J’étais assis sur un strapontin du métro. La rame était presque pleine, cette espèce de limite d’occupation où tu sais qu’il va falloir te lever. Mais là, je refusais de bouger. J’étais en pleine contemplation de jambes. J’aurais aimé pouvoir vous dire qu’elles étaient magnifiques, longues, élancées, appartenant à une bombasse. Même pas. Fille normale, taille normale, cuisses et mollets normaux. Les bottes remontaient assez haut, la jupe assez bas, l’ensemble était recouvert d’épais collants sombres. Pourtant, je ne sais pas ce qui me prenait, tout doucement. Mais j’avais une envie folle de tendre la main, d’épouser de la paume la forme du muscle, et éprouver d’une contraction des doigts la fermeté de l’ensemble. Comme je ne suis pas un psycho, je n’ai rien fait. Cependant, j’avais envie, mon cœur était en mode carnassier, j’avais faim, de viande, de toucher, d’épaisseur, de masse. J’avais envie de toucher.
En ce moment les filles, c’est loin d’être ma priorité, très loin. Entre les cours, les partiels qui s’enchaînent, l’échéance de la recherche de stage, ce putain de bouquin qui refuse de se signer, j’ai la tête pleine de conneries. Ma détente, c’est sur la Xbox, après avoir coupé Gtalk, Facebook, MSN. Il faut un certain état d’esprit pour être en chasse, sexuello-sentimentalement parlant. Je ne suis pas dedans. Alors je suis moins agressif quand je parle à une fille, je décline des invitations en soirée, à boire des coups. Je ne fais plus tous ces petits efforts qui viennent taquiner la chance et le destin. Et c’est pas grave, c’est une phase, c’est cyclique. Ca va et ça vient. Si je signe mon bouquin, trouve un stage de bâtard et survis à ce semestre de cours, j’aurais une pêche d’enfer et je fondrais dans la nuit, le courage au cœur. Juste, pas tout de suite là. Même si mon corps valide pas trop.
C’est le côté paradoxal du manque. Moins on en a, plus on y est sensible. Je remarque beaucoup plus la poitrine d’une ou deux camarades, des roulements de hanche dans les couloirs, des jambes dans le métro. Je finis par reconnaitre des filles que je croise depuis des mois et que j’avais jamais remarquées. Mon cerveau dit qu’il s’en fout, mon corps lui fait un peu ce qu’il veut. Sans que je m’en rende compte. Ou comment et pourquoi je frotte mes joues contre des épaules beaucoup plus souvent qu’à l’accoutumée, ou alors pourquoi je fais la gueule quand j’apprends qu’une jolie fille vis-à-vis de laquelle j’ai rien tenté est casée. Exemples parmi d’autres. Peut-être que c’est bêtement un problème d’hiver, du fait que j’ai froid chez moi à cause de mes radiateurs pourris et de mon sèche cheveux qui a rendu l’âme. Peut-être que je veux juste un câlin d’un truc chaud, si possible avec des cheveux qui sentent bon.
Enfin voilà, situation merdique où mon cerveau reptilien rugit, grogne, gratte, obsède. Pendant que j’ai pas que ça à foutre, que j’ai mal au crâne, que je ne dors pas assez, que je ne trouve même pas le temps de mettre des images sur ce blog. Le fu.





