459 – Book Review 69

Début juin est sorti le premier roman de Guillermo del Toro, co écrit par un écrivain de thriller, Chuck Hogan. Sombre histoire de vampires, j’ai pas cherché à comprendre. C’est alors que je suis tombé sur une interview de Guillermo, où il expliquait la genèse du projet. Après avoir maté en boucle The Wire, il a voulu créer sa propre fresque TV sur une épidémie de vampires à NY, plein de personnages bigarrés inside. Avec son pote Hogan, ils ont monté une bible et sont partis voir la Fox. A la lecture de l’ambitieux projet hardcore, la chaîne s’est exclamée « Mais c’est trop bieng ! Juste, y’a moyen d’en faire une comédie ? ». Guillermo et Chuck se jettent alors par la fenêtre avec leur proposition de série sous le bras, s’enfuyant le plus loin possible et se jurant d’en faire une trilogie de romans. Banco, j’achète.

C’est la merde à l’aéroport Kennedy, un avion vient d’atterrir sans lumières et sans donner signe de vie. A l’intérieur, tous les passagers sont morts sans traces de lutte. Tous sauf quatre, sans aucun souvenir de l’incident. La nuit suivante tous les cadavres de l’avion disparaissent des morgues de la ville pendant que les survivants sont pris de fortes fièvres. Contaminés par un être plus ancien que l’homme lui-même, les passagers de l’avion deviennent des vampires, animés par un virus qui corrompt leur corps et leur esprit, les transformant en horreurs biologiques. Le Maître a brisé la trêve entre les Anciens et les humains, lançant un assaut frontal contre la ville de NY, trop incrédule et peu préparée pour l’invasion et la destruction qui se préparent. Un antiquaire, deux épidémiologistes, un dératiseur et une petite frappe vont s’unir pour tenter de contrecarrer les plans du Maître.

Bon, The Strain, c’est un peu l’anti-twilight légèrement. Les vampires ne sont pas cools, ce sont des machines a tuer au physique grotesque, dénués de conscience et mus par un instinct bestial. Imaginer des zombies qui courent vite et sucent le sang avec une immense langue/dard, et qu’il faut décapiter/cramer pour tuer. Le bouquin est très trash, avec des scènes à la limite du mauvais goût mais paradoxalement réjouissante (mention spéciale à la nana qui se fait escalader par les vers parasites qui transportent le virus et qui s’introduisent dans son anus le long d’une page entière de description de la pénétration, uber groovy !). L’héritage TV de la trame se fait sentir avec un rythme parfois trop lent, surtout au début, et une multitude de personnages développés malgré le fait que la moitié d’entre eux se fait buter avant la fin. Au moins les auteurs sont sans concessions, prouvant avant la fin du livre qu’aucun personnage n’est intouchable.

Le style est propre et efficace. The Strain se lit comme un script mis en prose, une écriture qui se prête plus que bien à un thriller fantastique. Mon côté fan de biologie apprécie les efforts déployés pour expliquer le virus, ses effets et son mode de propagation. Les vampires sont proches des hybrides de Blade II alors que la trame se rapproche de celle d’un film de zombies avec la chute progressive de la ville et de ses infrastructures. Pris par l’ensemble, on fermera les yeux sur les gros trous du scénario (l’absence de lutte dans l’avion, jamais vraiment expliqué), les clichés « Si on tue le chef, les autres mourront aussi ! » et les scènes un peu too much « Oh Noes !!! Je tue le Master ou je sauve mon pote en train de crevay ?!? ».

Autant ne pas bouder son plaisir et profiter de la passion des auteurs pour leur histoire bien hardcore qui change des trucs aseptisés sur les vampires que l’on se bouffe partout en ce moment. Les Vamps, c’est badass, c’est flippant, ça fait faire des cauchemars, et c’est comme ça qu’on les aime ! A l’année prochaine pour le Tome 2 et le premier en France.

Demain, il sera question de photos et d’ambition artistique.

385 – Cine Club 48 & 49

J’aime bien les films de monstre. Pas pour le frisson, ça je m’en fous. Non, et ça va paraître encore plus tordu, mais je kiffe des bestioles. Si il y a en plus une explication biologique ou des stats sur ses capacités c’est l’orgasme. Puis je tiens à voir la bête en pleine lumière, nette, le temps de me délecter du design. Le soucis c’est que ce genre de film est complètement galère à vendre, et souvent loupé (ou pas, confère Arac Attack, qui déchire sa maman). Aujourd’hui je vais vous parler de deux films qui ne sont pas sortis au ciné en France, voire pas même en DVD. Et c’est bien dommage, parce que tout en étant complètement opposés dans leur style et traitement, c’est deux petites boulettes qui font plaisir le dimanche aprem’.

Un couple de campeur est pris en otage par un autre couple d’autostoppeurs en fuite. Tout ce beau monde se retrouve coincé dans la seule station service du coin, poursuivis par une étrange créature sanguine qui ne semble pas décidée à les laisser partir. Braqueurs et victimes vont devoir coopérer s’ils veulent revoir la lumière du jour.

