924 – Book Review 152

Super Sad True Love Story. Perso, j’appelle ça un titre qui a de la gueule. Des mots simples, un ensemble un peu débile mais qui intrigue. Imaginez ma surprise quand j’ai découvert qu’il s’agissait d’un livre se déroulant dans un futur proche et best seller des ventes aux US en même temps. L’anticipation ne vend pas des masses d’ordinaire. A moins que ce ne soit de la satire. Ouf, c’est le cas cette fois-ci. Troisième roman de Gary Shteyngart, Super Sad True Love Story a squatté le haut des classements littéraires tout le mois de septembre, chroniqué des plus grands sites généralistes (NY Times) jusqu’aux plus spécifiques (Io9). Partout le constat était le même : c’est trop bien. Quelques clics plus tard et je m’attelais à la lecture du truc sur mon Kindle d’amour.

Lenny est un juif quadragénaire, fils d’immigrés Russes. Employé dans les nanotechnologies, son travail est de recruter les individus à haute valeur économique pour leur vendre des cures de rajeunissement. Au bout de la formule à plusieurs millions de dollars, l’espoir de vivre pour toujours. Lui-même perturbé par son corps peu attractif, Lenny compense en tombant éperdument amoureux de Eunice, une étudiante coréenne deux fois plus jeune que lui. Traumatisée par les hommes, celle-ci se laisse embarquer à New York, se disant que la gentillesse et le porte-monnaie du quadra suffiront à faire naitre en elle des sentiments. Pendant ce temps au dehors les Etats-Unis sont au bord de l’effondrement. Endettés jusqu’au coup, ils sont à la merci du bon vouloir des banques chinoises et norvégiennes. A moins d’un miracle, le pays tout entier pourrait disparaitre dans la pire catastrophe économique de tous les temps.

En vrai j’ai souffert à la lecture. Principalement parce que je n’ai pas cru une seule seconde à l’histoire d’amour qu’on nous vend. A aucun moment les personnages ne sortent leurs archétypes égoïstes : le vieux cherche une petite jeune avec un beau cul tandis que la coréenne au père abusif cherche seulement la sécurité en attendant de trouver mieux. Si les critiques US ont trouvé des vrais sentiments touchants dans le livre, perso je n’ai rien vu. Ce n’est pas parce que les personnages font de grandes phrases poétiques pour s’auto-convaincre que moi, lecteur, j’y crois. Heureusement que la narration n’est pas trop pénible, alternant entre le journal intime de Lenny et les échanges de mail/msn entre Eunice et ses ami(e)s. Le dernier quart du bouquin relève cependant le niveau, mais uniquement parce que l’intrigue délaisse les personnages pour s’intéresser à l’univers qui les entoure.

Car le worldbuilding est bon. Les gens communiquent avec des espèces de super-téléphones pendus autour du cou, des poteaux dans la rue scannent les citoyens pour leur rappeler de payer leurs dettes, la mode est devenue encore plus vulgaire avec des jeans semi-transparents et tout le monde parle avec un vocabulaire d’hipster du futur (« Duder », « Nee-gro »). Ca en combo avec le fil rouge concernant des Etats Unis, c’est super bien. L’histoire d’amour en carton et les préoccupations existentielles du juif dépressif made in Woody Allen, ça n’a pas fonctionné du tout sur votre serviteur. J’ai beau lire une douzaine de papiers enthousiastes, je ne comprends toujours pas.

Je suis perplexité et déception car, à mon sens, Super Sad True Love Story est très moyen.

BUY STAGE !!!

Meilleur prix version brochée VO : BookDepository (12,04€)

Prix Kindle : 9$99 (yay ! encore 5$75 d’économisé !)

805 – Enter The Void

Le problème, quand tu bosses (enfin quand tu stagiaires) comme Community Manager, c’est que tu passes ta journée entière sur Internet. Comme dans tous les autres boulots de bureau en somme, sauf que là t’es forcé, t’es obligé, c’est ton putain de job. Alors tu lis tous les commentaires de ton site, tu animes les forums, les facebooks, les comptes Twitter. Entre deux vrais morceaux de trucs utiles, tu vas lire du blog, du journalisme gratuit, les journaux intimes des gens. Parce que, ouais, t’es sur l’internet de toute façon, et que ton propre article du lendemain est déjà dans la boîte depuis onze heures du mat’ (première pause café). Et là tu te dis que finalement, t’es bombardé d’informations, tu absorbes de la matière toute la journée et que tu deviens de ce fait quelqu’un de meilleur, quelqu’un qui sait, quelqu’un qui a appris des choses. Sauf que sur l’internet, y’a pas grand chose, principalement le vide.

Je ne lis que très peu de blogs, pour la simple et bonne raison qu’il y en a bien peu qui sont dignes d’intérêt quand tu n’es pas « pote » avec la personne en face. La folie des blogs BD s’est calmée, il reste les bons, et finalement ça pèse pas bien lourd au milieu des énièmes clones de Penelope. J’ai l’impression de nager dans une gigantesque piscine de duplicate content, la copie d’une copie d’une autre copie. Le problème, c’est que la plupart des infos qui m’intéressent, je les chope à leur source, sur les sites « pros » qui publient les news au départ. Alors quand je vois le lien circuler sur Twitter, c’est trop tard, et quand je vois la news reprise, régurgitée de travers sans être comprise sur un blog, j’ai juste envie de me flinguer. Les gens qui utilisent leur compte twitter pour balancer du lien, faire suivre des articles et des retweets, comme s’ils étaient une succursale bas de gamme de l’AFP, s’étonnent que je ne les suive pas. Maintenant ils savent pourquoi.

