899 – Top 3 Saturdays #54

Hier, sur Facebook, Guillaume Robert a liké mon article. Ceci m’a plongé dans un abîme de perplexité. A un moment je suis même demandé si ce n’était pas une invite à publier un Best Of The Best Place. Puis la vie a continué. Aujourd’hui, le Top 3 des bonnes nouvelles suite à mon refus de chez Flammarion.

Three – I’m Free !

En fait j’étais retourné au lycée malgré moi, à attendre que la fille canon que je courtise daigne me donner sa réponse. Dans l’intérim j’avais pas le courage d’aller voir ailleurs, je veux dire, j’avais grave mes chances RIGHT ! A présent que j’arbore un râteau entre les molaires, je peux sereinement bouger mon cul, faire des photocopies et aller voir ailleurs si j’y suis. Ce qui est pas mal. C’est comme ce proverbe à la con : une porte se ferme, une autre s’ouvre. Bah voilà. Si j’avais pas perdu six mois à rester névrosé dans mon coin à me balancer au bout de mon espoir en me bouchant les oreilles, ça aurait été mieux. Mais l’important c’est que j’en suis là maintenant, et que j’ai une imprimante qui ne demande qu’à cracher du papier (de luxe). Déjà je passe des coups de fil à base de « Dis moi, t’avais pas couché avec une attachée de presse de chez Gallimard toi ? Non parce que j’ai un bouquin et… ».

Two – I’m Free !²

Contrairement à ce l’Ecole pense, je suis un team player. Et ça inclue ne pas cracher en public sur mes employeurs (ouais, bon, à part cette fois là). Pendant l’été je me suis un peu inquiété à l’idée de signer chez Flammarion. Je ne pourrais plus dire du mal de Florian Zeller sur mon blog, déjà. Des autres aussi, genre la meuf qui écrit trois fois le même bouquin en cinq ans, ou le type qui fait des trucs qui ne peuvent pas intéresser qui que ce soit. Sans parler de la bonne amie du pote que j’ai appris a détester avec qui j’ai pas vraiment envie de me réconcilier. Puis les politiques éditoriales de la maison, ou rien que la personnalité des gens. Je me souviens quand, au détour d’un verre, un auteur respectable m’a dit « Ah ah il est sympa le boss mais qu’est-ce qu’il a des gouts de merde ». Si j’étais son poulain j’aurais du défendre ou baisser les yeux en silence. Maintenant je peux rire en cœur et bloguer. Pas belle la vie ?

One – And I Get A Free BlowJob

A un diner avec un éditeur, il me confiait qu’un jour, dans un festival, il avait croisé une auteur dont il avait refuse le manuscrit. Entre temps elle était passée chez la concurrence, et elle avait vendu des brouettes de bouquins. Il n’a pas osé la saluer et à même accéléré le pas. J’ai parfois vu ça en bande dessinée, le rapport un peu merdique entre celui qui a refusé, et celui qui a été accepté ailleurs. Après tout dépend des volumes de vente. Plus tu vends, plus la situation devient bizarre. Jusqu’à parfois des trucs à la con genre « Tu sais, tu prochain manuscrit, passe le moi, j’aimerais bien jeter un œil dessus. ». Ca arrive. Et à ce moment là, tu sais que tu as droit à une fellation gratuite. C’est le jeu. Celui qui a été bafoué mérite un blow job à l’œil avant d’être courtisé par le félon passé. J’ai conscience que pour créer cette situation, il faut beaucoup de si : signer ailleurs, vendre pas mal, recroiser le type, qu’il ait envie d’une part du gâteau. Mais si, extraordinairement, on en arrive là, alors j’ai droit à une pipe. C’est. La. Règle.

Un peu d’humour, c’est ce qu’il faut rajouter à un bon bol de philosophie pour avancer après une connerie comme ça. Six mois. Come On. Allez. En route pour la suite.
En attendant de signer quoi que ce soit, je vais déjà écrire ma note de demain.

