1262 – Training To Failure

Ces dernières semaines, les fanboys du monde entier ont pu avoir un aperçu de leur puissance face aux grands groupes de divertissement. Suffisamment de déçus de la fin de Mass Effect III ont gueulé de telle sorte que Bioware, les développeurs et créateurs du jeu, annoncent travailler sur de quoi apaiser les fans, leur donner ce qu’ils veulent (nouvelle fin ? épilogue ? l’avenir nous le dira). Dans le même temps, les fans du dessin animé des Tortues Ninja sont tombés sur le coin de la face de Michael Bay, producteur d’un nouveau film adapté des tortues, qui avait osé dire que dans cette nouvelle version, les héros seraient des « aliens ». Il y aura eu tout et n’importe quoi, des pétitions en passant par des participants aux précédents films écrivant des lettres ouvertes, se sentant « violés ».

Au final, Bay et ses potes promettent de re-réfléchir, en nous disant que « ah ah ah, rien n’était tout à fait sûr hein les loulous ».

Forcément, des vrais journalistes font leur boulot, comme IGN qui prouve que les fans des Tortues Ninjas sont des gros blaireaux, ou HitFix qui est terrifié par le fait qu’une industrie entière se laisse faire par les rageux des Internets.

En ce qui me concerne, si je râle (trop) souvent contre les remakes de merdes, projets à la con et autres médiocrités culturelles, je ne pétitionne pas, je ne demande pas qu’on change des trucs, je ne fais pas de manifs. Parce que je crois aux vertus de l’échec, de la bonne grosse foirade. On dira ce qu’on veut sur la qualité du film Green Lantern, mais le flop au box office aura forcé les mecs de la Warner à réfléchir. Sinon on en aurait déjà eu un second. De l’échec nait un minimum de réflexion. Quand tu as un cadavre tu as une autopsie. Ecouter les conseils des autres, c’est bien, mais comprendre seul est parfois nécessaire.

C’est pour ça que ta pote canon qui se tape des connards ne t’écoute pas, toi l’ami. Parce qu’elle a besoin de se prendre la baffe de réalité de l’expérience. C’est con, mais c’est comme ça.

Surtout, se laisser la chance de se ramasser, c’est aussi se laisser la chance d’exceller. Puisqu’à partir du moment où tu contentes tout le monde, tu ne surprends personne. Et sans surprise point de génie. J’ai envie de croire que pour chaque mauvaise idée corrigée par les fans en colère, on a une bonne idée qui se retrouve elle aussi écartée de peur de froisser un public qui n’a même pas vu le résultat final. C’est aussi les limites de la médiatisation à outrance du processus créatif. A force de filer les bonus DVD aux gens avant qu’ils aient vu le film, ça part en sucette.

Une œuvre devrait être jugée sur son résultat final, et pas sur son état transitoire de travail (comme les tortues), ou sur ce qu’elle aurait pu être (comme Mass Effect). On aura beaucoup reproché au jeu de Bioware de refiler presque la même fin à tout le monde. Mais avant le net, personne n’aurait pu se ruer sur Youtube pour réaliser que « oh la la c’est les mêmes cinématiques dans les autres fins ». Et on n’aura pas entendu Michael Bay avant plusieurs semaines (trop tard quoi).

Laissons aux artistes le loisir de se planter la gueule, d’échouer. Non seulement ils feront mieux la prochaine fois, mais ils pourraient nous surprendre.

DID YOU KNOW STAGE !!!

On parle d’entraînement jusqu’à l’échec quand, lors d’un exercice physique, on pousse l’effort jusqu’à ce que le corps ne suive plus. Typiquement, faire des pompes jusqu’à céder sous la douleur et s’affaler mollement. Le but étant de conditionner le corps à faire mieux. La fois d’après.

Voilà.

1237 – Spectacular

J’ai eu envie de taper très fort le vendeur du GAME.

Déjà parce qu’avec son problème de coiffure, de lunettes et de posture il alimentait quotidiennement les stéréotypes négatifs sur les geeks. Ensuite parce qu’il m’a vendu Spider-Man : Edge Of Time dans une boite cassée, sans blister, avec un sticker prix dégueulasse collé dessus, au prix du neuf. L’exemplaire de démonstration fourgué au tarif plein. SUPAYR. Mais je voulais jouer, alors je l’ai acheté. Une fois chez moi, je dégustais le début de mon jeu (un peu nul) Spider-Man annuel. En contrôlant Peter Parker on peut, d’une pression sur un bouton, activé le spider sense en plein combat. Spider-Man se démultiplie alors à l’écran, pour montrer toutes ses esquives ultra rapides visibles par persistance rétinienne. L’effet est tellement cool que j’en ai versé une larme sur place.

Je ne déconne pas, j’ai mis le jeu en pause, et j’ai senti mes yeux se mouiller. J’étais heureux.

