1171 – Video Girl Ok

Au bureau, on a une équipe qui est payée (en partie) pour déterminer les chiffres de ventes des futures sorties du monde des jeux vidéo. L’autre jour, ça dissertait à voix haute sur l’avenir d’El Shaddai, un jeu japonais complètement barré. J’ai hurlé que je l’attendais depuis des mois et que je le voulais et que ça allait être trop bien. Là, manager a regardé son stagiaire avant de lui enseigner le métier :
- Tu vois, par exemple, plus Matthias te dit qu’il attend un jeu, moins il va se vendre. Ça marche à peu près à tous les coups.
J’ai voulu protester, mais contre quoi ? La vérité ? Plus j’aime un jeu d’amour fort et intense et plus il a de chance de flopper complètement. Une pensée pour Shadows Of The Damned, le meilleur jeu de l’année auquel vous n’avez pas joué.

Ce qui m’a rappellé une super étude de Ok Cupid.

Ok Cupid c’est le site de « rencontres » mondial gratuit. En gros c’est comme les autres mais en mieux sauf que y’a moins de monde (ce qui tendrait déjà à valider ma théorie). Comme ils ont une gigantesque base de données de célibataires ils se permettent d’étudier des tas de comportements pour en tirer des papiers de psycho-sociologie. Un de mes préférés s’appelle Les mathématiques de la beauté. Il cherche à savoir qui des filles canons ou moches reçoit le plus de messages. Oui parce que le site intègre un système de notation du physique, qui permet du coup de situer les membres sur un beau graphique. Sachant que le nombre de messages est décompté par le serveur.

Et la principale conclusion de l’étude est que les filles qui reçoivent le plus de missives sont celles qui divisent le plus les garçons. Bien entendu je simplifie un max, et j’oublie la partie qui fait intervenir la théorie des jeux.
Pour la version longue, allez lire par là.

Je me souviens du jour où j’ai présenté la fille du livre à mon meilleur ami. Il a haussé les épaules. Tout ça pour ça. Non seulement il ne lui trouvait rien de particulier, mais il est allé jusqu’à avouer à demi mot qu’elle n’était pas super jolie. QUEL ABRUTI ! La plus belle femme du monde bordayl ! Plus près de nous, un ami me faisait l’inventaire de ses conquêtes, photo à l’appui, et autant parfois j’étais bouffé par la jalousie, autant vis-à-vis d’autres je me demandais ce qui avait bien pu lui prendre. Il était fier, malgré tout. C’est une histoire de « personnalité » physique. Un visage dessiné différemment, des yeux aux formes qui sortent de l’ordinaire, des hanches qui débordent pile comme il faut, ce qui tranche est un repoussoir pour l’un et un violent atout pour un autre. Ce qui ne se conforme pas divise.

Pour les filles comme pour les jeux vidéo.

Tout l’été j’ai vanté les mérite de Shadows Of The Damned, Vanquish ou encore Catherine. Autant de jeux qui ne produisent que des haussement d’épaules polis de la part de mes amis et collègues. Alors que je me prosterne devant un génie que je semble être le seul capable d’apprécier. Le problème est que j’ai trop de bonheur pour mon petit corps furtif et autant de frustration de ne pouvoir le partager.

Idéalement il me faudrait une chérie cheloue avec des goûts chelous en matière de jeux vidéo.

Ca se tente.

1165 – Disappear Here

Il existe quelques malheureuses confluences de caractères que j’évite de reproduire dans la barre de recherche Facebook. Avec le mauvais agencement de lettres, je me retrouve né à né avec la photo de profil d’une personne que je garde dans mon pokedex mais dont je n’ai pas (toujours) envie de me souvenir. Une ex. Au hasard. Puis, la semaine dernière, sans vraiment savoir pourquoi, j’ai eu envie (de savoir). J’ai tapoté le début de son prénom. Mais rien. Le début de son nom de famille. Rien non plus. Quelques vérifications plus tard et force était de constater qu’elle s’était bannie de Facebook. Vu qu’elle ne trainait pas trop ailleurs sur le net, elle a dans les faits disparue. Alors oui je peux lui envoyer un email, mais ce serait une démarche active, qui risque de se solder par une engueulade. Je préfère m’abstenir. Bien que je n’aie plus d’autre moyen de suivre ce qu’elle devient.

Parfois c’est pire, puisqu’on se retrouve pieds et poings liés à tous les niveaux. Comme avec cette amie du lycée que je ne peux pas joindre. Son mec fliquait son téléphone jusqu’à ce qu’elle change de numéro, et filtre toujours ses emails. A moins d’engager un détective privé et de prendre des cours de muay thai, je n’ai aucune chance de l’inviter à boire un Pepsi Max en souvenir du bon vieux temps. Plus récemment, c’est une camarade platonique de promo qui a fermé son Facebook. D’où un début de panique, pour récupérer son email et/ou son numéro. Parce qu’on a tellement l’habitude de traiter les internets en général et les réseaux sociaux en particulier comme des annuaires, on en oublie qu’il suffit de débrancher un compte ou deux pour se retrouver les mains vides, avec plus que les pages blanches pour s’essuyer les larmes.

