Quand j’ai vu la bande annonce de Battleship, j’ai su que ce serait le plus gros film que les gens normaux n’auront pas envie de voir que moi j’aurais envie de voir.
Bataille navale est en effet un film rescapé des années 90, à l’époque où on pouvait pulvériser des records de boxe office avec des films complètement cons comme Independance Day. Tout y est : l’invasion d’extra-terrestre, la collaboration de l’armée, une chanteuse qui se prend pour une actrice. Le film s’offre le luxe de pomper allègrement l’imagerie d’Halo et Transformers en même temps que les meilleurs plans d’Armageddon ou Titanic, mais en plus débile (on remplace Bruce Willis qui avance au ralenti par un octogénaire en chaise roulante). Tout ça en partenariat avec Hasbro, la marque de jouets qui possède aussi Transformers. Parce qu’Universal avait, dans un coup de stress, acheté un tas de licences comme Touché-Coulé. Petite spécificité du contrat : si le studio ne mettait pas en branle d’adaptation de chaque marque, il devrait payer des pénalités.

Il fallait donc un film Battleship, parce que quitte à payer, autant que ce soit pour un film plutôt que pour un contrat non respecté.
C’est là qu’intervient Peter Berg, le réalisateur de l’extraordinaire Friday Night Lights (le film, et aussi le début de la série) et du savoureux mais trop méconnu Bienvenue dans la jungle. Le type s’est exclamé à de nombreuses reprises en interview qu’il voulait juste faire un film d’invasion alien avec des bateaux et que Hasbro, en vrai, il s’en contrefout un peu. Tant qu’on le laisse faire joujour. Ce qui nous amène à cette histoire improbable d’aliens aquatiques qui viennent péter les radars d’une partie de la flotte américaine au large de Hawaï le temps d’envoyer un message à leur planète d’origine comme quoi la Terre, c’est bon, y’a grave de quoi la piller. Au jeune premier de Friday Night Lights justement (cohérence), de leur péter la gueule à coup de destroyer, mais en devinant leur position relative.

Quand je suis allé voir le film, j’ai vécu un tas d’émotions contradictoires. Je passais d’un moment où j’étais en transe, galvanisé par la propagande militariste, à la scène suivante où je m’effondrais de honte dans mon siège face à un passage trop crétin, un blague trop merdique, où un plan trop abusé sur la bonnasse à forte poitrine. Surtout, je ne m’ennuyais pas. Et plusieurs fois pendant la séance, les gens applaudissaient, détendus par le manque total de prétention de l’aventure. Parce que là où Bay et consorts cherchent la respectabilité, Berg se contrefout d’avoir l’air sérieux, et fait n’importe quoi. Jusqu’à ce que nous, public, on laisse tomber l’analyse premier degrés et qu’on se laisse porter par ce monde absurde où les battleships font des dérapages contrôlés.
D’ailleurs même la scène de touché-coulé, où tu vois les persos les yeux rivés à des écrans gueuler A-7, D-23 ou P-11, est super bien foutue. J’étais stressé, à fond dans le film, mais avec un sourire en coin, le sourire années 90.

Le problème de Battleship, c’est de sortir quinze ans trop tard. Les gens sont devenus cyniques et s’ils prétendent savoir « éteindre leur cerveau » pour aller au cinéma, ils ne le font plus vraiment. Même Universal n’a aucune confiance dans le film, le sortant aux US un mois après l’international, pensant que de toute façon ça ne marchera pas.
A titre personnel, j’espère que si, quand même. Parce que j’ai pris un pied à l’ancienne, un pied de ma génération, de mes douze ans. Depuis la première bande annonce, je savais que ce film était pour moi. Les posters de Rihanna avec un fusil d’assaut n’ont fait que me conforter dans mon avis.
C’était merveilleux.

