
Il m’a demandé si je faisais du tennis.
Avant de répondre non, j’ai préféré m’enquérir de pourquoi. Ca me semblait plus logique. Collègue stagiaire a pointé du doigt mes baskets. C’est bien des chaussures de tennis ? Effectivement, bien vu. Mais à titre personnel, je ne l’ai su qu’en me renseignant à mort avant l’achat. J’aurais pas été capable de reconnaitre des chaussures de tennis comme ça, à partir de rien. Non, je fais pas de tennis, j’aime juste acheter des pompes qui coûtent une blinde. C’est ma passion okay !
Puis j’ai réalisé qu’il n’avait pas commencé par me demander si je faisais du sport.
La question était inutile. Tout le monde dans mon service fait du sport. Les stagiaires lèvent des poids entre midi et deux, le plus assidu cumule même avec des tournois d’escrime le weekend. Un consultant pratique le tennis. Un intérimaire est surfeur et volleyeur au point de faire le tour de France pour son équipe. Puis mes boss font du vélo ou de la course le dimanche. Ici, on a moins la grosse tête que des gros biceps visiblement. Assez vite, j’ai remercié Matthias du passé d’avoir repris la piscine. Comme ça je peux moi aussi, une à deux fois par semaine, venir avec un sac de sport sous le bras. Et du coup pas passer pour la feignasse du service.
Je crois que c’est corrélé au fait qu’ils viennent tous d’écoles de commerce.
Moi pas. Mais je peux néanmoins participer à tous les petits rituels de la bande, genre se plaindre des courbatures ou frimer en déclamant ses faits d’armes du jour. Ouais je suis en retard sur le traitement de mes mails, c’est parce que j’ai un voile de chlore devant les yeux, tu comprends, j’ai trop éclaté mon score à midi. Si je ne suis pas moralement flexible au point d’arriver à jouer à FIFA, je peux au moins m’user les muscles à intervalles réguliers, même si c’est pas pour du tennis.
En ça, je fais partie de l’équipe. Dans tous les sens du terme du coup.
A l’intérieur, des news sur le monde des cadres, sur le code du travail, des portraits de créateurs d’entreprises ou des personnalités intéressantes au sein de grosses structures, des interviews et des dossiers pratiques. Mine de rien c’est bien foutu. Mais assez rapidement j’ai commencé à trouver des sujets un peu étranges : comment ne pas se battre avec son patron pour mieux s’entendre avec lui, pourquoi mieux traiter vos salariés permet d’augmenter leur motivation, et si les évaluations annuelles étaient mal vécues par les employés et source de stress… Et ainsi de suite. Des tonnes de conseils que j’estime plus qu’humains, basiques. On se situe là à la limite de l’enfonçage de portes ouvertes. Les salariés sont stressés et déprimés, les patrons devraient être plus sympas. Merci captain obvious ! Du coup, j’avais un peu l’impression de lire Ne soit pas un connard magasine.
Soudain, ça m’a frappé. Si des types écrivent tous les mois des articles sur le sujet, si des livres de management qui expliquent qu’en traitant mieux ses employés on a de meilleurs résultats sont édités tous les ans, c’est qu’il existe des gens pour qui ce n’est pas évident. Si l’offre existe, la demande aussi. Des mecs découvrent tout ça quand ils lisent Management magasine. Pour eux c’est des purs conseils jamais entendus. Qui sont ces gens ? Qui sont ces patrons ? D’où est-ce qu’ils viennent ? De quelle école de commerce ? De quelle famille ? Quelle éducation ont-ils reçue ? Et ainsi de suite. J’ai repensé à mes camarades de collège, de lycée, de fac, de grande école. Bien entendu il y a des bons potentiels de sales cons abusifs en milieu professionnel. Mais tant que ça ? Je ne sais pas trop. N’empêche, d’un coup, ce magasine m’a semblé assez salvateur.