La semaine dernière a été une semaine extraordinaire pour le fan de l’araignée que je suis. En plus de mon achat de Edge Of Time, trois comics sont sortis le mercredi. Avenging Spider-Man #3 termine le team up avec Red Hulk, toujours dessiné par mon dessinateur préféré de l’univers : Joe Madureira. Orgasme rétinien. Ensuite, dans Daredevil #8 se concluait le team-up avec Matt Murdock, dans un récit plein de très bonnes vannes. Larmes de rire. Puis, dans Amazing Spider-Man #678, le dessinateur Humberto Ramos, que j’ai recopié pendant des années, s’est particulièrement appliqué. Retour de l’orgasme. Enfin, Ultimate Spider-Man #6 montrait enfin Miles Morales en costume, à latter des racailles pour sa première patrouille sérieuse. Une fois les numéros dévorés, je me suis dit qu’être fan de comics, c’est vraiment le pied.

Après je suis peut être excentrique, mais j’arrive à sniffer du bonheur entre les pages d’un Spider-Man.

Je me souviens de la haute autorité familiale, qui se foutait de moi à 15 ans, à me dire qu’un jour j’arrêterai de lire les super-héros. Perdu. Je suis moins de séries, je saute quelques mois de Hulk ou je rate un ou deux arcs de Deadpool, certes. N’empêche, je lis et relis chaque nouveau numéro d’Amazing Spider-Man avec la même joie d’enfant. Je hurle quand Black Cat flirte avec Daredevil, je ris à voix haute si Parker cloue le bec à Jonas, j’ai le cœur qui accélère à chaque mention d’un retour d’Osborn ou de Reilly. Entre les jeux vidéo, les comics (spinoff et crossovers compris) et le retour du dessin animé, j’ai un fix au minimum toutes les deux semaines, parfois plus. C’est comme savourer du sucre fondu pour le cœur, et lécher l’intérieur de l’emballage pour ne rien oublier.

Je dis oui à la surproduction, tout comme je dis oui à mon fanboyisme, qui ravit mes glandes à endorphines. Et après coup, à chaque fois, je me demande comment font les autres gens pour être heureux sans Spider-Man.

Quoi qu’ils prennent, je doute que ce soit aussi bon.

964 – Big Time

La seconde année où je suis allé au festival d’Angoulême, le dessinateur de comics Humberto Ramos était invité. Ramos est un des big five, les cinq premiers dessinateurs auxquels j’ai été exposé en bande dessinée américaine et qui ont forgé à la fois mes goûts et ma passion pour le comic. En plus de Ramos, Madureira et Campbell ont quasiment cessé la bande dessinée, Bachalo bosse encore de temps en temps, Turner est décédé et a atteri dans un projet de roman à moi. Ce jour là, dans la neige, sous la tente du festival d’Angou, j’ai attendu trois heures pour voir Ramos. Sans sortir de la file, tout seul, sans lecteur MP3, entouré de connards. J’ai mis à profit ce temps pour lui écrire une lettre, en anglais approximatif, avec des petits dessins, pour tenter de lui expliquer ce que son travail représentait pour moi. Je lui ai tendu une fois arrivé à son niveau, il l’a lue et a pris le double du temps habituel pour me faire le plus beau dessin qu’on m’ait jamais fait. Ever.

J’étais fan des projets creator-owned, indépendants, de Ramos. Malheureusement sans l’attrait d’un personnage connu, c’est dur de vendre assez de papier pour payer le beurre dans les épinards, Alors il est allé bossé sur Spectacular Spider-Man, et j’étais l’homme le plus heureux de l’univers. Mais ça n’a pas duré, et il est passé sur X-Men. Sauf que j’arrive pas à aimer les X-Men. J’essaie hein, j’ai essayé plusieurs fois, mais ça marche pas. Du tout. Alors je feuilletais, et je constatais que mon dessinateur préféré souffrait pour rendre ses planches à l’heure, réduisant les décors, le nombre de cases, simplifiant les poses des personnages. Il faut ce qu’il faut. Puis Spider-Man c’est devenu de la merde et j’ai arrêté d’acheter, je me suis contenté de lire un numéro par ci par là, ou des résumés, pour continuer à suivre les nazeventures de Peter Parker. Des années plus tard, la semaine dernière, Ramos est repassé sur Amazing Spider-Man à l’occasion du lancement d’un nouveau status quo, sous le terme Big Time.

Epaulé par des dessinateurs de soutiens qui font un numéro par ci par là, Ramos a plus de temps pour faire ses planches. New York est de retour dans les arrières plans, les pages comportent plus de trois cases et plusieurs personnages discutent dans la même case. Surtout, Peter Parker a de nouveau une tête à mi chemin entre le cartoon et le réaliste, les aventures de Spider-Man sont funs et colorées, le script me fait rire et malgré les restes des mauvaises décisions du passé et la redite de certaines histoires de fond, je suis à bloc. Pour la première fois depuis le court run de Bachalo y’a deux ans, j’ai regretté de pas avoir le numéro en papier dans mes mains, j’ai regretté de pas avoir de comic shop assez près pour aller l’acheter tant que j’oubliais que c’était trop cher pour moi en ce moment. Et au final, face au scan que j’avais dégotté, j’ai eu la larme à l’œil. Foutez vous de moi autant que vous voulez, j’ai aimé à ce point.

C’était pas révolutionnaire, mais c’était pile ce que je voulais, du fun old school avec aux crayons un des dessinateurs qui m’a fait aimé ce medium il y a dix ans. Shoot de nostalgie dans le cerveau, de nostalgie au goût de nouveauté. La double win d’un comic qu’on attendait pas. Je l’achèterai dans six mois quand il sortira en VF. Muchas gracias Humberto.