas encore la folie ou le génie des œuvres précédentes de Palahniuk. Pas encore, puisqu’il reste deux romans avant la fin. La bonne nouvelle, c’est que je les attends de pied ferme et ça me fait infiniment plaisir.

BUY STAGE !!!

C’est cartonné et ça coûte 18€.

1005 – HellBound Finale

Okay, donc il m’a coupé le bras.

Je mets du temps à réagir parce que son coup a cautérisé immédiatement. Mon sang n’est pas en train de gicler partout et je ne suis pas en train de paniquer. Seulement, je suis sous le choc. Deuxième temps, j’ai mal, et je m’écroule à terre en pleurant. De son côté il dénoue tranquillement le Banhammer de ma main libre. Quelques tours de lanières plus tard et la gravité reprend ses droits : le marteau chute. Il se désintègre dans une poussière d’éclairs blancs avant de toucher le sol.

- Curieux article, cela faisait bien longtemps que je ne l’avais pas vu. Je me demande comment tu as pu mettre la main dessus.

L’air que je peine à faire siffler entre mes dents serrées ne suffit pas à produire une réponse correctement articulée.

- Ne me dis rien, j’aime les mystères. Et les surprises, comme ta venue aujourd’hui. Que me vaut le plaisir ? A part les amabilités habituelles ?

Tu m’as volé ma vie connard. Ca non plus ne franchit pas mes lèvres. Plié en deux, je cherche un moyen qui n’existe pas de faire taire la douleur. J’ai envie de mourir, encore.

- Oui, bon, j’avoue j’ai triché. Un peu.

Quoi ?

- Mais j’allais te prévenir à terme, sois en certain. D’ailleurs je te surveillais au cas où. Prends ton séjour ici comme une… farce.

Mais de quoi est-ce que tu parles ?

- De ta venue en enfer. Je ne possède pas vraiment ton âme, le contrat n’a pas été consommé. Si tu es ici c’est uniquement par représailles vis-à-vis de l’histoire du couteau dans ton appartement. Lame en toc au passage, peu importe combien tu l’as payée, le vendeur finira en enfer sois en certain.

Une fois de plus je dois bloquer les influx nerveux qui saturent mon crâne pour produire mentalement une réponse à peu près construite. Comment ça le contrat n’a pas été consommé ?

- Tu as signé pour une aide à l’écriture de mille notes de blog. Tu as rédigé mille notes de blogs, mais sans aucune aide, sans autre artifice que ta volonté, ton imaginaire et le temps passé sur l’ordinateur. Oh et bonne part de stupidité aussi si tu veux mon avis. Je n’ai pas eu à intervenir une seule fois. Tu ne me dois rien, le contrat est nul et non avenu.

Quelque chose vient de se briser en moi. La souffrance, les années d’errance, le stress, la fatigue, tout vient s’entrechoquer dans une explosion qui pulvérise ce qui me restait de composition. Je ferme les yeux et achève ma chute contre le sol avant de perdre connaissance.

Je me réveille sur la moquette de mon studio parisien. En face de mon œil endormi : un demi Chocapic oublié. Je remarque en me relevant que je possède mes deux mains, et qu’elles sont dans un relatif bon état. Mes cheveux ne me tombent plus sur mes yeux et ma barbe semble avoir repris une taille normale. Titubant dans la pénombre, éclairé par les phares du bus 96 sous ma fenêtre, j’allume mon ordinateur qui m’indique la date du dimanche dix-neuf décembre.

- A la minute près.

Je me retourne dans une montée d’adrénaline, mais personne.

- Comme au bon vieux temps, hein “patron” ?
- Allons, te voilà de retour chez toi, plus besoin de me faire de la lèche. De plus, tu es libre.
- A quelle condition ?
- Aucune, rien. C’est une promesse. Et je tiens toujours mes promesses.
- Et ces années en enfer c’était quoi ?
- Disons que j’ai mal vécu ce sursaut d’insurrection alors que je passais pour une visite de courtoisie. A aucun moment je ne t’ai mentionné une éventuelle dette ou un éventuel paiement. Souviens-toi, tu m’as attaqué sans provocation

Je prends le temps d’essayer de me rappeler. Effectivement. Un point pour l’équipe démon.

- Pour ce que j’en ai retiré.

Le silence a repris la place que son départ a laissé. Pas un au revoir. Je ne sais pas si je dois en conclure quelque chose. J’essaie d’être en colère, de casser quelque chose de rage. Mais mon corps est en bon état, je ne ressens rien d’autre que l’air frais de la fenêtre contre ma peau. Même mon esprit semble être nettoyé, purgé. Dans les films les héros ont toujours un souvenir de leur aventure imaginaire pour leur rappeler à quel point elle était réelle. Je n’ai rien, à part mes souvenirs, qui je le sais vont lentement se flouter. J’éteins l’ordinateur et m’affale sur mon lit.

