789 – My Major BULLSH$T Company Books

J’espérais que c’était une blague qui ne prendrait jamais forme. Mais non. Le projet My Major Company Books est lancé. Les petits gars à l’origine de My Major Company se sont associés à XO Editions pour lancer le premier site de financement participatif en littérature. Le deal : rassemblez 20 000 keuss et XO vous édite pour 10 000 exemplaires ! FUCK YEAH ! Enfin, timoré le fuck yeah quand même. Parce que XO Editions, c’est un peu la maison de Guillaume Mussot, et ça, sur un CV c’est chaud à assumer niveau crédibilité et karma. L’éditeur est une grosse machine à fric, là où chez un gros éditeur de littérature un premier roman est tiré à 3000 max, chez XO c’est 10 000, l’inondation en librairie, le best seller ou rien. Donc en gros, pour sortir de l’anonymat et acquérir la crédibilité d’une publication, on se retrouve à signer avec XO, l’éditeur le moins crédible en société du monde. Logique. Si encore c’était le seul problème de ce nouveau site plein de 2.0 dedans.

L’initiative est malhonnête du départ, à partir du moment où le site se lance avec déjà une poignée d’auteurs postulants, qui ont chacun enregistré une vidéo promo. Donc, attention twist. My Major Company Books veut révéler des anonymes mais a déjà présélectionné et coaché des têtes de gondole tellement sans expérience. Oh tiens salut Erik Wietzel ! Ca va comment depuis tes cinq romans déjà publiés en partie chez Bragelonne ? Puisqu’on est dans le délit de bonne gueule, je décerne une mention spéciale à « la bonnasse de service », Elena Klein. Elle nous pitche l’histoire d’une Française qui va tout plaquer pour tenter sa chance à Los Angeles. Insérer vanne clichée sur les clichés. Titre du truc : « Cendrillon à Hollywood ». Okay. Si l’on sait que les proxénètes ne se suicident pas, rien n’est moins sûr en ce qui concerne les lecteurs de romans. Au moins XO Editions eux ne risquent absolument rien.

Retour au business plan du site. Il faut 20 000€ d’investissement pour lancer la production de 10 000 exemplaires. Un éditeur, ça touche à peu près 14% du prix d’un livre (source syndicat de l’édition). Sur un bouquin à 17€ ça avoisine les 2€. Attention feinte. Pour qu’un livre soit édité sur My Major Company Books, il faut au préalable que l’on réunisse très exactement la somme équivalant aux bénéfices de l’éditeur sur les 10 000 exemplaires à faire imprimer. Si jamais il n’est vendu que 1000 exemplaires, l’auteur et les investisseurs ne touchent que pour 1000 exemplaires de royalties alors que XO s’empiffre avec l’équivalent comptable pour eux de 10 000 ventes. De quoi se rembourser largement sur les invendus et empocher le reste plus la commission du site. C’est ce qu’on peut appeler une politique de minimisation des risques. A titre personnel de ma mesquinerie, je pourrais dire « Système pyramidal ». Bah oui, en haut on à XO, 0% risques, 100% bénéfices et en dessous des mecs 100% risques, ???% bénéfices.

On peut dire ce qu’on veut sur le monde de l’édition, pistons, magouilles et autres joyeusetés. Mais saviez vous que quand Beigbeder voulait pousser Pille chez Grasset, à l’époque le boss était persuadé que ça ne se vendrait jamais ? Tout comme le bouquin BHL/Houellebecq s’est magistralement vautré y’a deux ans. L’édition, comme tout milieu artistique, doit comporter une part de risque, la possibilité d’échouer, mais aussi de réussir. En supprimant la prise de risque de l’équation, XO fout aux chiottes une des rares qualités d’un milieu à la dérive. Je ne suis pas contre les systèmes à la My Major Company. Loin de là. J’avais même filé un billet à une artiste sur un site concurrent. Que les internautes remplacent le boulot de l’éditeur en se cassant le cul à trouver des auteurs qui en valent la peine, qu’ils participent au processus éditorial, c’est déjà dédouaner la maison d’édition d’une grosse partie de ses responsabilités. Si en plus XO, qui est pourtant pété de thunes, ne prend même plus en charge une partie du risque financier, à quoi ils servent ? Sincèrement.

My Major Company et XO Editions nous prennent, vous prennent, pour des pigeons. Travailler moins pour gagner plus, c’est le nouveau business model de la lâcheté. On me répliquera que c’est le principe du financement participatif. Ou pas. Quand j’ai mis de la thune dans Spidart (avant son gros fail), c’était parce que le site, à l’inverse de My Major Company était associé non pas à une major justement, mais sur des petits canaux de distributions indépendants, conférant une vraie identité au projet. Prenez le cas récent MyDorcel : les internautes filent de la thune pour produire un film pornographique mais ils peuvent influer sur le casting, participer au tournage, rencontrer l’équipe. Un site pour un film déjà défini et cadré, pas la foire aux bestiaux. Deux exemples qui m’ont autant fait rêver par leur courage et leur inventivité que My Major Company Books me file la rage par son opportunisme lâche et son manque de crédibilité artistique.