Splinter est un thriller fantastique petit budget sans tête d’affiche. On a une unité de lieu et de temps, vu que 90% du film se passe dans la station service le temps d’une nuit. Le monstre est aussi original que classieux et flippant. La tension monte crescendo, aidé par la courte durée du film. C’est aussi un bonheur d’avoir des personnages pas trop cons, qui prennent les bonnes décisions. On en ressort épuisé et frémissant. Une putain de réussite qui montre qu’on peut accoucher d’une tuerie avec peu de thune et beaucoup de talent. Une équipe à suivre.

Un vaisseau se crashe en Europe du nord. Keynan, le seul survivant, se lance à la poursuite de la bête qu’ils transportaient. Capturé par des vikings, l’étranger va devoir se fondre parmi ce peuple primitif car il a besoin d’eau pour empêcher le monstre de dévaster le reste de la région.

Outlander a une genèse beaucoup plus bordélique. Le film profite d’un gros budget, de quelques têtes d’affiche (bordel le héros c’est Jésus merde quoi !) et pourtant il ne sera sorti que dans 81 salles aux USA (direct to DVD ici), rapportant moins de 10% de son budget. Faut dire que marketer la légende de Beowulf version Sci-Fi c’est pas évident, les distributeurs n’auront pas voulu y croire. Dommage car malgré le côté cheap de certains passages et le manque de profondeur général du truc, c’est quand même des putains de vikings qui défoncent de l’Alien à coup d’épée merde ! Intestable comme pitch bordel !

Avec un petit bijou d’épouvante old school et un gros actionner débile et bourrin, vous savez quoi mater pour faire du bonheur dans vos yeux de cinéphiles qui vont chercher toujours plus loin leur prochain kif.
Demain on parlera de profiling.

212 – Everyone’s A Critic # 15 & 16

- Dit Le Reilly, maintenant que t’es mis à la littérature, je peux te passer un bouquin ?
- Heu… ouais pourquoi ?
- Parce qu’en fait j’y ai rien compris et tout le monde dit que c’est trop bien je voudrais ton avis. Ca s’appelle « Chroniques de l’oiseau à ressort », de Haruki Murakami.
- Hey mais ça fait 850 pages ton truc !!!
- Fuck ! Tu l’as découvert… Bon, bah, tant pis.

Quelques semaines plus tard.

- Hey Le Reilly, faut trop que tu lises Haruki Murakami, ça défonce sa maman !
- Tain ! T’es le deuxième à me dire ça.
- Mais c’est parce que c’est trop vrai. Tu sais quoi, le truc c’est que Murakami, il t’a déjà lu, dans ton âme, avant même que tu l’ais lu lui !
- Oookay.

Fatalement, l’autre jour en librairie, j’ai cédé, j’ai craqué pour mon premier Murakami, un des grands auteurs Japonais contemporains, plusieurs fois préssenti pour le nobel.

J’ai acheté « Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil », parce que c’était le plus petit, le moins cher et celui qui avait l’air le plus terre à terre. L’histoire croisée d’un quadra japonais et de son amour d’enfance qui va et vient dans sa vie. Le sujet me parle, en plus la couverture est très belle. Force était de constater qu’Anne et Tonio avaient raison, c’est brutal tellement c’est bien écrit. Rien de révolutionnaire dans la forme, ni de trop compliqué. Les mots et leurs enchaînements sont simples, mais ils sont si bien choisis. Toutes les émotions distillées au fil des pages sonnent incroyablement vraies, plus réelles que dans la plupart des autres romans que j’ai pu me farcir ces derniers temps. Murakami est quelqu’un de lucide capable de nomme précisément les petits instants de la vie, et leur ressenti. Après un départ narratif un peu lent je me suis laissé porter jusqu’au bout du bouquin. Tous les mystères ne sont pas éclaircis, et pour une fois, cela ne m’a pas gêné le moins du monde. Immédiatement je l’ai prêté à une connaissance.

Histoire d’être sûr de mon avis, je suis retourné le lendemain chez le même libraire, où j’ai jeté mon dévolu sur « Le passager de la nuit », le dernier roman de l’auteur sorti en poche. Il y décrit la demi douzaine d’heures qui suivent minuit, à travers deux sœurs qui vont croiser une pittoresque galerie de personnages. Il y a dans celui-ci un peu de fantastique. Et comme je le craignais, ce n’est pas l’aspect que j’ai le plus apprécié. J’ai surtout vibré pour les dialogues encore une fois très justes, et des intrigues aussi simples en apparences que profondes. Du coup, même si j’ai apprécié ce dernier opus, j’ai un peu peur de me confronter aux autres romans de Murakami. En tout cas pas tout de suite. Ce sera pour plus tard. Ce qui est sûr, c’est que mon entourage est truffé de gens de goûts, et que j’ai un auteur de plus sur ma watch list.

Lire deux livres du même auteur d’affilé est un exercice auquel je me livrais pour la seconde fois, et je crois que j’aime bien cette idée. J’arrive à cerner des prémices de thématiques, de techniques d’écriture, d’univers.
Sur ce, je cesse mes considérations d’intello wannabe, et j’annonce que demain on parlera de ma propension à arriver toujours en retard.