898 – Ninth Circle

[Prénom de la secrétaire de rédaction de Flammarion], nous ne pouvons plus nous mailer ainsi,

J’ai bien conscience que cette attente interminable n’est qu’un prétexte pour faire durer notre relation épistolaire.
Mais je n’en puis plus, il me faut plus.
J’ai besoin d’une réponse.
Voyons-nous enfin !

Avec mes plus beaux sentiments.
M.

Donc, si vous voulez une réponse à votre manuscrit au bout de six mois d’attente, faut envoyer ça à la secrétaire de rédaction. Seriously. Ca marche. Testé et validé. Bon faut dire que depuis avril, à raison d’une relance par mois environ, elle et moi on commençait à devenir un peu proches. Même si je pense qu’à la réception du dernier mail mercredi elle a cru à la folie douce, et a du hurler sur l’éditeur au téléphone pour qu’il me réponde, des fois que le mois prochain je passe avec une hache à incendie dans les bureaux. Banco donc, puisque dans le quart d’heure qui a suivi j’avais un email du directeur littéraire dans ma boite.

Avant de l’ouvrir, bien qu’imaginant aisément le contenu, je me suis souvenu des débuts. Je me suis souvenu, courant avril, du coup de téléphone au bout de trois semaines après l’envoi de la demoiselle. Ne t’inquiète pas Matthias, qu’elle m’a dit, j’aime beaucoup le manuscrit, le comité de lecture a donné un avis très favorable. Le livre est entre les mains de Guillaume Robert (Le directeur littéraire fiction française), dès qu’il l’a finit il ou je t’appelle. Imaginez les tremblements du jeune qui n’en veut, qui stage au minimum légal niveau thunes et qui attend ça depuis des années. Good times. Puis l’attente interminable, le suivi en photo des vacances du dit Robert sur Facebook (oui, tes photos de plage pendant deux mois, je les ai toutes subies), les relances. Tout ça sans frapper qui que ce soit ni insulter qui que ce soit (en public en tout cas). Jusqu’à mercredi dernier donc. Six mois après. THE réponse négative.

Pas de bol, le mail commence par une grosse faute sur mon prénom, un seul T à Matthias. Chaud. Puis des excuses pour le retard. Plein. Et ça c’est cool même si ça rachète pas six mois de torture mentale (mes proches peuvent témoigner). Puis vient la raison : y’a pas eu de coup de cœur. Il a pas kiffé, ça lui disait rien, c’est comme le plat à la cantine qui est sûrement bien fait mais que t’as pas envie de manger. J’imagine qu’il a du galérer pour se souvenir de la trentaine de pages qu’il a lues au printemps pour se faire son avis, alors pour « m’encourager et me conseiller », il m’a copié collé la fiche de lecture du comité. Le plus drôle, c’est qu’elle dit exactement ce que je savais déjà. Mon bouquin a du sens et du style, malgré quelques lourdeurs, des personnages secondaires qui s’effacent un peu trop et des passages qui manquent de cohésion/structure. Mais au final, avec un peu d’éditing guidé, c’est good, c’est bankable, ça se signe. Bon, sauf si t’as pas le cœur qui bat.

Ce qui au final nous ramène à ça. T’as beau passer tous les barrages que tu veux, de la stagiaire qui fait la pré-selection dans une cave jusqu’au comité de lecture et sa sentence à la troisième personne (assez ouf à lire en fait une critique froide et détachée comme ça, à la limite de l’autopsie), ça ne dépend que du bon vouloir et de l’affinité artistique que d’un seul type tout en haut. Une pensée pour Erik Larsen et cette note prophétique qui date de plus d’un an (à relire). Tout ça pour dire que cette rentrée littéraire, Flammarion n’aura publié aucun premier roman, et que si l’année prochaine ils retrouvent l’audace, l’ambition et le goût du risque, ce ne sera pas avec moi. A raison ou à tort, chacun pense ce qu’il veut. J’ai fait suivre le mail et la fiche à des amis proches, j’ai rangé mes affaires et je suis parti voir ailleurs si j’y suis. Sans haine ni violence.

