837 – iBooked

J’aime bien la Fnac. Parce qu’ils trouvent toujours de nouveaux moyens de se ridiculiser. Par exemple la semaine dernière ils ont lancé en douce leur service de vente de livres numériques. « Mais c’est supayr ! » S’exclamera le technophile littéraire. Sauf que non. Car pour un tas de raisons la logique de la Fnac les entraîne pour le moment droit vers le mur. La principale est toute bête : leur système est complètement ouvert. Ils ont décidé de vendre des fichiers numériques (des bouquins) quand la concurrence va vendre un écosystème (un lecteur et des services) à la place. J’y reviendrai. Dans les faits la Fnac propose des livres au format ePub ou PDF, sachant que leur prix reste fixe à cause de la loi Lang qui s’applique aussi au numérique (plus grosse erreur de l’histoire de l’édition, si ça vous dit je vous ferai un article sur le pourquoi). A côté de ça ils vendent des eReaders, de plusieurs marques. Mais aucun matériel exclusif et estampillé Fnac, ni aucun logiciel Fnac pour lire les livres. Tu achètes ton fichier, tu le télécharges et tu te démerdes.

Pendant ce temps, dans le reste du monde, c’est un peu la guerre des eReaders. On a le Kindle d’Amazon qui verrouille près de 90% du marché (prime au premier arrivant), l’iPad d’Apple qui vient creuser son trou et le réseau Barnes & Nobles qui lutte avec son superbe Nook. Bien sûr quelques marques proposent des lecteurs de niche qui coûtent moins cher bla bla aucun intérêt (question part de marché). Parce qu’en vrai, Amazon, Apple et B&N n’en ont absolument rien à foutre de vous vendre juste un eReader. Sincèrement, ils s’en contrebranlent royalement de faire des bénefs sur le matériel et c’est pour ça qu’ils vous le bradent. Ce qui compte, c’est qu’ils vous vendent LEUR écosystème, que vous soyez chez eux, que vous achetiez leurs bouquins. C’est pour ça qu’il existe une application Kindle pour PC, Mac, iPhone, Android, Palm, tout ce que tu veux. Même chose chez Apple qui propose le logiciel iBooks sur iPad, iPhone ou iPod. Super agréable d’avoir sa bibliothèque synchronisée automatiquement sans fils sur tous tes appareils, avec marque page et compagnie. Ca c’est pour la partie service.

Histoire d’être sûr que tu restes, tous tes bouquins sont verrouillés. Quand tu achètes un livre chez Amazon, tu peux le lire sur la machine de ton choix, mais sous la marque Kindle. Tu ne peux pas le transférer sur un eReader Sony, ou le lire sur un Nook, ou dans l’application iBooks. La principale conséquence d’une telle stratégie est que quand tu achètes ton premier eBook, tu te retrouves dans un « camp ». Il faudrait être sacrément relou pour diviser sa collection de livres électroniques sur plusieurs applications, plusieurs machines, plusieurs librairies. En gros, le client Kindle achètera tous ses ebooks sur Amazon, le client iBooks filera sa carte bleue à iTunes et ainsi de suite. Pendant ce temps, la Fnac n’a pas le courage, le budget ou l’intelligence de s’associer à un constructeur de sortir son écosystème propriétaire, genre « Fnac Books » ou whatever. Au lieu de capturer ses clients une bonne foi pour toutes, ils préfèrent se la jouer petite bite en proposant des formats ouverts histoire d’être certain que tout le monde puisse lire les livres Fnac sur leur engin. C’est beau, c’est sympa. Mais en vrai, il va se passer quoi quand Amazon par exemple sortira des eBooks français sur son écosystème Kindle ?

