Ground Control

On a vu les deux filles au milieu de leur groupe d’amis hésiter devant le bar où nous étions accoudés. J’ai d’abord repéré la blonde, qui ressemblait tellement à la chanteuse que je l’ai mentalement renommée Lana Del Vraie. Mon camarade m’a fait remarquer que la brune était encore plus jolie. Force était de constater qu’il avait raison. Le groupe est entré dans le bar, commandé quelques boissons et est parti s’installer sur la mezzanine, à l’étage. Nous, on était en bas.

Rien que la disposition géographique était la métaphore de ce qui se passait dans nos petits cœurs de garçons.

Je n’ai jamais séduit une inconnue dans un bar. Ça ne m’est jamais arrivé, je ne suis pas ce genre d’individu. Une fois je me suis fait draguer, aux Furieux, y’a deux ans, et j’ai été particulièrement désagréable avec l’inconnue, incapable de comprendre que « lol elle veut te pécho », comme me l’aura subtilement fait remarquer un autre ami. Je sais pas faire. Entre ça et mon incapacité à boire de l’alcool, c’est au final assez absurde que je sorte encore dans des débits de boissons. Passons.

L’idée c’est que pour repartir avec une fille, ou un bout d’elle comme son numéro ou son nom (pour poker), il faut soit être un trou noir, soit être un cosmonaute.

Un trou noir, c’est un mec mystérieux et/ou qui fait la gueule. Sa force d’attraction fait que la fille va venir vers lui, si possible en faisant un tas de cercles concentriques autour du garçon jusqu’à se rapprocher de plus en plus. Jusqu’à la collision. Puis là le trou noir bouffe l’ingénue, parce qu’un trou noir c’est un peu un sale con. Quand on attire tout, même la lumière, on ne renvoie rien. C’est comme ça, c’est de la physique.

Le cosmonaute, c’est celui qui est capable de prendre une grande inspiration, et d’aller sur une toute autre planète. C’est quitter ses amis satellites, sauter dans le vide et rejoindre une autre galaxie, avec plein de gens que tu ne connais pas. Et là tu te risques à faire coucou. Avec un peu de chance, tout le monde parle la même langue, sinon il faut galérer un peu. Dans le meilleur des cas, les indigènes acceptent le courageux homme de l’espace. Sinon c’est le rejet, et il faut retraverser le vide spacial, seul.

La jolie brune était deux mètres plus haut, accoudée à la rambarde. Elle poussait le vice à s’appuyer sur ses seins, écrasés contre le bois vernis. Nous étions deux benêts, planté un étage en dessous, avec un début de torticolis. Mon camarade était plus disponible et plus imbibé que moi. Ground control à Major Tom : à l’assaut putain ! Qu’est-ce que t’es a à faire, tu la reverras jamais !

Bien sûr, c’était peine perdue. Il ne s’est rien passé. Et la plus jolie brune de son univers est restée là-haut. L’astronome que j’étais est rentré, parce que voilà.

Sur le chemin du retour, je me dis que j’ai de la chance. Parce que je ne suis jamais tombé amoureux au premier regard d’une fille habitant une autre galaxie, au fond d’un bar. Je n’ai jamais vraiment subi l’échec, donc.

Tant que je ne me retrouverais pas confronté à la situation, je ne saurai jamais si, à défaut d’être un trou noir, j’ai l’étoffe d’un véritable astronaute.

1171 – Video Girl Ok

Au bureau, on a une équipe qui est payée (en partie) pour déterminer les chiffres de ventes des futures sorties du monde des jeux vidéo. L’autre jour, ça dissertait à voix haute sur l’avenir d’El Shaddai, un jeu japonais complètement barré. J’ai hurlé que je l’attendais depuis des mois et que je le voulais et que ça allait être trop bien. Là, manager a regardé son stagiaire avant de lui enseigner le métier :
- Tu vois, par exemple, plus Matthias te dit qu’il attend un jeu, moins il va se vendre. Ça marche à peu près à tous les coups.
J’ai voulu protester, mais contre quoi ? La vérité ? Plus j’aime un jeu d’amour fort et intense et plus il a de chance de flopper complètement. Une pensée pour Shadows Of The Damned, le meilleur jeu de l’année auquel vous n’avez pas joué.

Ce qui m’a rappellé une super étude de Ok Cupid.

Ok Cupid c’est le site de « rencontres » mondial gratuit. En gros c’est comme les autres mais en mieux sauf que y’a moins de monde (ce qui tendrait déjà à valider ma théorie). Comme ils ont une gigantesque base de données de célibataires ils se permettent d’étudier des tas de comportements pour en tirer des papiers de psycho-sociologie. Un de mes préférés s’appelle Les mathématiques de la beauté. Il cherche à savoir qui des filles canons ou moches reçoit le plus de messages. Oui parce que le site intègre un système de notation du physique, qui permet du coup de situer les membres sur un beau graphique. Sachant que le nombre de messages est décompté par le serveur.