Après tout, je suis assez certain de pouvoir trouver au moins un Top 3 des bonnes nouvelles suite au refus à rallonge de Flammarion. Huuuuum…

733 – The Biggest Bookstore

Ces derniers jours c’était donc le salon du livre. Encore. J’en avais parlé l’année dernière, ayant résumé mon expérience globale avec le truc. Chaque fois c’est forcément décevant. C’est l’évènement à la con dont je sais pertinemment que je vais ressortir frustré et un peu plus dépressif qu’avant. Déjà cette année c’était mal parti sur le principe. La plupart de mes potes dans la BD n’étaient pas présents, la faute à Soleil qui n’a jamais de stand et à un planning de sortie pas compatible avec les beuveries habituelles. Ensuite Hachette avait décidé de dire merde à la manifestation, pour une basse raison (entre autre) de réduction des coûts. Il faut dire qu’un stand dans la plus grande librairie de France, ça coûte une blinde. L’année dernière je disais que je ne foutrais pas les pieds au salon sans un plan pique assiette. Bingo. J’ai réussi à gratter une invitation pour l’inauguration VIP sa race.

En vrai merci à Henscher pour avoir grillé son +1 pour mes beaux yeux.

Enfin, VIP, ça se discute vu le nombre de personnes présentes. Sincèrement on se serait presque cru un samedi aprem’. Entre deux allées je croise même mon patron, celui de cette année, mais aussi celui de l’année d’avant. Mains moites, cœur qui s’explose contre la cage thoracique. Je n’oserais pas lui dire bonjour. Par contre je discute avec ce jeune dandy qu’est Charles, éditeur en culotte courte au Diable Vauvert. Puis j’escalade le stand Robert Laffont pour aller dire bonjour à cette raclure de William Rejault avant de retrouver des potes de la vraie vie, avec ou sans leurs ambitions de publication. Au final je me tire presque tôt, deux heures après l’ouverture des portes. Trop de gens, trop de discussions auxquelles je ne suis pas invité. Je vole quelques tucs au Diable avant de me rentrer. Finalement, pas le choix, je vais devoir y retourner samedi pour croiser d’autres copains.

Quel chic type ce Charles, à assumer comme ça !

Bis repetita comme on dit. Le samedi c’est l’enfer. Les files d’atteintes qui bloquent tout le monde dans les allées, l’odeur de sueur, la chaleur et les réflexions merdiques des vrais gens lorsqu’ils croisent une célébrité. On m’a rapporté que les badauds cerclaient Beigbeder de leurs doigts tendus sur son passage. Je ris des stands de Le Dilettante et XO éditions qui ne sont là que pour accueillir leur auteur star de la mort. Pendant ce temps là, Werber gueule en conférence que les éditeurs n’acceptent pas des bouquins de SF et Eric Naulleau trouve que lire sur un écran, ça sert à rien. Je zappe les conférences et reste avec mes coupains. L’éditeur de Florian Zeller chez Flammarion, Guillaume Robert, passe dans le coin. Je le salue, toise sa coiffure et comprend pourquoi Florian a été publié (faut le voir pour le croire, une coupe pareille, très street cred).

Finalement je suis tellement épuisé, assommé par la chaleur et le rhume carabiné qui m’habite depuis dix jours, que je finis par être pris en défaut sur Bad Boys II par Charles, lors d’un retour sur le stand du Diable. Je ferais la fermeture, à discute avec coupine Dhalia, à refaire le monde entre deux cocas. Puis je rentre, comme chaque année, un peu dépité, autant par l’attitude des vrais gens que celle des professionnels. Mais bon, j’y étais, comme si c’était logique, incontournable, un appel que je ne comprends ou digère pas vraiment. A l’année prochaine du coup.

Demain on parlera bouquin, du genre bien, qu’on trouve pas chez nous.