Début juin est sorti le premier roman de Guillermo del Toro, co écrit par un écrivain de thriller, Chuck Hogan. Sombre histoire de vampires, j’ai pas cherché à comprendre. C’est alors que je suis tombé sur une interview de Guillermo, où il expliquait la genèse du projet. Après avoir maté en boucle The Wire, il a voulu créer sa propre fresque TV sur une épidémie de vampires à NY, plein de personnages bigarrés inside. Avec son pote Hogan, ils ont monté une bible et sont partis voir la Fox. A la lecture de l’ambitieux projet hardcore, la chaîne s’est exclamée « Mais c’est trop bieng ! Juste, y’a moyen d’en faire une comédie ? ». Guillermo et Chuck se jettent alors par la fenêtre avec leur proposition de série sous le bras, s’enfuyant le plus loin possible et se jurant d’en faire une trilogie de romans. Banco, j’achète.

C’est la merde à l’aéroport Kennedy, un avion vient d’atterrir sans lumières et sans donner signe de vie. A l’intérieur, tous les passagers sont morts sans traces de lutte. Tous sauf quatre, sans aucun souvenir de l’incident. La nuit suivante tous les cadavres de l’avion disparaissent des morgues de la ville pendant que les survivants sont pris de fortes fièvres. Contaminés par un être plus ancien que l’homme lui-même, les passagers de l’avion deviennent des vampires, animés par un virus qui corrompt leur corps et leur esprit, les transformant en horreurs biologiques. Le Maître a brisé la trêve entre les Anciens et les humains, lançant un assaut frontal contre la ville de NY, trop incrédule et peu préparée pour l’invasion et la destruction qui se préparent. Un antiquaire, deux épidémiologistes, un dératiseur et une petite frappe vont s’unir pour tenter de contrecarrer les plans du Maître.

Bon, The Strain, c’est un peu l’anti-twilight légèrement. Les vampires ne sont pas cools, ce sont des machines a tuer au physique grotesque, dénués de conscience et mus par un instinct bestial. Imaginer des zombies qui courent vite et sucent le sang avec une immense langue/dard, et qu’il faut décapiter/cramer pour tuer. Le bouquin est très trash, avec des scènes à la limite du mauvais goût mais paradoxalement réjouissante (mention spéciale à la nana qui se fait escalader par les vers parasites qui transportent le virus et qui s’introduisent dans son anus le long d’une page entière de description de la pénétration, uber groovy !). L’héritage TV de la trame se fait sentir avec un rythme parfois trop lent, surtout au début, et une multitude de personnages développés malgré le fait que la moitié d’entre eux se fait buter avant la fin. Au moins les auteurs sont sans concessions, prouvant avant la fin du livre qu’aucun personnage n’est intouchable.

Le style est propre et efficace. The Strain se lit comme un script mis en prose, une écriture qui se prête plus que bien à un thriller fantastique. Mon côté fan de biologie apprécie les efforts déployés pour expliquer le virus, ses effets et son mode de propagation. Les vampires sont proches des hybrides de Blade II alors que la trame se rapproche de celle d’un film de zombies avec la chute progressive de la ville et de ses infrastructures. Pris par l’ensemble, on fermera les yeux sur les gros trous du scénario (l’absence de lutte dans l’avion, jamais vraiment expliqué), les clichés « Si on tue le chef, les autres mourront aussi ! » et les scènes un peu too much « Oh Noes !!! Je tue le Master ou je sauve mon pote en train de crevay ?!? ».
Autant ne pas bouder son plaisir et profiter de la passion des auteurs pour leur histoire bien hardcore qui change des trucs aseptisés sur les vampires que l’on se bouffe partout en ce moment. Les Vamps, c’est badass, c’est flippant, ça fait faire des cauchemars, et c’est comme ça qu’on les aime ! A l’année prochaine pour le Tome 2 et le premier en France.
Demain, il sera question de photos et d’ambition artistique.



