Book Review 222

Hier je suis allé à la FNAC pour lire le nouveau roman de Giulio Minghini. Ça m’a pris 25 minutes et j’ai économisé 13 euros.

Mon cœur de marketeux ne peut s’empêcher d’analyser tout et n’importe quoi. Prenez le second roman de l’auteur de Fake (un des rares livres français pas trop cons traitant du net et des réseaux sociaux, finaliste du prix de Flore parce qu’un des rares livres français pas trop cons traitant du net et des réseaux sociaux). Le livre sort aux éditions du Seuil, appartenant au triumvirat affectueusement nommé « Galligrasseuil ». Minghini a donc monté en grade. Ce qui lui permet à la fois de publier chez un très grand éditeur, mais aussi de recevoir des aides du Centre National du Livre. On le sait parce que c’est marque derrière, juste en dessous du mot de l’éditeur qui nous dit qu’il s’agit d’un « second roman ».

Or Coupes Sombres, roman, comptabilise seulement 58 pages de texte, avec une police et des marges généreuses, dans un format plus petit que la moyenne. C’est une nouvelle bien mise en page. C’est aussi mon nouveau candidat au pire rapport quantité/prix depuis Nicolas Rey en Janvier 2010.

NUMB3RS !!!

13/58 = 0.224

Banco. Chaque page écrite de Coupes Sombres coûte donc environ 22.4 centimes. Il s’agit d’un nouveau vainqueur, et donc d’un nouveau mètre-étalon. A ce prix-là, ça a intérêt à être bien.

Coupes Sombres est l’histoire d’un auteur de théâtre venu en trombe à l’appartement de Sophie, son ex petite amie, qui vient d’attenter à ses jours. Prévenu par email, le narrateur se demande dans quelle mesure cette tentative de suicide est de sa faute, tandis que les secouristes s’affairent autour de la jeune fille. Au même moment il repense aux débuts de leur relation, aux prémices des troubles psychiques de Sophie. Tandis que, entre deux paragraphes, on comprend que bien qu’elle survive à cette nuit, Sophie finira par réussir une prochaine tentative.

Le récit va d’une temporalité à l’autre entre chaque paragraphe. Un sur deux est en italique, sans forcément que cela implique une sous unité. Le « roman » est d’ailleurs découpé en trois parties non titrées, qui peinent à se distinguer les unes des autres. On comprend que Minghini veut nous parler de culpabilité via son personnage principal, de rage de vouloir mourir via Sophie, mais le manque de place empêche ses thématiques de vraiment prendre corps. Tout comme la narration éclatée désert le rythme du livre plus qu’autre chose.

Je suis taquin depuis le début de cette note mais le fait est que j’aime bien Minghini. Des amis me communs me confirment que c’est quelqu’un de très bien. Mais Coupes Sombres passe un peu à côté de son sujet, enfin disons qu’il le frôle, faute de place, faute de temps.

Par contre je suis nettement moins clément envers les éditions du Seuil, qui nous offrent un grandiose foutage de gueule tout en montrant les limites de l’édition française telle qu’elle existe chez les gros éditeurs. Si le livre coûte 13 euros c’est avant tout parce que le Seuil « ne peut pas » offrir une nouveauté au prix d’un poche (par opposition à d’autres plus petits éditeurs). C’est une problématique de pricing, si le Seuil vend une nouveauté trop près des dix euros, ou en dessous, c’est dans un sens dévaluer leur gamme entière.
Il leur manque une collection de novellas, un label à part pour des textes courts, à prix correct. Car en l’état Coupes Sombres ne peut pas réellement exister. Le prix est trop démesuré, le décalage entre valeur perçue et valeur marchande est trop grande. A fortiori quand l’écriture du livre a bénéficié d’une bourse du Centre National du Livre (combo foutage de gueule, une bourse pour 58 pages).

Sinon, c’était le moment où jamais de sortir le texte en numérique à bas prix. Le profil de l’auteur et le sujet s’y prêtaient bien.

Dommage.

