1137 – Book Review 181

Chaque mois de mai Chuck Palahniuk sort un bouquin. Le type est réglé comme une horloge et accouche d’un roman par an. C’est cool. D’ailleurs j’avais hâte de lire Damned avant qu’il soit repoussé à octobre. En fourbe. Comme j’avais pris mes petits habitudes je suis donc allé voir sa bibliographie pour constater qu’il me manquait plus que deux romans pour les avoir tous lu. Après un rapide sondage sur les internets, on m’a conseillé Rant (Peste en VF) plutôt que Diary. C’était l’occasion de compléter ma collection, en attendant l’automne.

Le refus de ranger Chuck en littérature générale pousse l'édition française dans l'absurdité avec un classement SF.

Buster « Rant » Casey a toujours été un adolescent à problèmes, le genre à sécher les cours pour aller fourrer son bras dans des trous d’araignées histoire de se faire mordre l’avant-bras un bon coup. Au point qu’à force de se faire infecter par tout et n’importe quoi, il s’est retrouvé porteur d’une version modifiée de la rage qui a contaminé tout le pays et cause des vagues de décès depuis des années. C’était après qu’il arrive en ville et s’acoquine avec les Party Crashers, un groupe de noctambules qui passent leurs nuits au volant de grosses voitures dans l’espoir de croiser un des leurs pour emboutir leur carosserie. C’est comme ça qu’ils s’éclatent, dans ce futur proche où pour réguler le flux de population on les divises entre diurnes et noctambules, avec couvre feux dans les deux cas. Mais à en croire certaines personnes, le Party Crashing cache le plus grand des secrets.

Le sous-titre de Rant est « l’histoire orale de Buster Casey ». Parce que le roman entier est rédigé sous forme d’interviews, un peu comme si on regardait un documentaire. Sont interrogés familles, amis, ennemis, petite copine ou expert en virologie et théories du complot. Plusieurs intérêts à une narration de ce type. Déjà ça permet un style d’écriture orale. Palahniuk rédige comme les gens parlent, invente des « voix » et propose un texte accessible. Ensuite ça autorise de raconter l’histoire plus ou moins dans le désordre. Bien que le livre suive plus ou moins la vie de Rant, les interviewés ne peuvent s’empêcher de glisser des anecdotes dans le désordre, ou d’amorcer d’autres bouts d’histoires. Enfin, toutes ces versions ne concordent pas forcément, plusieurs des narrateurs ne sont donc pas fiables.

Ce qui fait que c’est à toi de voir, pour le fin mot de l’histoire. Tu décides ce que tu veux.

Thématiquement Rant est un pot-pourri de l’univers de Palahniuk, avec toujours cette obsession de mettre en scène des freaks qui se rencontrent et s’aiment entre eux. On a des difformités physiques, des légendes urbaines, des descriptions médicales etc… Les fans se retrouvent en terrain connu, bien que tout ne fonctionne pas dans le livre. Quelques passages sont un peu confus, ou long, mais rien de très grave. J’en ressors avec le léger regret de ne pas l’avoir lu plus tôt, à l’époque où je mangeais un Chuck par mois.

Bon, maintenant plus que Diary et je pourrais m’auto attribuer un achievement aussi virtuel qu’invisible. On en reparle.

BUY STAGE !!!

En VO pour 10€, en VF pour 8€.

1065 – Sandboy

Anaïs monte le volume du son qui court jusqu’aux écouteurs qu’elle porte sous ses cheveux bruns. L’horloge de sa table de chevet marque quatre heures du matin. Mais ça, l’adolescente l’ignore, trop occupée qu’elle est à rédiger un mail entre deux mises à jour de sa timeline Twitter. Assise en tailleur dans son pyjama sur son lit, elle est l’unique silhouette visible le long de la façade de l’immeuble. Le reste du monde dort. En boucle, l’album de Sleight Bells chasse la fatigue qui tente de prendre possession du frêle corps de la jeune fille. Dodelinant de la tête, concentrée sur sa demi-douzaine d’onglets ouverts, Anaïs est ignorante de l’apparition de quelques grains de sable sur le rebord de sa fenêtre.

Les minuscules minéraux glissent sous l’entrebâillement à l’origine prévu pour aérer la pièce. Rapidement un filet régulier chute en silence jusqu’à la moquette. Le sable s’infiltre de plus en plus vite et s’entasse. Mouvante, la colonie de grains prend peu à peu forme. La lampe de bureau, unique source de lumière, étend peu à peu l’ombre grandissante de l’intrusion. Les ténèbres fondent le long du lit, projetées de plus en plus près de l’ordinateur d’Anaïs. Lorsqu’elle remarque un début d’ombre sur sa poitrine, l’adolescente lève les yeux dans un sursaut. Une main puissante, d’homme, s’abat sur sa bouche. Ses réflexes voudraient crier. Ils hurlent. Mais rien ne sort, la gorge d’Anaïs est envahie par un flot de sable.

- Va dormir !