Bien sûr je pourrai acheter un bouquin en PDF sur la Fnac, le transférer sur mon Kindle, puis sur mon téléphone portable, puis sur mon PC. Bonjour la plaie quand la concurrence fait tout ça automatiquement (et bien plus, tout seul). Partant du principe que les livres français ont TOUS le même prix, la différence va se jouer sur l’écosystème, la qualité de la machine, tous les services associés. En gros, tout ce que ne la Fnac ne propose pas. Du tout. Dès que j’aurai vendu mon âme à Amazon et sa suite logicielle/matérielle, jamais je n’irai acheter un autre eBook à la Fnac. Ca n’aurait AUCUN intérêt. En marketing, habituellement on joue l’ouverture lorsque l’on est en retard, pour se faire remarquer. Pas quand on est les premiers sur un marché. La Fnac aurait proposé une marque ombrelle, un eReader dédié, un format vérouillé propriétaire et une suite logicielle complète, ils auraient bouffé tout le monde. Prime au premier arrivant boostée par la réputation de l’enseigne en France. Mais non. Parce qu’à la Fnac, on trouve toujours de nouveaux moyens de se ridiculiser.

Pendant ce temps j’attends les prochains modèles de Kindle pour la rentrée. Il est possible que je craque, auquel cas je serai afféodé à Amazon, addict à leurs services de lecture. Le tout pour exactement le même prix unique au livre. Bye bye la Fnac. Je serais le boss je licencierais direct les handicapés du bulbe que vous avez au planning stratégique et j’essaierais de me retourner avant qu’il ne soit trop tard.

Just sayin’.

825 – Book Review 138

Bon, c’est la merde. Avec ces histoires de mémoire je n’ai pas réussi à boucler le livre que je suis en train de lire à temps. Faut dire que j’ai aussi beaucoup moins l’occasion de bouquiner. Quand j’étais en stage à l’autre bout de la ville avec plus d’une heure de transport par jour, ça aidait. Tout comme j’ai préféré dormir dans le TGV pour Lyon il y a deux semaines. J’ai déjà tenté de m’expliquer sur ce paradoxe, la lecture, c’est méga relou, c’est chiant, ça me casse les couilles. Mais j’aime bien avoir lu, l’après coup. Ou dans de rares cas lire un livre qui arrive à me prendre suffisamment aux tripes pour atténuer les défauts de l’acte en lui-même. Malheureusement, ça n’arrive pas souvent. Les vacances sont une période où je lis forcément moins, parce que j’ai d’autres trucs à faire et moins de situations où je peux me forcer plus facilement.

Heureusement j’avais paré à l’éventualité d’un mercredi sans critique litté. Je sors de mon chapeau Faire l’amour, de Jean-Philippe Toussaint. Je l’avais chopé à l’époque de La vérité sur Marie, le dernier livre de l’auteur, donc j’entendais beaucoup de bien, mais qui coûtait trop cher. En fait, il constitue avec Fuir et Faire l’amour une trilogie teinté autobio autour d’une Marie. Faire l’amour raconte leur dernière partie de jambe en l’air puis leur rupture lors d’une nuit à Tokyo. En vrai heureusement que c’est court comme bouquin, parce que c’est globalement très chiant. Le style est soigné mais pénible à lire, mou et avec des envolées parfois douteuses. Typique le genre de roman dont on est obligé d’admettre que c’est très bien écrit mais merde qu’est-ce que c’est chiant ! Je l’avais lu il y a un bon moment et j’attendais de m’occuper des deux autres pour vous en parler. Ou pas du coup.

J’ai failli prendre Fuir le mois dernier lors d’une visite à la RNAC. Je n’ai pas pu m’y résoudre, la motivation me manquant. A ce moment j’ai compris que je ne trouverai jamais le courage de l’acheter/lire. C’est un peu le running gag pas drôle du moment. J’essaie de trouver des livres récents, français, de poche qui me donneraient envie de sortir de mes achats anglo-saxons. Et ça m’est impossible. Les couvertures made in Getty images, sont dégueulasses, les titres ne sont pas engageants. Je ne trouve rien à mon goût, rien qui ne titille mon désir. Rien. Je suis désespéré et me vient cette bribe de conversation avec une critique littéraire qui m’avait confié que « les livres français, je les lis que si on me paie pour ». Je pourrais lire des vieux trucs, des classiques, des livres plus anciens.Même si je peine sincèrement à me motiver. Puis, au fond, ça m’emmerde sur le principe de ne pas avoir le choix. Avec les centaines de livres qui sortent par an je DEVRAIS pourtant crouler sous les envies !