Et la principale conclusion de l’étude est que les filles qui reçoivent le plus de missives sont celles qui divisent le plus les garçons. Bien entendu je simplifie un max, et j’oublie la partie qui fait intervenir la théorie des jeux.
Pour la version longue, allez lire par là.

Je me souviens du jour où j’ai présenté la fille du livre à mon meilleur ami. Il a haussé les épaules. Tout ça pour ça. Non seulement il ne lui trouvait rien de particulier, mais il est allé jusqu’à avouer à demi mot qu’elle n’était pas super jolie. QUEL ABRUTI ! La plus belle femme du monde bordayl ! Plus près de nous, un ami me faisait l’inventaire de ses conquêtes, photo à l’appui, et autant parfois j’étais bouffé par la jalousie, autant vis-à-vis d’autres je me demandais ce qui avait bien pu lui prendre. Il était fier, malgré tout. C’est une histoire de « personnalité » physique. Un visage dessiné différemment, des yeux aux formes qui sortent de l’ordinaire, des hanches qui débordent pile comme il faut, ce qui tranche est un repoussoir pour l’un et un violent atout pour un autre. Ce qui ne se conforme pas divise.

Pour les filles comme pour les jeux vidéo.

Tout l’été j’ai vanté les mérite de Shadows Of The Damned, Vanquish ou encore Catherine. Autant de jeux qui ne produisent que des haussement d’épaules polis de la part de mes amis et collègues. Alors que je me prosterne devant un génie que je semble être le seul capable d’apprécier. Le problème est que j’ai trop de bonheur pour mon petit corps furtif et autant de frustration de ne pouvoir le partager.

Idéalement il me faudrait une chérie cheloue avec des goûts chelous en matière de jeux vidéo.

Ca se tente.

1165 – Disappear Here

Il existe quelques malheureuses confluences de caractères que j’évite de reproduire dans la barre de recherche Facebook. Avec le mauvais agencement de lettres, je me retrouve né à né avec la photo de profil d’une personne que je garde dans mon pokedex mais dont je n’ai pas (toujours) envie de me souvenir. Une ex. Au hasard. Puis, la semaine dernière, sans vraiment savoir pourquoi, j’ai eu envie (de savoir). J’ai tapoté le début de son prénom. Mais rien. Le début de son nom de famille. Rien non plus. Quelques vérifications plus tard et force était de constater qu’elle s’était bannie de Facebook. Vu qu’elle ne trainait pas trop ailleurs sur le net, elle a dans les faits disparue. Alors oui je peux lui envoyer un email, mais ce serait une démarche active, qui risque de se solder par une engueulade. Je préfère m’abstenir. Bien que je n’aie plus d’autre moyen de suivre ce qu’elle devient.

Parfois c’est pire, puisqu’on se retrouve pieds et poings liés à tous les niveaux. Comme avec cette amie du lycée que je ne peux pas joindre. Son mec fliquait son téléphone jusqu’à ce qu’elle change de numéro, et filtre toujours ses emails. A moins d’engager un détective privé et de prendre des cours de muay thai, je n’ai aucune chance de l’inviter à boire un Pepsi Max en souvenir du bon vieux temps. Plus récemment, c’est une camarade platonique de promo qui a fermé son Facebook. D’où un début de panique, pour récupérer son email et/ou son numéro. Parce qu’on a tellement l’habitude de traiter les internets en général et les réseaux sociaux en particulier comme des annuaires, on en oublie qu’il suffit de débrancher un compte ou deux pour se retrouver les mains vides, avec plus que les pages blanches pour s’essuyer les larmes.

Je vis dans une bulle, avec la certitude que si on me cherche un minimum, on me trouve. Je ne me cache pas vraiment derrière un pseudonyme, je n’ai pas de vie parallèle, de blog secret accessible sur mot de passe. Pendant ce temps, dans la vraie vie, des connaissances n’ont jamais eu de compte Facebook, se connectent uniquement pour relever leur boite aux lettres laposte.net et se contrefoutent du reste. Et encore je n’ai pas parlé de ceux ou celles qui font des efforts pour te maintenir dehors. Comme la fille du livre qui en douce est venue bosser à paris (son profil LinkedIn l’a trahie). SANS PREVENIR. Je l’ai pokée pour la peine. On a les révoltes qu’on peut. J’aurai pas de réponse. Mais au moins je pourrai arrêter de la chercher du regard dans le métro lyonnais.

Je progresse.

Tout ça pour dire que les gens, s’ils veulent, ils peuvent jeter une bombe fumigène et disparaître. Comme ils veulent. C’est au final pas si difficile. Et des fois ça vous frappe d’un coup, on se souvient que c’est possible. Là idéalement on reprend son téléphone et on passe un texto, un tweet, un mail, au cas où.

Pour que le moment venu, on veuille bien nous donner une piste à suivre.