1237 – Spectacular

J’ai eu envie de taper très fort le vendeur du GAME.

Déjà parce qu’avec son problème de coiffure, de lunettes et de posture il alimentait quotidiennement les stéréotypes négatifs sur les geeks. Ensuite parce qu’il m’a vendu Spider-Man : Edge Of Time dans une boite cassée, sans blister, avec un sticker prix dégueulasse collé dessus, au prix du neuf. L’exemplaire de démonstration fourgué au tarif plein. SUPAYR. Mais je voulais jouer, alors je l’ai acheté. Une fois chez moi, je dégustais le début de mon jeu (un peu nul) Spider-Man annuel. En contrôlant Peter Parker on peut, d’une pression sur un bouton, activé le spider sense en plein combat. Spider-Man se démultiplie alors à l’écran, pour montrer toutes ses esquives ultra rapides visibles par persistance rétinienne. L’effet est tellement cool que j’en ai versé une larme sur place.

Je ne déconne pas, j’ai mis le jeu en pause, et j’ai senti mes yeux se mouiller. J’étais heureux.

La semaine dernière a été une semaine extraordinaire pour le fan de l’araignée que je suis. En plus de mon achat de Edge Of Time, trois comics sont sortis le mercredi. Avenging Spider-Man #3 termine le team up avec Red Hulk, toujours dessiné par mon dessinateur préféré de l’univers : Joe Madureira. Orgasme rétinien. Ensuite, dans Daredevil #8 se concluait le team-up avec Matt Murdock, dans un récit plein de très bonnes vannes. Larmes de rire. Puis, dans Amazing Spider-Man #678, le dessinateur Humberto Ramos, que j’ai recopié pendant des années, s’est particulièrement appliqué. Retour de l’orgasme. Enfin, Ultimate Spider-Man #6 montrait enfin Miles Morales en costume, à latter des racailles pour sa première patrouille sérieuse. Une fois les numéros dévorés, je me suis dit qu’être fan de comics, c’est vraiment le pied.

Après je suis peut être excentrique, mais j’arrive à sniffer du bonheur entre les pages d’un Spider-Man.

Je me souviens de la haute autorité familiale, qui se foutait de moi à 15 ans, à me dire qu’un jour j’arrêterai de lire les super-héros. Perdu. Je suis moins de séries, je saute quelques mois de Hulk ou je rate un ou deux arcs de Deadpool, certes. N’empêche, je lis et relis chaque nouveau numéro d’Amazing Spider-Man avec la même joie d’enfant. Je hurle quand Black Cat flirte avec Daredevil, je ris à voix haute si Parker cloue le bec à Jonas, j’ai le cœur qui accélère à chaque mention d’un retour d’Osborn ou de Reilly. Entre les jeux vidéo, les comics (spinoff et crossovers compris) et le retour du dessin animé, j’ai un fix au minimum toutes les deux semaines, parfois plus. C’est comme savourer du sucre fondu pour le cœur, et lécher l’intérieur de l’emballage pour ne rien oublier.

Je dis oui à la surproduction, tout comme je dis oui à mon fanboyisme, qui ravit mes glandes à endorphines. Et après coup, à chaque fois, je me demande comment font les autres gens pour être heureux sans Spider-Man.

Quoi qu’ils prennent, je doute que ce soit aussi bon.

964 – Big Time

La seconde année où je suis allé au festival d’Angoulême, le dessinateur de comics Humberto Ramos était invité. Ramos est un des big five, les cinq premiers dessinateurs auxquels j’ai été exposé en bande dessinée américaine et qui ont forgé à la fois mes goûts et ma passion pour le comic. En plus de Ramos, Madureira et Campbell ont quasiment cessé la bande dessinée, Bachalo bosse encore de temps en temps, Turner est décédé et a atteri dans un projet de roman à moi. Ce jour là, dans la neige, sous la tente du festival d’Angou, j’ai attendu trois heures pour voir Ramos. Sans sortir de la file, tout seul, sans lecteur MP3, entouré de connards. J’ai mis à profit ce temps pour lui écrire une lettre, en anglais approximatif, avec des petits dessins, pour tenter de lui expliquer ce que son travail représentait pour moi. Je lui ai tendu une fois arrivé à son niveau, il l’a lue et a pris le double du temps habituel pour me faire le plus beau dessin qu’on m’ait jamais fait. Ever.

J’étais fan des projets creator-owned, indépendants, de Ramos. Malheureusement sans l’attrait d’un personnage connu, c’est dur de vendre assez de papier pour payer le beurre dans les épinards, Alors il est allé bossé sur Spectacular Spider-Man, et j’étais l’homme le plus heureux de l’univers. Mais ça n’a pas duré, et il est passé sur X-Men. Sauf que j’arrive pas à aimer les X-Men. J’essaie hein, j’ai essayé plusieurs fois, mais ça marche pas. Du tout. Alors je feuilletais, et je constatais que mon dessinateur préféré souffrait pour rendre ses planches à l’heure, réduisant les décors, le nombre de cases, simplifiant les poses des personnages. Il faut ce qu’il faut. Puis Spider-Man c’est devenu de la merde et j’ai arrêté d’acheter, je me suis contenté de lire un numéro par ci par là, ou des résumés, pour continuer à suivre les nazeventures de Peter Parker. Des années plus tard, la semaine dernière, Ramos est repassé sur Amazing Spider-Man à l’occasion du lancement d’un nouveau status quo, sous le terme Big Time.

