1202 – Final Countdown

Or donc, aujourd’hui c’est mon dernier jour du dernier stage de ma vie. A priori.

Comme toutes les fins de taf’, c’est surtout le moment où tu réalises que c’est passé super vite, quand bien même ça fait neuf mois que t’étais là. J’imagine qu’être vieux et mourir ça doit faire à peu près pareil.

Jeudi soir, avant de partir, je vais vider mon bureau dans un carton. Parce que vingt ans de séries américaines m’ont appris que c’est comme ça qu’on fait. Pour mes fichiers informatiques, tout est déjà dans une dropbox qui est elle-même dans une dropbox. On me refera pas le coup de formater mon ordi juste avant que je parte (true story). Il ne reste que les souvenirs physiques à emballer. Je vais empiler dans leur boîte mes fournitures restantes, quelques papiers, mon carnet de notes, les goodies taxées de ci de là et les quelques produits bonus qu’on aura bien voulu me filer en cadeau de départ.

Taxer des trucs pour oublier que je suis triste, un peu.

Puisqu’après tout, j’ai appris des tonnes de pro tips en presque un an de taf’. Embauché un peu hors casting, pas au point sur toutes les subtilités de la fonction, j’ai du compenser au début, potasser le reste du temps. Ce qui m’a permis de découvrir plein de choses, de rajouter plein de lignes à mon CV. D’où la tristesse de partir quand je suis à peu près au point.

Je me console en me disant qu’avec mon nouveau statut de rechercheur d’emploi je vais pouvoir m’attaquer à la pile de jeux vidéo sous blister qui traîne sur mon bureau (Coucou El Shaddai, Deus Ex, Forza 4, Dark Souls, Rage, Batman et Modern Warfare). Je vais aussi pouvoir reprendre mon mémoire là où je lai laissé (à savoir pas très loin) et aller emmerder les éditeurs de paris en leur jetant des paquets de feuilles reliées à la tronche. Vivement.

Ca ne va pas être le début du reste de ma vie. Pas encore. C’est la période de transition, moitié étudiant moitié chômeur, moitié diplômé moitié employé. Je vais être rien et tout à la fois. Beaucoup d’excitation.

Mais je m’avance. Là je dois aller bosser, encore, quelques jours.
D’ailleurs je suis à la bourre.

1049 – After The Storm

Le débriefing du dernier partiel s’est terminé un peu après 18h. Jeudi après-midi nous avons hésité quelques minutes avant de nous disperser loin de l’école. L’ambiance particulière, le ciel qui oscillait entre bleu-gris et rose, tout ça m’a poussé à prendre une photo. Au cas où je ne trouvais pas le courage d’aller à l’ultime cours le lendemain matin.

Quelques heures plus tard je suis parti à La soirée. Une camarade de promo avait fait de son petit appartement le lieu des réjouissances de fin d’études. Deux classes de marketing, une cinquantaine d’élèves, sont venus s’agglutiner jusqu’à plus soif, enfin jusqu’à plus à boire. A minuit tout le monde était à peu près là, à quelques exceptions que l’histoire ne retiendra pas près. L’entrée était libre. L’hôte a laissé venir ceux ou celles qu’elle ne pouvait pas blairer. Les gens qui s’insultaient quelques heures plus tôt encore se sont tolérés. La tempête était passée. De camarades de classes nous étions devenus amis à usage unique. Un soir et c’est fini pour toujours. Alors contre toute attente, tout s’est plus que bien passé. C’était super.

Deux filles s’échangeaient leur rouge à lèvres dans un smack avant de comparer leurs bouches sur les deux joues d’un garçon qui passait par là. Celui qui était si timide et réservé a fini torse nu et nous montrait son tatouage. Au concours de celle qui plie le plus bas sur la piste de danse la gagnante n’était pas celle que je croyais, et mes yeux s’écarquillaient autant de surprise que d’admiration. Dans la cuisine ça ragotait beaucoup, ça putassait un peu. Passées deux heures du matin, certains oubliaient leur couple et se frottaient d’un peu trop près avant de reprendre leurs esprits. On me tirait dans un coin pour s’exclamer à quel point c’était surréaliste que je sois là / je danse / je sois plutôt sympa en fin de compte. Une m’a fait jurer de pas parler d’elle sur internet, sinon j’y perdrais mes dents. Promis.

Aux alentours des trois heures du matin, tout le monde était à peu près bourré. Enfin pas moi, parce qu’à part un verre de coca pas light (hérésie ! gros cul ! pas le choix !), j’avais pas vraiment forcé. J’ai fait un dernier tour de piste au milieu des survivants. J’ai tapé des bises, j’ai serré des mains, j’ai répondu que moi aussi, j’espérais pas perdre contact avec toi. Ou toi. Puis je suis sorti sous la lune attraper un bus de nuit.

En finissant les cinq cent derniers mètres à pied jusqu’à mon placard, j’ai réalisé que non, je n’irai pas en cours le lendemain. C’était pas possible. J’ai pensé avoir bien fait de prendre une photo de l’école avant de partir. Parce que cette fois, c’était fini. Les cours tout du moins. Une bonne partie des gens aussi. Je ne sais pas encore qui. On verra.

Mais oui, c’était fini. Et ça valait le coup. C’était une très bonne soirée.

1041 – Shitstorm

Ca y est. Je fais face à ma dernière semaine de cours. Du reste de ma vie.

Et c’est pas la joie.

On est tous crevés, épuisés par l’année de cours qui s’achève dans une tornade d’oraux, de travaux de groupes et quelques cours qui ont le malheur d’avoir été programmés en plein milieux. Pour les deux tiers des effectifs, ceux qui sont rentrés à l’école cette année, ce rush est nouveau. C’est ma troisième saison des partiels à Neuilly et je crois que ce qui me restait de résistance s’est fissuré. Epuisé, frustré, en colère, j’ai explosé une ou deux fois.

Toute action en déclenchant une autre de force (plus ou moins) proportionnelle inverse, c’est avec l’impression de participer à une escalade de rage que j’attaque mon lundi. Entre excuses et représailles, il va bien falloir avancer. De toute façon on n’a pas le choix et jeudi soir tout sera terminé.

La plupart d’entre nous ne se recroisera jamais. On pourra tous repartir avec un diplôme et des certitudes en poche. Puis on boira plein de coca (ou autre) en conchiant nos camarades, en balançant du ragot et ça sera top. Parce qu’est-ce qu’on en aura à foutre ? On sera sortis de là, on aura tous gagné.

Puis, dans quelques mois.
Dans quelques années.

On repensera à notre dernière année d’école, à avant. Peut-être qu’on relativisera, peut-être qu’on ira stalker sur Facebook, Twitter ou ailleurs ceux qu’on a pas supporté jusqu’au bout. Au calme, avec un œil neuf et le cœur plein de nostalgie. Et peut-être qu’on se dira que, quand même, on a tous été cons.

Un peu au moins.

Moi le premier.