1263 – Comic Review

J’ai reçu Portugal de Pedrosa à Noël, en auto-cadeau. Il m’aura fallu trois mois pour le lire. Déjà parce qu’il est long, mais aussi parce qu’il est bien, surtout parce qu’il est massif.

A 35€ pour 260 pages papier glacé au format 24×32, Portugal est une bande dessinée monstre. Tu ne peux ni la lire dans le métro, ni la transporter chez ta copine ou en vacances. C’est un pavé. Et à cause de son format d’origine tu ne peux pas non plus convenablement en profiter en numérique. Portugal est une vraie bande-dessinée, qui se lit posément, au fond d’un canapé moelleux, en plusieurs fois. Car l’histoire aussi, même s’il ne s’y passe rien, est massive.

On suit trois morceaux de vie de Simon, un dessinateur de bande dessinées et aussi professeur en école primaire. Le premier tiers raconte sa panne d’inspiration, ses déboires avec sa compagne et un bref retour aux racines lors d’un festival à Lisbonne. La seconde partie se déroule en famille en Bourgogne, tandis que le dernier tiers du livre voit Simon remonter aux origines de sa famille lors d’un nouveau voyage au Portugal.

Je suis fan de Pedrosa depuis sa période mainstream chez Delcourt. A l’époque il bossait surtout en tant que dessinateur, en équipe avec différents scénaristes. J’offrais ses BD à chaque anniversaire de mes potes, c’était une valeur sûre. Forcément, quand il s’est lancé dans ce gros projet plus personnel, j’étais à bloc. Malheureusement, le prix aura été un frein à l’achat jusqu’aux fêtes. Mais ça valait le coup Puisqu’on a là affaire à quelque chose de bien plus grand. A part les couleurs, tout est fait par Pedrosa, qui nous livre une histoire à priori très personnelle et autobiographique.

Plus qu’un énième bouquin sur la page blanche, Portugal parle surtout de la famille et des origines. Des thématiques dont je n’aurais rien eu à foutre il y a dix ans, quand je lisais son Shaolin Moussaka, mais qui me touchent beaucoup plus à présent, que j’ai avancé dans ma tête et mes débuts de rides. Il s’est trouvé que je n’arrivais à lire Portugal que par petites doses de 20 pages, comme on apprécierait un bon livre. Aussi, je voulais digérer chaque séquence, et profiter de la multitude de détails qui fourmillent dans les pages. Le trait lâché est sublime, les femmes sont belles et les couleurs sont un régal pour les yeux. Le tout fusionne en une véritable invite aux voyages, à prendre le large.

Loin des clichés sur les bande dessinées indépendantes aussi prétentieuses que vides, Portugal est un véritable bijou du neuvième art, à savourer lentement, et à relire de temps en temps, pour s’en souvenir.

BUY STAGE

35 euros, donc.

1247 – Spooning

Ce matin, mon frère se lève en même temps que moi. On a cours à la même heure. A peine éveillé, je mets tout en œuvre pour émerger avant lui. Je rampe hors du lit deux secondes plus vite, je rejoins le salon en grappillant une seconde supplémentaire. Quand j’attrape l’unique cuillère à soupe à manche rouge de la maison, je vois la rage dans ses yeux. J’ai la cuillère cool, et pas lui, pas aujourd’hui. Cette fois, je gagne. Jusqu’à demain. On a déjà oublié d’où provient ce couvert spécial. Mais parce qu’il est criard, le manche épais, et surtout unique, mon frère et moi luttons chaque matin pour avoir le privilège de petit-déjeuner avec. Aujourd’hui mes Chocapics où un arrière-goût de victoire. Je suis le plus grand de toute de façon, c’est à moi qu’elle revient. C’est la mienne. La mieux. Je mâche en silence pendant qu’il me fait les gros yeux.

Ma mère fait l’inventaire de tout ce qu’elle peut me passer pour mon emménagement à Paris. Elle me refourgue des taies d’oreiller, des serviettes, des casseroles. De mon côté, je regarde si quelque chose me manque en particulier. Dans le tiroir de la cuisine, je retombe sur la cuillère rouge. Bordel. Il me la faut. Après des années de lutte fratricide, je l’ai méritée. Demain je pars sur la capitale pour je ne sais même pas combien de temps. Si je la prends maintenant, j’ai gagné pour toujours. Alors je demande à ma mère. Est-ce que je peux emporter cette cuillère-là ? Elle marque une pause, considère l’objet et réalise qu’elle n’en a absolument rien à foutre, qu’il ne représente rien pour elle. Si tu veux oui, fils. Les yeux brillants de convoitise, les mains moites et tremblotantes, je range la cuillère dans mon sac. Elle vient avec moi. Moi seul. J’ai gagné.