Alors je vais repasser commande sur Amazon.uk, je vais espérer que la rentrée littéraire dans deux mois ne soit pas aussi minable que l’année dernière, je vais continuer à attendre des nouvelles de mon côté, et je vais continuer à voir si je peux pas bidouiller des trucs dans mon coin.
Wait and see.

578 – Playing Dumb All The Way

Quand je suis un minimum honnête, je dois reconnaître que je kifouille bien le papier quand je lis un livre. Le côté sans fil, sans batterie, c’est cool déjà. Le feeling de l’objet flatte le fan de collector que je suis. Puis je surkiffe voir la pile de pages qu’il me reste à lire diminuer petit à petit. Et pour les jours où je suis un gars cool, je peux prêter mes romans préférés à un pote qui part se la couler une semaine en Belgique (au hasard). Mais chaque fois que je chope un poche au format merdique, que j’essaie de trimballer avec moi un pavé qui ne rentre pas dans ma sacoche ou que je passe mon temps dans le train, je me dis que je doublerai ma bibliothèque avec un e-reader à la cool ou une future éventuelle Apple Tablet (bah oui, une bestiole sur laquelle je peux bosser et consulter mes magazines numériques et autres publications, je me vois bien me balader avec à la place d’un ordi portable).

L’idéal, et la solution logique, déjà adoptée par certains studios cinés, serait d’offrir, par le biais de code unique, une version numérique pour tout achat de livre papier (moyennant surcoût, édition collector s’il le faut). Car tant qu’il faudra que je choisisse entre l’un ou l’autre, je refuserai de fractionner ma collection. C’est tout ou rien. La question, c’est de savoir combien de temps il faudra à l’édition traditionnelle pour comprendre ça. Indice, c’est très mal barré. Dans notre beau pays, les Lumières sont éteintes depuis longtemps. Il existe à l’heure actuelle trois plateformes d’achat d’e-book, chacune gérée par un groupement de gros/moyens éditeurs. Trois sites, donc trois comptes à gérer, trois spécificités de format numérique, trois fois plus d’emmerdes pour rien. Ce n’est pas aux éditeurs de vendre les livres, c’est le boulot des mecs comme la FNAC ou Amazon, qui possèdent la force et la volonté d’imposer des standards de fichiers et de protections anti-piratage.


Galligrasseuil et compagnie refusent de lâcher le morceau aussi facilement, persuadés qu’ils tiennent là un moyen de s’en mettre plein les fouilles. Il suffit de voir le prix des e-books en françe. Pas compliqués, ils sont vendus au même tarif que leur équivalent papier. Soi-disant que l’économie réalisée par le numérique n’est que de 10%. Qu’on soit clairs, c’est un putain de mensonge. L’imprimeur disparaît, tout comme le coût du papier, du transport, de l’espace de stockage en boutique, du salaire des vendeurs et enfin les frais de retour et pilonnage des invendus. Tout ceci est remplacé par quoi ? Un pauvre mec qui prend le fichier déjà numérique et l’adapte au format e-book. Le retour du foutage de gueule de l’industrie culturelle. Pendant ce temps-là, aux USA, les livres Kindle sont de deux à trois fois moins chèrs que les versions classiques. Ils doivent avoir un truc, c’est obligé.

Ca c’était pour mon ressenti et la réalité des mentalités d’aujourd’hui. Il ne manque plus qu’un troisième article où je ferai mon boulot de futuriste, je vous raconterai ce qui va se passer.
Ce sera jeudi, parce que demain, c’est critique ! Sinon, à seize heures, une petite note Bis photo !

BY THE WAY STAGE !!!

Hub’ de Rue 89 a synthétisé l’état des éditeurs français face à l’arrivée du numérique, et ça se passe là.