Pendant ce temps on a des moches qui parlent de cul avec des gros mots pour susciter l’intérêt et exister. Au même moment les modasses-pouffiasses redoublent d’efforts pour ne pas être intéressantes, de peur que la part de gens pas d’accord avec leurs éventuelles prises de postions ne décroissent leurs précieuses statistiques. Miroir aux alouettes. Un peu comme le marketing sur les blogs. Avant, je refusais les billets sponsos parce que dans la majeure partie des cas je trouvais les opérations pathétiques. Maintenant je suis à peu près convaincu que les retombées concrètes pour le client sont quasi nulles, que ça ne sert à rien. Mais comme on a construit des entreprises autour, on continue à brasser du vent. Mieux vaut pomper et qu’il ne se passe rien plutôt que ne pas pomper et qu’il se passe quelque chose. Au moins dans l’espace, y’a de la matière noire au milieu du vide. Sur l’internet, y’a que du vide. Sinon, c’est le vrai monde dehors. Et le vrai monde, il va chez le coiffeur, déjà.

Je suis fatigué de faire le tri, de chercher la matière noire de l’internet. C’est épuisant. Beaucoup plus que d’essayer de participer constructivement (faire des articles avec des mots, qui ne parlent pas que de marketing, de cul ou de téléphone déjà dépassé, être sympa, ne pas mentir, ne pas comploter, être de la matière). Déjà que j’avais la flemme de me créer une personnalité web, un pseudonyme mystérieux, de jouer le jeu de dupe où l’on aurait collectivement halluciné que tout ça, c’est qualitatif, cool et hype. Vous savez ce qui est hype ? Le remake en HD de Earthworm Jim sur ma Xbox hier. Ca avait le goût de la nostalgie, le bling d’une peinture refaite à neuf et j’ai perdu, parce que le jeu est hardcore, il n’est pas prémaché, revomis en flash avec une difficulté de lopettes. Hier j’ai joué à Earthworm Jim HD, et j’avais coupé l’internet. En entier. Le temps d’une partie. Je me suis du coup demandé, pendant les temps de chargement, ce que j’allais faire dans le vrai monde. A part me couper les cheveux.

La bonne nouvelle, c’est que si vous êtes en train de lire cette fin d’article, c’est qu’avec un peu de chance j’aurais été quelques particules de matière noire au milieu du néant. Et c’est déjà pas mal. Entre ça et les belles rencontres, les quelques pépites, je crois que je vais rebrancher mon câble ethernet. Mais après ma partie d’Earthworm Jim.

ALTERNATE NOTE STAGE !!!

Sinon j’aurais pu économiser 750 mots en faisant une note de blog d’une ligne pour dire la même chose : “J’ai besoin de vacances”, mais ça aurait été moins marrant.

334 – Top 3 Saturdays # 16

Bon. Puisque personne me file de nouvelles idées de Top 3, je tente un suicide de la rubrique. A virgin j’ai acheté trois petits bouquins mercredi, je les ai bouclés deux jours plus tard et maintenant je vais les classer. Idées lectures pour le weekend à pas trop cher. Yay !

Number Three : Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

En voilà un titre qui en impose ! Il s’agit d’un tout petit livre avec un tout petit texte d’à peine dix pages. L’auteur suédois, Stig Dagerman, a écrit cette réflexion sur le sens de la vie avant de se tuer. Il tente, dans une dernière tentative dictée par son instinct de survie, de trouver un peu d’espoir, une raison de continuer à avancer.
Bien sûr c’est beau, fichtrement bien écrit, mais pour une raison que j’ignore ça n’a pas résonné en moi. Peut-être qu’en tant qu’être foncièrement morbide j’ai l’impression de ne rien découvrir de nouveau. Aucune idée. Il paraît cependant que c’est une tuerie ultime. Si ça vous touche je suis pas contre que vous me dites pourquoi.

Number Two : Fake

Giulio Minghini est Italien, traducteur de littérature et Fake est son premier roman. Il s’agit d’une autofiction borderline autobiographie. On y découvre un personnage plaqué après trois ans de vie commune, qui décide alors sur les conseils d’une amie de s’inscrire sur des sites de rencontre. Très vite le trentenaire perd pied à enchaîner les femmes dans son lit et finis par se créer des doubles virtuels, des fakes.
Un petit bouquin bien buzzé par les magazines hypeurs de service, GQ et Technikart en tête. Ca enfonce quelques portes ouverts mais c’est nettement lisible et plutôt sympa. Chapeau à l’auteur de dépendre des dizaines d’histoires de rencontre et de cul différentes sans lasser. Un bémol sur la vulgarité parfois, le poète en moi souffre à chaque fois.

Number one : Le joueur d’échecs

Va faisait un moment qu’on me tannait avec Zweig. Genre ah pas bien Le Reilly tu connais rien aux classiques contemporains ! J’ai profité de la réédition de la dernière, et la plus célèbre, nouvelle de l’auteur pour découvrir. A bord d’un paquebot un prodige des échecs et un mystérieux inconnu vont s’affronter dans une partie d’échecs aux conséquences aussi effrayantes qu’inattendues.
Force est de constater que ces quelques 70 pages sont très bien écrites, on se laisse prendre par le récit qui avance sans temps mort ni contemplation descriptivo-métaphysique. Je l’aurai lu d’une traite, avec la ferme intention de m’attaquer à d’autres textes de Zweig.

Promis, maintenant je vais me remettre à lire des bouquins de plus de cent et quelques pages. Faut quand même avouer que dévorer rapidement des mini livres ça a quelque chose de grisant. Hop, sur l’étagère !
Demain on parlera cinéma Français, c’est la semaine qui veut ça.