Après trois ans à attendre l’opportunité de retourner à Ikea, j’ai enfin pu acheter le meuble qui me manquait pour ranger tout le bordel qui occupe me table. Je prends une après-midi entière pour tour transvaser, et jeter ce qui m’est devenu inutile. C’est à ce moment que je retombe sur le paquet de couverts embarqué de ma campagne. Au milieu des fourchettes poussiéreuses, je retrouve la cuillère au manche rouge. Je ne m’en suis jamais servie. Parce que depuis des années je soupe tout avec des petites cuillères, pour que le petit déjeuner me dure plus longtemps. Je repense à mon frère. Je culpabilise. En bon enfoiré, je l’ai privé de la cuillère, pour finalement la laisser moisir. Je suis une ordure. Je me sens mal pour le couvert que j’ai trahis. Alors une fois le reste des affaires rangées, je m’accorde une pause céréalière. Je verse le lait sur mes Country Crisp et je plante la grosse cuillère rougeoyante dans le bol.

Pardon. Je vais me rattraper. Promis.

1007 – Whiskristmas

Dimanche matin, j’ai réussi à convaincre mon plus jeune cousin Savoyard de prendre la voiture et de nous conduire, mon frère et moi jusqu’à Genève pour une mission Burger King. Nous avions fière allure, dans la petite voiture jaune avec du Snoop Dog à fond, quand nous avons passé la frontière. A la gare de Genève nous avons récupéré Iris, qui venait faire un featuring dans notre futur bon souvenir de Noël. Puis ce fut direction l’aéroport, dans lequel nous avons déambulé un moment avant de trouver le seul Burger King de la région. Quinze francs suisses chacun plus tard et nous étions posés avec nos frais Whopper. J’avais opté pour le temporaire du moment : le Bourbon Whopper, avec ses onions rings panés et sa sauce au Bourbon. Mon enthousiasme réussit à convaincre mon palais que c’était la meilleure idée du monde, culinairement parlant. Un hug et un cadeau d’adieu à Iris plus tard, et nous repartions vers la France à travers les champs aussi déserts que couverts de neige.

Quand on fait le calcul, ce Noël n’était pas si mal que ça. Okay, avec deux pauvres tranches j’ai à peine eu assez de foie gras pour l’année, mais le reste se tenait. Plus les réveillons passent, mieux je supporte la famille que j’apprécie de voir, quitte à passer des heures à l’arrière d’une voiture à rattraper mon retard musical de l’année. Puis niveau cadeau, j’ai eu pile ce que je voulais sans avoir à trop le demander. J’ai scoré un tas de nouvelles chaussettes qui vont bien, le genre que j’ose pas mettre tellement elles me semblent parfaites sur leur petit présentoir. Mon frangin a eu la présence d’esprit de me prendre un porte capsules Nespresso. A ce rythme mon appartement va finir par ressembler à quelque chose. Iris a commis un attentat contre ma perte de poids avec un petit pot de crème de noisettes. Notons le colis de lecteur JpSiffert qui lui aussi m’a chargé en sucre pour les fêtes. Pile quand je fais pas d’exercice, bande de petits malins.

De mon côté j’ai couru de partout pour offrir des bouquins de qualité à la famille. Mais ma quête de cadeaux est loin d’être bouclée vu que je dois arroser encore une ou deux personnes. Seulement j’ai passé la fin de mois au bord de l’interdit bancaire (merci les billets de train et l’ultime renouvellement de ma carte 12/25) et tout reste à faire. Quelque part l’esprit de Noël va me travailler jusqu’à mi-janvier facile avec ces conneries. Ca attendra néanmoins que je boucle Donkey Kong Country Returns et Sonic Colours. Parce que les fêtes c’est aussi dépoussiérer la Wii et rattraper mon retard vidéoludique avant de retourner sur la Xbox en 2011. Je cours après les bananes en me gavant de papillotes. Aussi je cours après mes amis Lyonnais. Parce que la famille c’est aussi le best friend forever, les potes de lycée, les amis de fac. Et que ces vacances sont vraisemblablement les dernières avant la dernière ligne droite stage interminable et cdd sans congés. Allez, j’ai mérité un retour de Coca Zero.

Le soleil se couche sur l’autoroute du retour. J’ai passé une heure le nez collé à la vitre pour admirer les montagnes enneigées, les grands sapins blancs, les lacs gelés et autres vallées le long du trajet. Mes pieds grelottent encore de la neige qu’ils ont foulée en rentrant de Genève. Alors j’agite mes doigts dans mes chaussettes neuves.

Ouais, c’était un bon Noël.

FUN FACT STAGE !!!

En Australie, Burger King s’appelle Hungry Jacks.