Le garçon détend son étreinte. Anaïs recule jusqu’au mur à coups de pieds. Les poumons en feu, elle s’étouffe, crache, vomit du sable sur sa couette. L’intrus n’est pas très grand, brun, habillé de vêtements épais, entrelacés, de façon à retenir plusieurs fuites de sable qui s’échappent jusqu’au sol avant de réintégrer la plante de ses pieds nus.

- Il est l’heure de dormir ! Va dormir ! Tout le monde doit dormir !

Anaïs veut protester. Elle ne comprend. De toute façon elle n’a pas école demain. C’est le weekend ! Sa susceptibilité vient de prendre le pas sur sa peur. Revirement bref puisque la terreur est de retour alors qu’un poing vient s’exploser en un nuage de sable contre sa joue. L’impact la fait basculer en arrière. Son crâne vient percuter le mur. La douleur est atroce.

- Si je dois aller me coucher tôt parce que je travaille ! Parce que j’ai du retard du sommeil ! Parce que j’ai des horaires de cadre ! Parce que le monde est injuste ! Alors je vais rétablir l’équilibre. Vous allez tous dormir !

Reformée, la main du garçon s’abat de nouveau sur le visage d’Anaïs. Les doigts sableux s’étendent, viennent obstruer narines et bouche. La jeune fille est se débat, est prise de convulsions. Ses nerfs lui rapportent chaque centimètre gagné de l’invasion. En état de choc, incapable de respirer, Anaïs perd connaissance.

LeReilly réintègre ses doigts, fait craquer ses articulations ensablées. Une bonne chose de faite. Si lui doit sacrifier ses nuits d’errance internet et autres activités nocturnes, ils doivent tous en faire autant. L’adolescente est évanouie sur sa couette. Le garçon prend bien soin de la couvrir pour qu’elle ne prenne pas froid. Avant de partir il twitte depuis le compte d’Anaïs : « Je vais dormir. Faites-en autant » puis éteint la lumière.

De nouveau de l’autre côté de la fenêtre, il bondit de la façade de l’immeuble jusqu’à la maison d’en face. Le vent balaie son visage, détache quelques grains de sable de sa peau. Sourcils froncés, il saute de toits en toits à la recherche de la prochaine fenêtre encore éclairée.

1052 – NDA

Je sais que je suis carnivore parce que là, tout de suite, mon unique envie est d’aller planter mes dents dans la paire de fesses qui danse d’une jambe d’appui à l’autre face à moi. Cette fille que je ne connais que depuis ce soir déboutonne son chemisier qui va rejoindre son jean sur le sol. Quand elle se retourne je suis déjà en boxer. Assis sur son lit, mes yeux sont au niveau de son entrejambe, puis de son visage, lorsqu’elle s’accroupit. Ses doigts viennent se mêler à mon sous vêtement, puis le tirent lentement vers elle. Ma pudeur hurle, mais moins fort que mes pulsions carnassières. Je laisse faire. J’attends la suite. Qui ne vient pas puisqu’à peine après m’avoir mis à nu, elle se redresse pour attraper un bout de papier sur sa commode.

- Par contre je vais avoir besoin que tu signes ça.

« Lolwat » est la première pensée qui traverse mon cerveau, suivie de près par « quel est le fuck femme ?! » qui sort sous la forme tout public de :

- Pardon ?
- Si tu veux qu’on continue, une petite signature en bas et on est reparti.

Elle me tend un stylo.

- C’est quoi ?
- Un NDA. Un accord de confidentialité ?

Décontenancé, hors du moment, j’hésite entre rire ou pleurer.

- C’est un préliminaire BDSM douteux ton truc ?
- Non, une assurance. Contre les ragots. J’en ai marre qu’on étale ma vie sexuelle, que ceux qui m’en veulent se lâche en putassant dans leur coin ou que je me retrouve à me faire engueuler par la nouvelle ou l’officielle. En plus avec les bloggueurs, twittos et compagnie c’est encore pire.

Par réflexe, j’ai commencé à lire le papier, qui est une version longue en termes plus léchées de ce qu’on vient de m’expliquer. Je relève les yeux pour protester face à l’absurdité de la situation, pour rappeler que je suis pas un enculeur de maman et un mec réglo et que globalement je bave pas après coup. Mon élan est interrompu par le violent flash de l’appareil photo du téléphone de la demoiselle.

- Ta bite au repos, en otage sur mon téléphone et déjà en cours d’upload vers un dossier secret sur mon FlickR.
- QUOI ?!

Effectivement dans le froid de la non-action j’ai grandement, façon de parler, débandé. Indignation ! Je veux me redresser mais la donzelle s’asseoit sur moi, fait coulisser ses cuisses des deux côtés de mon torse.

- Soit tu ne signe pas, j’efface les photos et tu rentres chez toi la queue entre les jambes. Soit tu signes, les photos sont à l’abri tant que tu te tiens à carreaux et tu rentres en moi la queue entre mes jambes.
- …
- A toi de voir.

J’ai l’impression de prendre la décision la plus importante et la plus faussée de ma vie. D’un côté je fais face à une tarée autoritaire qui possède la photo la plus compromettante jamais prise de ma personne. D’un autre côté elle est assise en string sur moi.

- Est-ce que je peux prendre appui sur tes seins pour signer ?
- Je t’en prie.