Je vis dans une bulle, avec la certitude que si on me cherche un minimum, on me trouve. Je ne me cache pas vraiment derrière un pseudonyme, je n’ai pas de vie parallèle, de blog secret accessible sur mot de passe. Pendant ce temps, dans la vraie vie, des connaissances n’ont jamais eu de compte Facebook, se connectent uniquement pour relever leur boite aux lettres laposte.net et se contrefoutent du reste. Et encore je n’ai pas parlé de ceux ou celles qui font des efforts pour te maintenir dehors. Comme la fille du livre qui en douce est venue bosser à paris (son profil LinkedIn l’a trahie). SANS PREVENIR. Je l’ai pokée pour la peine. On a les révoltes qu’on peut. J’aurai pas de réponse. Mais au moins je pourrai arrêter de la chercher du regard dans le métro lyonnais.

Je progresse.

Tout ça pour dire que les gens, s’ils veulent, ils peuvent jeter une bombe fumigène et disparaître. Comme ils veulent. C’est au final pas si difficile. Et des fois ça vous frappe d’un coup, on se souvient que c’est possible. Là idéalement on reprend son téléphone et on passe un texto, un tweet, un mail, au cas où.

Pour que le moment venu, on veuille bien nous donner une piste à suivre.

1159 – Crispy Tender

Je t’aime.

Quand je le dis en face et sans la moindre once de second degrés il faut comprendre : « Je t’aime toi par opposition à toutes les autres et je suis à peu près certain que cet état sentimental va se maintenir jusqu’à ma mort ; à ce propos je suis aussi persuadé que non seulement tu es la plus belle du monde mais que tu vas le rester jusqu’à ta mort et donc j’espère passer le reste de nos vies à faire l’amour parce que j’en aurais toujours envie ; et si on fait des enfants, parce que ceci entraîne cela, je suis assez confiant parce que je sais que tous tes gênes magnifiques vont compenser le dépotoir qu’est mon ADN et que tu seras une super mère une fois, deux fois et peut-être si on très riches trois fois ; j’espère très fort que tu ressens pour moi ne serait-ce que le dixième de ce que je ressens pour toi parce que ça veut dire que j’ai aucun soucis à me faire. Voilà. »

Ce qui explique que je ne dise pas beaucoup je t’aime.

Le problème c’est que ça me laisse avec un gouffre sémantique énorme entre « je t’ami » et « je t’aime ». Qu’est-ce que je dis à toutes celles avec qui je ne me vois pas finir ma vie du tout, mais qui me troublent, que j’ai envie de séduire, que j’aimerais toucher, et toucher (on se comprend). Enfin ces filles là quoi, à qui la seule chose que je peux promettre sans mentir, c’est qu’elles me chamboulent. Comment je peux par exemple expliquer à l’ex à qui j’ai refusé de dire que je l’aimais que je n’ai pas envie de savoir ce que deviennent ses cuisses ? Ou encore comment j’articule mon envie d’aller me blottir contre une poitrine pour une nuit, parce que j’ai besoin de savoir ce que ça fait avec elle, de vivre ce moment-là ? Le seul début d’expression qui me vienne à l’esprit c’est : « j’ai des sentiments pour toi ». Ça ne me plaît pas, ça ne me satisfait pas.

Parce que dans mon esprit ça sous-entend que ça va évoluer dans un sens ou dans l’autre. C’est dans ce sens qu’on le dit d’habitude. J’ai des sentiments pour toi et si tu me jettes ça va partir mais si tu me dis oui peut-être que je vais t’aimer.

Parfois, j’ai des sentiments pour quelqu’un qui sont fixes. Piégés dans l’entre deux entre le tout et le rien, cette vision binaire de l’ex qui se referme quand c’est fini ou de l’amie qui refuse de s’ouvrir. Et moi, pendant ce temps, je lutte pour m’exprimer avec mon petit vocabulaire, mes tournures, mes gesticulations, une main sur l’épaule ou un câlin mal assuré. Tu DOIS comprendre, il faut que tu saches, mais aussi que tu ne paniques pas. Parce que je ne demande rien d’autre que l’acceptation de cette réalité, que je ressens de la tendresse pour toi, comme je ressens de la tendresse pour quelques autres. Que ça ne partira pas, qu’il y a toutes les chances que ça ne grandisse ni ne réduise pas. C’est juste ça, c’est juste là. Je veux juste que tu reconnaisses l’existence de cet entre-deux, que tu en veuilles ou pas. Pour que je puisse te le dire à l’envie.

Je te tendre.

[A part ça je ris en mon for intérieur de l'ironie de ma vie entre l'écriture de cette note et sa publication, je m'auto comprends.]