1041 – Shitstorm

Ca y est. Je fais face à ma dernière semaine de cours. Du reste de ma vie.

Et c’est pas la joie.

On est tous crevés, épuisés par l’année de cours qui s’achève dans une tornade d’oraux, de travaux de groupes et quelques cours qui ont le malheur d’avoir été programmés en plein milieux. Pour les deux tiers des effectifs, ceux qui sont rentrés à l’école cette année, ce rush est nouveau. C’est ma troisième saison des partiels à Neuilly et je crois que ce qui me restait de résistance s’est fissuré. Epuisé, frustré, en colère, j’ai explosé une ou deux fois.

Toute action en déclenchant une autre de force (plus ou moins) proportionnelle inverse, c’est avec l’impression de participer à une escalade de rage que j’attaque mon lundi. Entre excuses et représailles, il va bien falloir avancer. De toute façon on n’a pas le choix et jeudi soir tout sera terminé.

La plupart d’entre nous ne se recroisera jamais. On pourra tous repartir avec un diplôme et des certitudes en poche. Puis on boira plein de coca (ou autre) en conchiant nos camarades, en balançant du ragot et ça sera top. Parce qu’est-ce qu’on en aura à foutre ? On sera sortis de là, on aura tous gagné.

Puis, dans quelques mois.
Dans quelques années.

On repensera à notre dernière année d’école, à avant. Peut-être qu’on relativisera, peut-être qu’on ira stalker sur Facebook, Twitter ou ailleurs ceux qu’on a pas supporté jusqu’au bout. Au calme, avec un œil neuf et le cœur plein de nostalgie. Et peut-être qu’on se dira que, quand même, on a tous été cons.

Un peu au moins.

Moi le premier.

1037 – The Grinder

Est-ce que vous savez comment fonctionne une cuvette de toilettes ?

Non, sérieusement. Vous savez ? Je suis quasiment certain que non. Et on ne peut pas vous en vouloir. En même temps, ça intéresse qui le mécanisme des chiottes quoi ? Sans compter le syndicat de la plomberie qui compte bien sur votre ignorance totale et absolue en la matière pour faire leur beurre. Bref, les chiottes, c’est chiant. Donc imaginez-moi passer plusieurs heures face à ma cuvette ouverte, à me gratouiller la barbe de deux semaines, à comprendre comment ça fonctionne. Parce là c’est la misère : ça fuit à l’intérieur, ça fuit au fond, ça fuit dehors (même le robinet fermé). En gros si jamais mes toilettes étaient inflammables, elles auraient explosées, emportant avec elles la moitié du onzième arrondissement. Cherchez pas, je fatigue.

Ces derniers temps, les petits trucs qui me pourrissent la vie se multiplient. L’arrivée d’eau au-dessus de ma douche qui plic-ploque. La photocopie à la con qui manque dans mon dossier de changement d’opérateur téléphonique. La photo d’identité à faire pour pouvoir signer mes papiers de stage. Numéricable persuadé que j’ai pas payé mes factures alors que si et me relance. Le justificatif de domicile que je dois envoyer à Zavvi pour qu’ils me remboursent un jeu Xbox jamais arrivé. Ressusciter mon sèche-cheveux. Trouver un revendeur Nokia pour faire réparer mon N97 que je puisse le revendre ou le stocker. Tout ça et bien plus encore étant encore à faire à l’heure où j’écris ces lignes, au nez et à la barbe de mon groupe de travail qui se fait saigner par les oreilles à force de réfléchir à 23h sur le partiel de demain.

En fin de semaine prochaine je rentre chez ma mère. La triste vérité c’est que plus que revoir mes amis, ma famille et ma ville, je vais apprécier avoir rien à foutre, me laisser porter par la haute autorité parentale. Oui j’abuse, mais ça nous donnera des raisons de nous engueuler pour des broutilles. Ca stimule la communication familiale ! Puis j’aurai un peu de temps, pour dormir, réfléchir, travailler, écrire. L’amoncellement de petites corvées sur Paris grignote de plus en plus mon temps libre. Au point que discuter avec mes potes, sortir boire un coup, devient dangereusement une corvée vu qu’au final je pars me coucher sans avoir eue une heure pour moi, à moi, rien qu’à moi. Post partiels je vais pouvoir cocher pas mal de trucs dans le second paragraphe. Bouffée d’oxygène, avant le grand bain, celui avec des impôts et tous ces trucs qu’en tant qu’étudiant je n’avais pas à me soucier.