Reste l’espoir que ça ne prenne pas, que les internautes n’aient pas le courage de s’enquiller des pages et des pages de textes potentiellement médiocres. La poignée d’auteurs mis en avant par XO et ceux qui viendront sur la plate-forme avec une grosse fanbase, une notoriété, sortiront leur bouquin. La presse littéraire au sens critique castrée criera au génie, à l’expérimentation 2.0, masturbation collective face à l’illusion de modernité et de démocratie. Attendez vous au raz de marée médiatique pour les premières sorties des pistonnés et aux candidats à gros réseau (super la révolution les gars). Puis après ? Le vide, peut-être. La lente agonie d’un site qui aura poussé un de ses créateurs à la démission, persuadé de l’échec à venir du projet.

My Major Company Books échouera peut-être dans le cimetière des startups, là où plus personne ne vous entend twitter.

D’avance, bon débarras.

604 – Cine Club 77

En début de semaine, Jocelyn Quivrin est mort, ce qui est pas cool. Déjà parce que malgré sa filmo a moitié merdique (j’ai envie de dire « LOL »), je l’aimais bien. Je sais pas, c’est physique, il a l’air sympa. Puis il était juste awesome dans 99 Francs, l’adaptation du bouquin montée par Jean Kounen en partie sur des fonds privés, puisque les chaînes voulaient pas financer un film anti pub. Logique. Même si taper sur la pub c’est à peu près aussi utile que de tenter d’expliquer à une fan de Twilight qu’elle devrait se flinguer. Tout le monde sait que saymal, mais aucun montage d’enfants mourant de faim et de poussins passés au broyeur ne changera quoi que ce soit. Oui, c’est dans le film, qui comme le bouquin fait l’erreur de croire qu’il est important. Les grandes chaînes ont raté une bonne occase de paraître badass alors qu’elles ne risquaient rien. Mais la paranoïa, dans le com, c’est un mode de vie. Hum, ce serait trop bien qu’un petit jeune écrive un manuscrit là-dessus et tente de le vendre en janvier. Oh, wait…

Sinon l’adaptation suit à peu près à la lettre la trame du bouquin. Octave est concepteur rédacteur à la Rosse & Witchcraft (bonne vanne visuelle, les petits caractères) et bosse sur la campagne pub d’un nouveau yaourt Madonne (bonne vanne visuelle, le logo de la marque). Le directeur de création est un con, le commercial est un con, le client est un gros con. En fait c’est tous des cons, même Octave, qui largue sa meuf trop canon/sympa parce qu’elle est enceinte. Mais c’est pas grave vu qu’elle sert à rien narrativement, juste à envoyer une échographie de temps en temps pour faire hardcore. Quand le script à finit de taper sur la pub, une intrigue se met en route. Après avoir validé la campagne de merde, Octave prend de la drogue et écrase des piétons dans une scène animée sans budget. Puis y’a deux fins alternative, une réaliste un peu chiante et une fun mais complètement bordélique. Le côté positif c’est que c’est mieux que le bouquin, où y’a qu’une seule conclusion, et qu’elle est hyper pourrave.

Okay, jusqu’ici on dirait que je tape pas mal sur 99 Francs. Mais j’y peux rien si en France on ne sait pas structurer un roman et que Beig ne sait pas conclure (private joke). Sauf qu’en fait, le film fourmille de trucs cools, juste, pas dans la trame, ni dans Elisa Tovati et sa bouche chevaline. On trouve des tonnes de bonnes phases, comme la rupture multilingue, la bouse de dernière minute, la réunion client ou les Danois. Jean Dujardin habite Beigbeder et prouve s’il le fallait encore, qu’il a tout d’un grand. Quivrin justement défonce en charlie, directeur artistique déjanté qui boit du Dr Pepper tout le film (ça faisait marrer Kounen d’avoir dans le champ un produit pas vendu en France, bon délire). Le second gros atout de cette adaptation, c’est le réal justement, qui esthétise les textes déjà esthétisés du roman. Des tonnes de plans sublimes, des décors qui fourmillent de petits détails (le hamster hystérique). Le budget ne suit pas toujours, comme dans la séquence animée en carton mais l’inventivité visuelle de Kounen justifie à elle seule le déplacement.

Ridicule et absurde quand il dénonce la pub ou se perd dans les délires cheap/trash de Beigbeder mais truffé de pépites, 99 Francs le film est un cran au dessus du roman malgré la fin irrécupérable, même lourdement réécrite. Petit ovni et morceau de bravoure dans la démarche (aussi hypocrite que soit le système, fallait quand même réussir à le monter, et pour ça, chapeau), 99 Francs mérite un visionnage, pour l’image et les très bons morceaux. Si vous ne le regardez pas pour ça, dites vous qu’au pire y’a Vahina Giocante en sous-vêtements (attention à la cellulite des cuisses sur le Blu-Ray).

Demain, aucune idée, on verra.

TRAILER STAGE !!!