Je serai en colère plus tard. Je crois que ce soir je veux surtout ne rien faire. La note 1000 de mon blog peut aller se faire foutre, tout comme celles de la semaine à venir. Je ne vais rien écrire, prévenir personne, prendre sept jours et un Noel de vacances. Pas une ligne.

Pas un mot.

1004 – Hellbound Pt. 4

Je l’aime bien ce marteau. Pile ce que je voulais pour Noël.

Grâce à lui je n’ai plus sommeil, je n’ai plus faim, je n’ai plus chaud ni froid. En m’approchant des mers du sud j’ai même réalisé que je n’avais plus besoin de respirer sous l’eau. J’ai donc continué ma route à pied, dans les fonds marins, plutôt que de négocier mon passage sur un des esquifs de ces usuriers de Charons. Tout ira pour le mieux tant que je maintiendrai ma prise sur l’épais manche de l’arme. Si je le lâche, il disparaitra aussitôt, sa fonction de destructeur de Trolls ayant été remplie lorsque j’ai achevé Nathalie il y a deux semaines. Plus de dix jours que mes muscles et tendons sont contractés, alimentés par ma force de volonté. Pour plus de sécurité, je me suis attaché la main autour du marteau avec plusieurs longueurs de ceinture en cuir de démon. C’était l’idée la moins stupide après celle des clous, considérée l’espace de quelques secondes. Toujours est-il que, pour la première fois depuis mon arrivée ici, j’approche la cité des monstres le cœur serein.

Tous ceux qui débarquent en Enfer veulent immédiatement savoir s’il y a un moyen de s’enfuir. Je n’étais pas différent. Comme aux autres on m’a raconté les mêmes histoires. La légende du type qui distribuait des tickets retour à l’aide d’un double crucifix, l’histoire de la clef perdue qui permettrait d’ouvrir une porte entre ici et la Terre, ou la quête jusqu’au bout du monde pour gagner sa place à l’étage du dessus. Les plus téméraires vont jusqu’à réclamer une audience avec le patron, pour plaider leur cause ou proposer un marché. Personne ne les voit revenir et le pourcentage de réussite de ce plan reste très indéterminé. Au bout de quelques années, la plupart se résignent, les autres sombrent dans la folie et accélèrent leur pourriture. Moi j’ai cherché une faille, une qui aurait échappée aux autres. J’ai mis le temps mais je me suis souvenu du Banhammer, le bannisseur de Troll des temps anciens. Si l’enfer révèle votre vraie nature, peut-être était-il possible que les Trolls modernes puissent revêtir leur forme d’antant. J’ai dépensé beaucoup de mon temps et de mes maigres ressources mais au bout de dizaines de quêtes, on m’a donné un nom, et la piste de ravisseurs.

Le problème quand on a trois têtes, c’est qu’on a trois fois plus de risques qu’un coup porté touche sa cible. D’une main leste, je décime le chenil du château central, après avoir laissé une longue trainée de sang et de cadavres à travers la ville. Les créatures ont beau détester la présence d’un humain dans leur forteresse, leur cité, elles tiennent assez à leur vie pour comprendre qu’elles n’ont aucune chance. Leurs crissements de défiance sont les cors qui sonnent mon arrivée jusqu’à la salle du trône. Le marteau produit des bruits sourds à chaque choc contre l’épais métal qui me sépare de mon but. Deux heures que je frappe sans relâche quand, sans avertissement, les portes s’ouvrent lentement. Le maître des lieux est seul, l’air détendu. Privé de ma chair je le contemple non seulement sans douleur, mais avec mépris. Ici, après tout ce que j’ai vu et affronté, je peine à être impressionné par son apparence réelle. C’est très décevant.
Dans un mouvement aérien le voilà qui se rapproche de moi, vient se poser quelques centimètres face à mon visage. Il me toise à son tour.

- Je te fais cadeau du premier coup.
- Trop aimable.

Les pieds fermement plantés dans le sol, je bande des muscles et amorce mon attaque. La puissance du marteau infuse jusqu’au coeur de mes cellules. Souple et droit, mon éternel adversaire joint les mains dans son dos. Le Banhammer s’abat avec toute la puissance dont je suis capable contre son crâne.

Dans l’intervalle de temps qui me semble suspendu durant lequel le coup porte, je suis persuadé de voir une fissure craqueler son visage, des zébrures rougeâtres desquelles s’échappent des étincelles. Il n’a pas reculé d’un centimètre, j’ai frappé un mur, qui s’est émoussé, mais sans reculer. A bout de souffle, je suis contraint de laisser choir mes bras au sol, le temps de reprendre haleine. Il crache quelques caillots de lave pour s’éclaircir la voix.

- C’est bon, tu as fini ?