924 – Book Review 152

Super Sad True Love Story. Perso, j’appelle ça un titre qui a de la gueule. Des mots simples, un ensemble un peu débile mais qui intrigue. Imaginez ma surprise quand j’ai découvert qu’il s’agissait d’un livre se déroulant dans un futur proche et best seller des ventes aux US en même temps. L’anticipation ne vend pas des masses d’ordinaire. A moins que ce ne soit de la satire. Ouf, c’est le cas cette fois-ci. Troisième roman de Gary Shteyngart, Super Sad True Love Story a squatté le haut des classements littéraires tout le mois de septembre, chroniqué des plus grands sites généralistes (NY Times) jusqu’aux plus spécifiques (Io9). Partout le constat était le même : c’est trop bien. Quelques clics plus tard et je m’attelais à la lecture du truc sur mon Kindle d’amour.

Lenny est un juif quadragénaire, fils d’immigrés Russes. Employé dans les nanotechnologies, son travail est de recruter les individus à haute valeur économique pour leur vendre des cures de rajeunissement. Au bout de la formule à plusieurs millions de dollars, l’espoir de vivre pour toujours. Lui-même perturbé par son corps peu attractif, Lenny compense en tombant éperdument amoureux de Eunice, une étudiante coréenne deux fois plus jeune que lui. Traumatisée par les hommes, celle-ci se laisse embarquer à New York, se disant que la gentillesse et le porte-monnaie du quadra suffiront à faire naitre en elle des sentiments. Pendant ce temps au dehors les Etats-Unis sont au bord de l’effondrement. Endettés jusqu’au coup, ils sont à la merci du bon vouloir des banques chinoises et norvégiennes. A moins d’un miracle, le pays tout entier pourrait disparaitre dans la pire catastrophe économique de tous les temps.

En vrai j’ai souffert à la lecture. Principalement parce que je n’ai pas cru une seule seconde à l’histoire d’amour qu’on nous vend. A aucun moment les personnages ne sortent leurs archétypes égoïstes : le vieux cherche une petite jeune avec un beau cul tandis que la coréenne au père abusif cherche seulement la sécurité en attendant de trouver mieux. Si les critiques US ont trouvé des vrais sentiments touchants dans le livre, perso je n’ai rien vu. Ce n’est pas parce que les personnages font de grandes phrases poétiques pour s’auto-convaincre que moi, lecteur, j’y crois. Heureusement que la narration n’est pas trop pénible, alternant entre le journal intime de Lenny et les échanges de mail/msn entre Eunice et ses ami(e)s. Le dernier quart du bouquin relève cependant le niveau, mais uniquement parce que l’intrigue délaisse les personnages pour s’intéresser à l’univers qui les entoure.

Car le worldbuilding est bon. Les gens communiquent avec des espèces de super-téléphones pendus autour du cou, des poteaux dans la rue scannent les citoyens pour leur rappeler de payer leurs dettes, la mode est devenue encore plus vulgaire avec des jeans semi-transparents et tout le monde parle avec un vocabulaire d’hipster du futur (« Duder », « Nee-gro »). Ca en combo avec le fil rouge concernant des Etats Unis, c’est super bien. L’histoire d’amour en carton et les préoccupations existentielles du juif dépressif made in Woody Allen, ça n’a pas fonctionné du tout sur votre serviteur. J’ai beau lire une douzaine de papiers enthousiastes, je ne comprends toujours pas.

Je suis perplexité et déception car, à mon sens, Super Sad True Love Story est très moyen.

BUY STAGE !!!

Meilleur prix version brochée VO : BookDepository (12,04€)

Prix Kindle : 9$99 (yay ! encore 5$75 d’économisé !)

805 – Enter The Void

Le problème, quand tu bosses (enfin quand tu stagiaires) comme Community Manager, c’est que tu passes ta journée entière sur Internet. Comme dans tous les autres boulots de bureau en somme, sauf que là t’es forcé, t’es obligé, c’est ton putain de job. Alors tu lis tous les commentaires de ton site, tu animes les forums, les facebooks, les comptes Twitter. Entre deux vrais morceaux de trucs utiles, tu vas lire du blog, du journalisme gratuit, les journaux intimes des gens. Parce que, ouais, t’es sur l’internet de toute façon, et que ton propre article du lendemain est déjà dans la boîte depuis onze heures du mat’ (première pause café). Et là tu te dis que finalement, t’es bombardé d’informations, tu absorbes de la matière toute la journée et que tu deviens de ce fait quelqu’un de meilleur, quelqu’un qui sait, quelqu’un qui a appris des choses. Sauf que sur l’internet, y’a pas grand chose, principalement le vide.

