[Service minimum niveau images pour cause de connexion de l'hôtel en mousse. Sorry.]
Non seulement je lis Rue 89, mais je les écoute. L’erreur du débutant. Clairement. Il y a deux mois, ils publiaient un papier avec des conseils de libraires pour passer l’été le nez dans les bouquins. Les trois quarts des recommandations avaient l’air chiantes à en crever. Seulement, au milieu, la perle rare. C’est comme ça que je suis tombé sur The Swap, d’Antony Moore. Un roman anglais récemment traduit chez nous. Je l’ai recroisé au détour des étals des librairies. Tout l’été il a trôné en vitrine d’une boutique de la rue de la Roquette. Alors je me suis décidé, j’ai passé commande. Mauvaise pioche, puisqu’un peu moins de trois cent pages plus loin j’avais envie de jeter le bouquin à travers la rame du TGV. En réalité, ça faisait longtemps que je n’avais pas été aussi enragé sur les dix dernières pages d’un roman, bouffi par la colère.

JEU ! Toi aussi devine quelle est la couverture française !
Harvey est propriétaire d’un petit magasin de comics à Londres. Bedonnant et plein de mauvaises habitudes, il assiste chaque année à la réunion de ses camarades d’école. Chaque fois il espère croiser « Bleeder », le gamin un peu spécial et toujours martyrisé de l’époque. Dans une tentative de paraître sympa avec le paria, Harvey lui avait échangé plus de vingt ans plus tôt un Superman #1 contre un bête tube en plastique. Cet échange aura hanté l’adulte qu’Harvey est devenu. Alors quand cette année, Bleeder assiste à la réunion, il ne peut s’empêcher de savoir s’il a encore le comic, qui vaut à présent plusieurs centaines de milliers de livres. Apprenant du coup que le Superman #1 est toujours dans la maison d’enfance du garçon, Harvey prend son courage à demain et décide de s’en emparer par effraction. Pas de chance, en plus du comic, il trouve la mère de Bleeder, égorgée dans la cave.
En gros, The Swap c’est une comédie noire. On a un meurtre, une petite ville de campagne, une femme fatale, des secrets enfouis et un héros balourd un peu pathétique. Le rythme est un peu lent mais on se passionne vite pour l’enquête. Les twists sont bien foutus et on se paye une ou deux scènes de cul pas dégueulasses. SAYSUPER ! Sauf que les dix dernières pages viennent tout gâcher. En même temps je l’avais vu venir gros comme une maison. Juste avant la fin, Harvey est un homme heureux : il a la confession du meurtrier, la femme fatale et est potentiellement très riche. Sauf qu’on est dans une « comédie noire », et par une suite semi invraisemblable de quiproquos et raccourcis scénaristiques, notre héros se retrouve accusé du meurtre, pauvre et abandonné. QUE C’EST IRONIQUE ! S’exclame l’auteur Antony Moore, derrière sa barbe de sadique. Car non, ce n’est pas drôle. J’ai détesté.
Pour moi, cette fin m’a semblée aussi cheap que cruelle. Or le personnage de Harvey est déjà pathétique, lâche, petit. C’est un pauvre type et il ne mérite pas une seule seconde ce qui lui arrive. Non seulement le revirement était attendu mais il m’a foutu un peu la gerbe. Je ne suis pas un fasciste du happy end, mais je suis pour la cohérence interne. A aucun moment Harvey ne mérite d’avoir sa vie foutue en l’air à ce point, avec autant de sadisme aveugle. C’est gratuit, c’est un effet de manche cheap. Et ça m’a pourri le bouquin. J’étais en colère. Putain de livre de merde.
La prochaine que quelqu’un me demandera pourquoi je fais pas vivre le petit commerce en achetant en ligne, pourquoi je me fie à des critiques et des moyennes de notes pour dénicher des bouquins au lieu de tisser des liens privilégiés et complices avec mon librairie de quartier, bah je lui jetterai The Swap à la gueule. De toutes mes forces.
Le fu.