Epaulé par des dessinateurs de soutiens qui font un numéro par ci par là, Ramos a plus de temps pour faire ses planches. New York est de retour dans les arrières plans, les pages comportent plus de trois cases et plusieurs personnages discutent dans la même case. Surtout, Peter Parker a de nouveau une tête à mi chemin entre le cartoon et le réaliste, les aventures de Spider-Man sont funs et colorées, le script me fait rire et malgré les restes des mauvaises décisions du passé et la redite de certaines histoires de fond, je suis à bloc. Pour la première fois depuis le court run de Bachalo y’a deux ans, j’ai regretté de pas avoir le numéro en papier dans mes mains, j’ai regretté de pas avoir de comic shop assez près pour aller l’acheter tant que j’oubliais que c’était trop cher pour moi en ce moment. Et au final, face au scan que j’avais dégotté, j’ai eu la larme à l’œil. Foutez vous de moi autant que vous voulez, j’ai aimé à ce point.

C’était pas révolutionnaire, mais c’était pile ce que je voulais, du fun old school avec aux crayons un des dessinateurs qui m’a fait aimé ce medium il y a dix ans. Shoot de nostalgie dans le cerveau, de nostalgie au goût de nouveauté. La double win d’un comic qu’on attendait pas. Je l’achèterai dans six mois quand il sortira en VF. Muchas gracias Humberto.

871 – Kind Of Comic Review

Cette semaine je me suis retrouvé interviewé pour un mémoire tournant autour des geeks. A un moment est venue la question du partage. Est-ce que le geek veut garder pour lui son précieux ou est-il évangéliste ? A mon niveau je suis carrément dans la lobotomie de mes proches. Si j’aime quelque chose, j’ai besoin d’en parler encore et encore. J’ai besoin d’échanger autour du sujet, me remémorer les bons moments, débattre entre personnes de bonne compagnie etc… Comme la pédagogie, c’est la répétition, vous aurez noté ma propension à vous gaver avec Entourage ou plus récemment, The Last Airbender. J’arrive au bout de ma seconde vision de l’intégrale de la série en un mois et, promis, je vais bientôt arrêter de vous les briser. Mais pour mon anniv’ en retard on m’a offert un beau livre qui rejoint cette idée de partage, cette fois en provenance des créateurs eux-mêmes.

Pour coïncider avec la sortie de l’adaptation en film, l’éditeur de comics Dark Horse a sorti un magnifique artbook de la série animée Avatar. Le livre est gigantesque, avec une couverture cartonnée classieuse et des pages en papier glacé épais. Sur plus de cent soixante pages s’étalent un bon millier d’illustrations, croquis préliminaires et storyboard. Le livre est divisé en une partie sur la conception originale de la série, avec images du pilote, premiers dessins de design et focus sur les personnages. S’ensuit le gros morceau du livre, des pages entières consacrées à tel ou tel épisode, dans l’ordre, sans que presque aucun ne manque à l’appel. C’est l’occasion de voir des peintures de décors en pleine page, des comparaisons entre dessins au crayon bleu et rendu final ainsi que des séquenciers d’action commentés avec les notes de l’époque. Le tout se concluant sur les étapes d’illustrations de posters promotionnels et jaquettes des DVD. Une véritable mine d’or pour le fan et n’importe qui s’intéressant à l’animation en général.

Car l’artbook n’est pas pour autant avare de textes. Les deux créateurs de la série commentent abondement la genèse du projet, les réticences de Nickélodéon et leur enthousiasme au final. On découvre des photos du professeur d’arts martiaux qui aura chorégraphié tous les mouvements des maîtrises, la traduction quasi intégrale des idéogrammes qui apparaissent dans la série ou bien encore les photos de vacances ayant servies de références visuelles pour la série. C’est aussi l’occasion de découvrir le studio d’animation asiatique ayant produit les épisodes et comment les équipes US et Asie ont pu travailler main dans la main. Beaucoup de références secrètes sont dévoilées, avec par exemple des emprunts à Miyazaki, Cowboy Bebop ou bien à plusieurs reprises Evangelion. Les commentaires abordent aussi l’aspect réflexion préliminaire, avec les idées non retenus ou des élaborations sur les personnages ou des situations. Même si l’ultime question ne trouvera pas sa réponse (« pas encore »).

Le livre en impose, c’est clairement un bel objet, à la hauteur du matériau d’origine. Ce n’est pas si souvent que des créateurs bénéficient du support nécessaire à l’étalage de somme de travail nécessaire en coulisses. Plus qu’un résumé de plusieurs années de travail, l’Art Book d’Avatar est un partage supplémentaire, du créateur vers le lecteur, des petits secrets mais aussi de la passion. L’enthousiasme des commentaires est aussi communicatif que les dessins sont magnifiques.

Un must have comme on en fait peu pour tous les fans. L’ultime témoin d’une saga d’exception.