Je ne lis que très peu de blogs, pour la simple et bonne raison qu’il y en a bien peu qui sont dignes d’intérêt quand tu n’es pas « pote » avec la personne en face. La folie des blogs BD s’est calmée, il reste les bons, et finalement ça pèse pas bien lourd au milieu des énièmes clones de Penelope. J’ai l’impression de nager dans une gigantesque piscine de duplicate content, la copie d’une copie d’une autre copie. Le problème, c’est que la plupart des infos qui m’intéressent, je les chope à leur source, sur les sites « pros » qui publient les news au départ. Alors quand je vois le lien circuler sur Twitter, c’est trop tard, et quand je vois la news reprise, régurgitée de travers sans être comprise sur un blog, j’ai juste envie de me flinguer. Les gens qui utilisent leur compte twitter pour balancer du lien, faire suivre des articles et des retweets, comme s’ils étaient une succursale bas de gamme de l’AFP, s’étonnent que je ne les suive pas. Maintenant ils savent pourquoi.

Pendant ce temps on a des moches qui parlent de cul avec des gros mots pour susciter l’intérêt et exister. Au même moment les modasses-pouffiasses redoublent d’efforts pour ne pas être intéressantes, de peur que la part de gens pas d’accord avec leurs éventuelles prises de postions ne décroissent leurs précieuses statistiques. Miroir aux alouettes. Un peu comme le marketing sur les blogs. Avant, je refusais les billets sponsos parce que dans la majeure partie des cas je trouvais les opérations pathétiques. Maintenant je suis à peu près convaincu que les retombées concrètes pour le client sont quasi nulles, que ça ne sert à rien. Mais comme on a construit des entreprises autour, on continue à brasser du vent. Mieux vaut pomper et qu’il ne se passe rien plutôt que ne pas pomper et qu’il se passe quelque chose. Au moins dans l’espace, y’a de la matière noire au milieu du vide. Sur l’internet, y’a que du vide. Sinon, c’est le vrai monde dehors. Et le vrai monde, il va chez le coiffeur, déjà.

Je suis fatigué de faire le tri, de chercher la matière noire de l’internet. C’est épuisant. Beaucoup plus que d’essayer de participer constructivement (faire des articles avec des mots, qui ne parlent pas que de marketing, de cul ou de téléphone déjà dépassé, être sympa, ne pas mentir, ne pas comploter, être de la matière). Déjà que j’avais la flemme de me créer une personnalité web, un pseudonyme mystérieux, de jouer le jeu de dupe où l’on aurait collectivement halluciné que tout ça, c’est qualitatif, cool et hype. Vous savez ce qui est hype ? Le remake en HD de Earthworm Jim sur ma Xbox hier. Ca avait le goût de la nostalgie, le bling d’une peinture refaite à neuf et j’ai perdu, parce que le jeu est hardcore, il n’est pas prémaché, revomis en flash avec une difficulté de lopettes. Hier j’ai joué à Earthworm Jim HD, et j’avais coupé l’internet. En entier. Le temps d’une partie. Je me suis du coup demandé, pendant les temps de chargement, ce que j’allais faire dans le vrai monde. A part me couper les cheveux.

La bonne nouvelle, c’est que si vous êtes en train de lire cette fin d’article, c’est qu’avec un peu de chance j’aurais été quelques particules de matière noire au milieu du néant. Et c’est déjà pas mal. Entre ça et les belles rencontres, les quelques pépites, je crois que je vais rebrancher mon câble ethernet. Mais après ma partie d’Earthworm Jim.

ALTERNATE NOTE STAGE !!!

Sinon j’aurais pu économiser 750 mots en faisant une note de blog d’une ligne pour dire la même chose : “J’ai besoin de vacances”, mais ça aurait été moins marrant.