Ces dernières semaines, les fanboys du monde entier ont pu avoir un aperçu de leur puissance face aux grands groupes de divertissement. Suffisamment de déçus de la fin de Mass Effect III ont gueulé de telle sorte que Bioware, les développeurs et créateurs du jeu, annoncent travailler sur de quoi apaiser les fans, leur donner ce qu’ils veulent (nouvelle fin ? épilogue ? l’avenir nous le dira). Dans le même temps, les fans du dessin animé des Tortues Ninja sont tombés sur le coin de la face de Michael Bay, producteur d’un nouveau film adapté des tortues, qui avait osé dire que dans cette nouvelle version, les héros seraient des « aliens ». Il y aura eu tout et n’importe quoi, des pétitions en passant par des participants aux précédents films écrivant des lettres ouvertes, se sentant « violés ».
Au final, Bay et ses potes promettent de re-réfléchir, en nous disant que « ah ah ah, rien n’était tout à fait sûr hein les loulous ».

Forcément, des vrais journalistes font leur boulot, comme IGN qui prouve que les fans des Tortues Ninjas sont des gros blaireaux, ou HitFix qui est terrifié par le fait qu’une industrie entière se laisse faire par les rageux des Internets.
En ce qui me concerne, si je râle (trop) souvent contre les remakes de merdes, projets à la con et autres médiocrités culturelles, je ne pétitionne pas, je ne demande pas qu’on change des trucs, je ne fais pas de manifs. Parce que je crois aux vertus de l’échec, de la bonne grosse foirade. On dira ce qu’on veut sur la qualité du film Green Lantern, mais le flop au box office aura forcé les mecs de la Warner à réfléchir. Sinon on en aurait déjà eu un second. De l’échec nait un minimum de réflexion. Quand tu as un cadavre tu as une autopsie. Ecouter les conseils des autres, c’est bien, mais comprendre seul est parfois nécessaire.
C’est pour ça que ta pote canon qui se tape des connards ne t’écoute pas, toi l’ami. Parce qu’elle a besoin de se prendre la baffe de réalité de l’expérience. C’est con, mais c’est comme ça.
Surtout, se laisser la chance de se ramasser, c’est aussi se laisser la chance d’exceller. Puisqu’à partir du moment où tu contentes tout le monde, tu ne surprends personne. Et sans surprise point de génie. J’ai envie de croire que pour chaque mauvaise idée corrigée par les fans en colère, on a une bonne idée qui se retrouve elle aussi écartée de peur de froisser un public qui n’a même pas vu le résultat final. C’est aussi les limites de la médiatisation à outrance du processus créatif. A force de filer les bonus DVD aux gens avant qu’ils aient vu le film, ça part en sucette.
Une œuvre devrait être jugée sur son résultat final, et pas sur son état transitoire de travail (comme les tortues), ou sur ce qu’elle aurait pu être (comme Mass Effect). On aura beaucoup reproché au jeu de Bioware de refiler presque la même fin à tout le monde. Mais avant le net, personne n’aurait pu se ruer sur Youtube pour réaliser que « oh la la c’est les mêmes cinématiques dans les autres fins ». Et on n’aura pas entendu Michael Bay avant plusieurs semaines (trop tard quoi).

Laissons aux artistes le loisir de se planter la gueule, d’échouer. Non seulement ils feront mieux la prochaine fois, mais ils pourraient nous surprendre.
DID YOU KNOW STAGE !!!
On parle d’entraînement jusqu’à l’échec quand, lors d’un exercice physique, on pousse l’effort jusqu’à ce que le corps ne suive plus. Typiquement, faire des pompes jusqu’à céder sous la douleur et s’affaler mollement. Le but étant de conditionner le corps à faire mieux. La fois d’après.
Voilà.





