842 – Comic Review 03

Je suis parti acheter les deux premiers tomes du manga Bakuman à la Fnac sur les conseils de Twitter. C’est de la bombe, qu’on m’a affirmé. En même temps, avec aux commandes les deux auteurs du cultissime Death Note, j’y allais pas à l’aveugle non plus. Le sujet aussi est bandant, un manga sur les mangas, qui raconte l’histoire de deux camarades de classe au collège qui décident de se lancer dans la grande aventure de la bande dessinée. A eux les rêves de gloires et la possible publication dans le prestigieux hebdomadaire Jump ! Galvanisé, j’ai pris d’un seul coup les deux volumes disponibles (qui étaient de toute façon bien en évidence sur LEUR présentoir avec LEUR sticker « par les auteurs de Death Note »). Le problème après une petite aprem’ de lecture, c’est que le premier numéro est peut-être un des pires premiers numéros que j’aie jamais lu de toute ma vie. Genre j’ai failli le jeter par la fenêtre sauf qu’elle était fermée et que j’avais la flemme de l’ouvrir.

Le problème est scénaristique, avec une intrigue complètement artificielle qui avance péniblement sur la route de tous les clichés et poncifs possibles du manga. On a un héros timide bourré de talents mais qui n’ose pas à cause d’un vieux traumatisme et son nouveau copain exubérant et calculateur qui arrive à le motiver. Banco aussi pour la sub plot amoureuse : le héros craque pour une fille elle aussi ultra timide qui veut devenir doubleuse d’anime. D’où la vocation « Je vais écrire un manga tellement bon qu’on en fera un anime pour ma chérie d’amour ! » et l’enjeu minable « Si j’y arrive est-ce que tu m’épouseras ? », « Oui ! ». Holy shit. Bien sûr toutes les meufs sont bonnes et surchauffées mais les héros n’ont pas d’hormones. Jamais. Alors il restait les dessins du génialissime Obata qui gère comme personne et propose un trait élégant et détaillant, jamais vulgaire et toujours maîtrisé. Mais quelle tome un de merde mes aïeux.

Le lendemain j’ai attrapé le second volume, et les choses s’améliorent. Une fois les rails posés (certes sur des clichés pathétiques) l’histoire avance et les héros commencent à bosser sur leurs mangas. Le scénario devient éducatif, une véritable mine d’informations sur le vocabulaire, la technique et le matériel de création de BD au Japon. Très vite on découvre la rédaction du magazine Jump ! avec un jeune éditeur super sympa qui croit en nos héros et explique les coulisses du business. Bakuman devient dès lors passionnant, riche en informations même si toujours plombé par sa romance à deux balles et la perspective potentiellement maladroite d’un « méchant ». Mais ce qui me plait au fond, c’est le sous texte sur la culture japonaise, la pression de réussite des étudiants et la poursuite des rêves. On n’est plus dans un monde fantastique où dans des terrains balisés comme le sport. Les héros sont prêt à sacrifier leur avenir professionnel pour de l’art. Et quelque part, ça me parle.

Au fond Bakuman me ramène à l’époque où je faisais de la BD, les rares fois où j’ai trouvé un dessinateur de talent ET de confiance, nos engueulades et nos rêves à nous. Pour ça, c’est plutôt bien fait. Même si le premier tome est minable, même si la série traine quelques boulets dès le début, je suis rentré dedans, dans le second volume. Best seller au Japon, avec une adaptation en anime pour l’automne, Bakuman n’a pas trop de souci à se faire chez nous.

En tout cas je sais que je choperai le troisième tome.

697 – The Sum Of All Fears

Je suis nul pour retenir les anniversaires, mais pour les dates auxquelles j’écris des trucs, y’a aucun problème. Par exemple je suis capable de vous donner la quantité de texte que j’ai pu rédiger ces derniers mois. Mon nouveau manuscrit aura été écrit au rythme de 2/3 heures par jour à partir du 11 mai 2009 sur une période ininterrompue de cinq semaines. Il m’aura fallu cinq semaines de plus en octobre pour le réécrire. Ensuite j’ai commencé Perfect Ten en écrivant le premier chapitre à cheval entre le 1er et seize décembre. Depuis, j’aurais commencé deux nouvelles qui rament leur race à avancer. Parce que, rappelons-le, ça me casse prodigieusement les couilles. Si je vous dis tout ça, c’est d’une par pour faire un ti bilan, d’autre part parce que ça fait quelques temps que j’ai l’impression de plus rien foutre niveau écriture. Même si en fait, finalement, quand même pas mal.

Heureusement que mon année sabbatique de redoublement dépressif touche à sa fin. Parce que l’errance semble avoir des effets néfastes sur ma production. A moins que ce ne soit la peur. En réalité mon nouveau manuscrit est, ou est en passe d’être, entièrement corrigé orthographiquement, syntaxiquement. Un coup de mise en page et d’impression et c’est bouclé. Et faut partir au front. Encore. Le truc c’est que si j’ai toujours autant la trouille de me vautrer cette fois encore, j’ai une nouvelle peur, celle de galérer à mort pour repartir derrière. C’est peut-être une passade, mais je suis vraiment épuisé. Ouvrir Word me file un mal de crâne pas possible tandis que les idées et les envies se bousculent sous mon crâne. L’idée de devoir repartir à zéro, de jongler avec un projet supplémentaire qui viendrait s’ajouter aux réécritures en attente, ça m’angoisse, au sens premier du terme.

