549 – Round One, Fight !

Mercredi dernier s’organisait une soirée à la cool dans les tréfonds du onzième. La revue US Opium lançait le premier Literary Death Match français. L’idée est toute conne, foutre quatre auteurs sur une scène et les faire lire leur prose pendant huit minutes maximum (après on leur jette des canards en plastique sur le coin de la tronche, priceless). Sur le papier je trouve ça génial, sortir le bouquin des étagères, pouvoir rendre public un loisir pourtant solitaire. Il y a si peu de manifestations littéraires un peu sympa, hors prise de tronche, que je n’ai pas rechigné plus que ça à débourser les dix euros du billet d’entrée. A mes côtés pour survivre à la hype, la sémillante Audrey, qui est peu moi, en plus sympa et en jolie fille. C’est elle qui aura assuré les photos qui accompagnent cet article. Faut dire qu’il y avait du beau monde.

Beigbeder étant arrivé à la bourre, c’est le duo Philippe Jaenada (Grasset) et Mohamed Razane (Gallimard) qui ouvrent le bal. Razane a presque slamé un extrait de son premier roman sur la difficulté d’exister pour la jeunesse immigrée. Un peu facile mais efficace, quelques bonnes phases nous mettent tout de suite dans l’ambiance. Puis Jaenada nous lit l’histoire d’un loser qui se fait refouler d’un hippopotamus au milieu de la nuit. Au début nous étions en « mode quel est le fuck ? », puis les mots nous prennent et j’ai presque regretté que l’auteur doive arrêter sa lecture. Un passage que je finirai sûrement en librairie. Le jury, mené par un David Foenkinos encore moins à l’aise à l’oral qu’à l’écrit (oui, c’est une vanne, et oui, c’est méchant), préfère la puissance brute de Razane qui file en finale. Pendant ce temps là Beigbeder à débarqué et squatte encore le bar quand on l’appelle à prendre place sur la scène avec la toujours choupichoute Max Monnehay.

D’un coup la soirée prend un tour un peu bizarre. Frédo n’a rien prévu, n’a pas son bouquin et semble relativement chargé. Il entame une sorte de one-man show d’une dizaine de minutes, fait des blagues et finit par lire trois lignes d’un exemplaire prêté de son roman sans conviction. L’assistance est partagée entre le rire et une consternation polie. Forcément Max tremblote un peu lors de la lecture d’un texte rédigé spécialement pour l’occasion. On ne comprend pas tout mais des phrases font mouche, sa voix de jeune fille fait tinter les rimes de ce qui est presque un poème. Si Foenkinos, qui visiblement se faisait pas mal chier, caresse Beigbeder dans le sens du poil, le juré Bo, le seul non écrivain, allume Frédo qui baisse les yeux comme un gosse à qui on a tapé sur les doigts après une connerie. Il s’éclipsera peu après le couronnement de Max.

La finale est bordélique mais je crois que c’était fait exprès. Razane et Monnehay ont les yeux bandés par une cravate en soie et doivent planter un couteau sur une carte de l’Europe. Le coup le plus proche du Lichtenstein gagne. Ne cherchez pas à comprendre. Max s’égare en Biélorussie et Razane gagne la médaille de la win. Ainsi s’achève le premier Literary Death Match français. Une centaine de personnes s’étaient rassemblées, pros, amis ou simplement curieux (un peu des trois dans mon cas). J’ai personnellement adoré entendre des auteurs déclamer des extraits de leur texte dans un cadre baroque. J’en ressors les oreilles pleines de jolies phrases.

Si tout n’était pas parfait, s’il y avait une ou deux choses à déplorer, au final j’en sors avec l’envie d’aller me renseigner sur un ou deux des participants. Ce qui est clairement pas si mal. En espérant une seconde soirée dans les mois qui viennent, qui sait ?

Demain, critique de livre pour gosse.

532 – Book Review 85

Il y a des choses comme ça dans la vie qui m’échappent. Par exemple, pourquoi ais-je acheté le dernier David Foenkinos ? [remember] J’étais à la RNAC, je faisais de mal a personne, et pan, je l’ai pris. Peut-être que j’aime bien le petit David, qui pond son presque roman (moins de 200 pages pour plus de 100 chapitres, merci les sauts de lignes) tous les ans jusqu’à que, par la force des choses, on le considère comme un écrivain important du paysage littéraire. Ou alors c’est physique, entre son jewfro, ses lunettes et sa gringaletitude, j’ai pour le bonhomme un peu de compassion. A moins que ce ne soit l’interview radio entendue la veille, où l’intervieweuse avait visiblement fait une descente dans la poudreuse pour oser déclarer que David avait un style à la Woody Allen. Toujours est-il que dix minutes plus tard, j’étais plus pauvre de seize euros et j’entamais la lecture de La Délicatesse.

François est un type bien, c’est aussi fort étonnant qu’il ose aborder Nathalie dans la rue. De ce minuscule acte de courage ordinaire naît une relation de sept ans, ponctuée d’un mariage. Puis François est renversé par une voiture lors de son jogging matinal, ayant traversé sans regarder. Bien qu’hautement sensuelle, Nathalie demeure des mois, des années, sans nouvel amant. Elle repousse les avances de Charles son patron, pour finalement embrasser un moche subalterne sans raison apparente. Pour le Suédois Markus, il n’en faudra pas plus pour qu’il presse la jeune femme de lui confier un second baiser. Séduite par l’étrange personnage, Nathalie se laisse porter par ce nouvel afflux d’émotions. Lorsque Charles apprend leur liaison, il tente de faire muter Markus, mais n’obtient que la double démission des nouveaux amants, qui iront se retrouver chez la mère de Nathalie. Fin. Sans déconner.

Donc, heu, voilà pour l’intrigue. Oui oui, l’intrigue du bouquin entier en fait. J’ai d’habitude rien contre l’ordinaire, mais là clairement Foenkinos n’avait rien à raconter. Ce n’est pas un texte introspectif sur le deuil, ni sur l’amour improbable. David préfère cultiver un style léger au détriment de la profondeur psychologique, au risque de créer des personnages aussi transparents que l’intrigue. Force est d’admettre que certaines idées littéraires font mouche, mais l’auteur se regarde écrire et se saborde la plupart du temps en nous expliquant ses propres traits d’esprit. A côté de ça, nombre de tentatives comiques tombent à l’eau, trop timides ou mal placées. On sent que Foenkinos passe à côté de quelque chose sans savoir qui blâmer, le relecteur qui fait mal son boulot ou David qui ne travaille pas assez son texte. Sans parler des hontes de débutant, comme annoncer « qu’elle ignorait c’était la dernière fois qu’elle lui parlait » dix lignes avant qu’il meure.

Au moins La Délicatesse n’est pas un mauvais roman. Mais ce n’est pas un bon non plus. Après avoir longuement cogité, le terme insignifiant me paraît le plus approprié, dans le sens où dans quelques mois je serai incapable de vous dire de quoi ça pouvait bien parler. Abattre un bouquin par an pour occuper l’espace médiatique, c’es bien, réfléchir le temps d’avoir un vrai propos et travailler le temps d’obtenir un style aiguisé, c’est mieux.
Maintenant si je pouvais arriver à comprendre pourquoi j’ai acheté ce truc, histoire de pas refaire l’andouille l’année prochaine.

Demain, ciné !