Enfin, tout ça étant conditionné au sauvetage de mes toilettes. Car, contrairement à vous, je commence à COMPRENDRE comment ça fonctionne. J’ai IDENTIFIE le problème. Je vais faire la nique aux plombiers et j’en profiterai pour pimper mon battant en en achetant un trop badass.

Quand j’aurai le temps.

D’ici là je garde ma casserolle à côté de la cuvette.

Plic.

Ploc.

901 – Back 2 School

Si ma vie était un film, j’aurais un montage de costume de super-héros. Enfin, vous savez, quand Batman ou Daredevil s’équipe, et que tout ça est monté super vite en une série de gros plans sur les accessoires que le mec enfile au fur et à mesure ? Bah le matin de ma rentrée scolaire, idéalement, ça ressemblerait un peu à ça. On me verrait choisir mes fringues, m’auto donner une tape sur les fesses, enfiler un tee neuf qui sent bon le propre et tout et tout. Même topo pour mon sac à dos, que je stufferais de stylos BIC jamais utilisés, d’un paquet de feuilles doubles et d’un trieur premier prix (en plus d’un bouquin). Je jetterais le tout sur mon épaule dans un mouvement ample mais maîtrisé avant d’avancer vers la caméra d’un air décidé. Si je vous raconte ça, c’est parce que dans mon esprit malade, ma première rentrée scolaire en deux ans se DOIT d’être épique.

De toute façon, j’y vais surtout un peu dans le brouillard. Déjà je vais faire face à 25 inconnu(e)s qui viennent remplacer ceux partis en alternance, à l’étranger ou dans une autre école (pour un tas de raisons, j’expliciterai). Ca va faire drôle. Le seul reliquat de ma promo précédente est une fille qui m’a fait taffer comme une bête toute un weekend en freelance dans l’année pour au final jamais me payer. Elle le sait. Elle sait que je le sais. Et la dernière fois qu’on s’est croisé, elle a pas osé dire grand-chose ni me faire la bise. Et on dit que je suis le gangster de l’école. Anyway. J’ai quand même quelques autres coupains, que je connais un peu. J’aurai à côté de qui m’asseoir aujourd’hui pendant la réunion de présentation. Histoire de me sentir un peu moins seul et paumé. Sinon je peux toujours prendre le truc en note sur mon Netbook, me tatouer « geek associable » sur le front et attendre que ça passe.

Je flippe pour un tas de raisons. Au-delà des trucs logiques genre « OMG DANS SIX MOIS JE SUIS SUR LE MARCHE DU TRAVAIL SANS AUCUNE AIDE FINANCIERE !!! ». Par exemple Karine, experte es powerpoint en première année de Master, ne sera pas là pour combler mes lacunes. Ma prof, qui me déteste d’amour ne sera pas non plus là pour prendre (une faible partie) des balles à ma place. Va falloir que je boucle un nouveau mémoire tout en assurant de quoi valider le reste de l’année. En plus des conneries autour, mes bouquins, mes espoirs, la quête aquatique d’un corps d’éphèbe. Puis, en vrai, j’aimerais bien faire ami ami avec les bizuts. Trainer avec des gens qui n’ont pas de Twitter, pas de blog, des ambitions terre à terre de Porsche et villa sur la plage. Jusqu’à ce que je les déteste, forcément. Après on verra, mais ça me réoxygènerais le cerveau dans une certaine mesure.

Enfin, si ça se trouve vous lisez ça je dors, ou alors je me lève, je mange mes Chocapics, j’angoisse sur le chemin de Neuilly, je découvre les nouvelles têtes, j’écoute le prof, je discute avec les noobs, je rentre chez moi, je m’effondre sur le lit, j’allume la Xbox. Là, j’écris et j’ai pas encore fait mes courses de fournitures scolaires (PS: je publie cette note j’ai toujours rien acheté). On est décalés vous et moi.

Demain, je vais hater comme un bâtard sur les premiers romans.