L’autre nuit j’ai rêvé qu’un auteur à succès me disait que mon bouquin, c’était de la merde. Je ne me suis pas réveillé en nage, mais pas loin. Tout ça dans un climat un peu merdique. Avec des potes qui me disent que ouais, vu le milieu de l’édition en ce moment, franchement je devrais accepter à peu près n’importe quoi j’aurais pas à me plaindre. Ou d’autres qui me disent avec l’œil de l’ancien que bon, c’est cool hein mais c’est tellement de la merde le marché en ce moment, que bon, faut rien espérer. Je ne vais pas pointer du doigt la crise, mais j’ai l’impression que les gens sont assez déprimés et j’en suis une sorte de dommage collatéral. On me demande parfois comment je fais pour avoir à ce point confiance. C’est pas de la prétention, enfin si, un peu, mais c’est surtout de l’espoir concentré, du sirop d’optimisme, de la force de volonté en mithril.

La procrastination a ses limites. Va falloir y aller. D’ailleurs je reprendre bientôt le boulot, genre en stage. Et j’ai réussi à remailler ma directrice de mémoire, pour la première fois depuis le 17 septembre (encore une date tiens). Faut juste survivre aux naysayers et prouver, une fois encore, que putain j’ai raison d’y croire. Si si.

Demain on parlera d’un comic.

562 – Outside The Box

L’autre soir, c’était pas la fête à la maison. Presque trois heures du matin, le casque vissé sur les oreilles avec de la zique de merde, normal, une coupine sur MSN, normal, Word ouvert sur la presque moitié de ma relecture de roman. Normal. Pourtant j’avais qu’une seule envie, balancer la tour de l’ordinateur à travers la fenêtre, du haut du troisième étage. Mon manuscrit est sauvegardé automatiquement et synchronisé sur trois PC différents, il ne risque rien. Le but aurait été de me défouler. Toutes ces phrases à rallonge, style pompeux de merde, idées stupides, chaque ligne recèle plus de déception que la précédente. Y’a des soirs comme ça, où le courage vous quitte, l’espoir qui vibrait la veille est presque éteint. Saleté de phase à la con. Dans une ancienne note je vous avais expliqué pourquoi peu importe la publication, une fois un manuscrit achevé, il existe. Newsflash : j’ai menti.

Bientôt j’aurais deux blocs de texte reliés sur mon bureau. Même que y’a mon nom dessus. Ce serait difficile de nier qu’ils existent. Pourtant. Ce qui peut suffire au commun des gens ne me va plus. Ces bouquins ne sont pas des expérimentations de jeunesse, ne sont pas des mémoires d’ancien à léguer, ce sont les deux premiers coups de pinceau sur un gigantesque tableau, le début de quelque chose de plus grand, les deux premières marches. J’ai lu y’a pas longtemps dans un très bon article qu’un vrai écrivain ne s’arrêtera jamais d’écrire. Je pense pouvoir y ajouter qu’il n’arrêtera jamais d’essayer de publier. Je crève d’envie de pouvoir parler d’un de mes livres en long en large et en travers en public, pas seulement aux quelques potes qui me connaissent déjà par cœur. Je crève d’envie d’argumenter ses mérites et ses défauts, d’aller le défendre et recueillir des avis d’inconnus. Je crève d’envie qu’un de mes manuscrits vive.

Dans ces moments là, comme l’autre soir, l’envie de réussir est toujours là, mais je n’y crois plus vraiment. C’est possiblement la proximité de la fin de ma relecture, de l’accouchement d’un nouveau bébé, qui me déprime au plus haut point. Je m’imagine déjà, après avoir épuisé mes maigres contacts, vendre un rein à Office Dépôt en échange d’un tas de photocopies qui me vaudront un nouveau paquet de lettres de refus standardisées. Si seulement j’en savais pas autant sur les fonctionnements des éditeurs, j’irai la fleur au fusil, comme la dernière fois. Au fond, peu importe que là, à l’heure où je rédige cette note, je n’y croie plus. Mes états d’âme, probablement passagers, n’ont aucune espèce d’importance. Tout comme les proxénètes ne se suicident pas, les écrivains n’arrêtent jamais d’écrire, les écrivains n’arrêtent jamais d’essayer de faire vivre leur texte.

On me traite parfois de sale jeune pédant, prétentieux et égoiste. Toutes ces qualités ne vous protègent pas indéfiniment de la réalité de l’incertitude face à son travail, de vos peurs face à la possibilité que le rêve ne se réalise pas. La déprime est passagère, et derrière toutes les bravades des bons jours, l’humilité subsiste et, peut-être aussi l’espoir.

Demain, note king size sur le cinéma français.