1040 – Cine Club 112

Le stand-up français ne me fait pas vraiment marrer. Un peu parfois mais pas souvent. Le truc c’est qu’on peut pas faire des vannes à l’infini sur la banlieue (tous les comiques TV), l’islam (pareil), Sarkozy (tous les comiques radio), le bio (bonus Guillon), les rapports homme-femme (Foresti), la poste (Boon) et les femmes (Bigard/Dubosc) et espérer que je lole avec la même intensité. Alors je m’intéresse un peu à ce qui se fait ailleurs. Ma culture en la matière est assez faible j’en conviens, mais je me soigne. Comme cette semaine par exemple avec la sortie à Sundance et en DVD de Hilarious, un film/docum/live du dernier spectacle de Louis C.K. Louis a commencé comme auteur de talk show pour finir acteur et comédien à plein temps. Hilarious est son troisième spectacle filmé.

Enregistré en avril 2009, il s’agit du premier stand-up à être accepté au prestigieux festival de Sundance. Louis a 41 ans, père divorcé de deux enfants de trois et sept ans. Son spectacle est une suite ininterrompue de sujets qui s’enchaînent de manière transparente. Il commence en relativisant sur l’insignifiance de la vie pour finir par à quel point sa plus jeune fille est demeurée et lui incompétent en tant que parents. Entre les deux il comparera les vies de Hitler et Ray Charles, il conchiera ses contemporains qui utilisent le mot « hilarant » pour tout et n’importe quoi, il prouvera que les poneys sont des gros connards et que si un vieux paraplégique de quatre-vingt-dix ans arrive à faire exploser un avion, rien que pour l’exploit il le mérite. Le tout étant saupoudré à doses égales de cynisme, humour noir et humanité.

C’est en manquant de renverser mon bol de lait chaud sur mon entrejambe tellement j’étais plié de rire que je remercie mes profs d’anglais de m’avoir autant boosté. Hilarious porte bien son nom, alors que d’ordinaire je ne fais que sourire face à un spectacle filmé. Mais la fraicheur des sujets abordés, l’honnêteté des histoires vécues et l’irrévérence globale est à se décrocher la mâchoire. Louis parle de la société, il parle aussi de lui, pas seulement dans des situations fictives faites pour servir un sujet prédéfini, mais en se basant sur des vraies anecdotes. Il nous raconte à mi mots son divorce, sa joie d’être père, sa peur de vieillir, son mépris pour ses contemporains, son émerveillement pour la technologie. Louis nous parle de Louis, et nous parle de nous.

D’un point de vue formel Hilarious commence par l’entrée en scène et se termine par des applaudissements. Pas d’artifices ou de narration, uniquement le spectacle. Jamais le public n’est filmé. Louis est seul face à la caméra, qui du coup s’approche au plus près, capte des expressions faciales, des rires quand il sait qu’il touche juste, qu’il titille son public.

Les quatre-vingt minutes ont passées en un instant. J’ai eu mal aux côtes, au sens littéral du terme. Et j’ai réalisé une fois de plus l’étroitesse et le manque de réel talent du stand-up français. On sait que beaucoup de comiques en France piquent les vannes des ricains (d’Arthur à Jamel). Je ne peux que vous conseiller de remonter à la source et d’apprécier la version original, si vous le pouvez.

Hilarious est un très bon endroit par lequel commencer.

YOUTUBED STAGE !!!

Pirates ! (c’est même en HD…)

930 – The Funeral

Les funérailles, c’est bien de la saloperie quand même. Ayant assisté à et été touché par plus de veillées que la plupart de mes amis de mon âge et, potentiellement, plus que la moyenne des gens tout court, j’ai presque pris le pli. J’ai survécu à la longue musique au violon ouvrant la série d’hommages, foutu morceau interminable dont la seule fonction est de s’assurer que tout le monde va chialer comme des madeleines. Je faisais moins le fier lors du diaporama final, où j’ai tenté autant que possible de me concentrer sur les cadrages foireux et la balance des blancs dégueulasse pour ne pas craquer. Etriqué dans ma nouvelle chemise achetée pour l’occasion, j’ai mâchonné sans conviction le buffet de l’after de funérailles. Submergé par le monde, je n’ai réussi à me sentir bien qu’en bossant, planqué derrière mon appareil, à documenter un des rares rassemblements de famille qu’il nous reste.

Je crois que le meilleur moment de la journée, rétrospectivement, c’était le voyage en train. J’ai savouré l’ironie de faire un changement entre le TGV et le TER en gare de Lyon. Mais pas autant que le paysage sur le chemin vers la suisse. Il faisait froid et une épaisse brume s’était levée. Frissons sous la chemise. Le train a avancé le long de villages loin tout, de châteaux planqués en haut de montagnes et à travers des rivières d’un bleu irréel sous les viaducs. Je connais tellement par cœur l’axe nord/sud (je reconnais les champs et les maisons le long du TGV Paris/Lyon, à raison de quatre ans d’aller-retour quasi mensuels) que j’avais l’impression de découvrir complètement autre chose. J’ai sympathisé mentalement avec un mec qui déjeunait au bord de la route, assis sur le capot de sa voiture. Souvenirs de virées en bagnole pendant des heures en famille. Puis je suis retourné à ma lecture, n’oubliant pas de lever les yeux de temps à autre.

Dimanche j’étais du coup à Lyon, toujours en chemise, étant parti sans habits de rechange. Suite à une panne du téléphone nous étions aussi injoignables que déconnectés du monde. A vingt heures j’attendais le bus dans le froid pour la énième fois pour rentrer chez moi après un cinéma. Je ne m’étais pas senti aussi seul depuis longtemps. J’ai toussé un peu comme si ma gorge allait magiquement cesser de me faire souffrir. Puis j’ai composé un ou deux numéros sur mon téléphone. Les répondeurs ont décroché mais je n’avais rien à leur dire. Peut-être que c’était d’avoir passé du temps avec autant de gens, je faisais une redescente sociale. Ou peut-être que j’étais vraiment seul. Je n’ai pas eu le temps de savoir, le bus est arrivé et je me suis calé dans un angle avec un roman jusqu’à ce qu’arrivée à ma destination s’en suive.

Ce weekend avait été à la fois très court et très long. Même en prenant le train de 22h je n’avais à peine eu le temps de souffler. Tandis que j’étais dans la voiture en direction de la gare, j’étais perdu, ailleurs. Je me suis dit que ce soir, dans le train, j’allais reprendre mon prochain roman, et tenter de rédiger un second chapitre. Je ne l’ai pas fait. Je le voulais pourtant. Parce que le temps passe. Et que c’est insupportable.

895 – On Holiday

C’est assez moche en fait comme ville Barcelone. Okay okay y’a des trucs jolis genre quelques façades de maison un peu stylées, ou des cailloux bien taillés dans des parcs sans parler de la badass Sagrada JamaisTerminada. Mais globalement, à un niveau plus terre à terre. J’étais assez déçu. Beaucoup d’immeubles avec des tentures vertes assez dégueulasses, des balcons empilés qui font HLM et certaines parties de la ville vraiment ghetto. J’avais plus une impression de pauvreté globale que de charme ancien. Ca plus le côté complètement horizontal de la ville, à moins de s’aventurer en banlieue, le fait qu’on ne voie du coup pas la mer tant qu’on a pas les pieds dans l’eau, le manque d’air marin en centre ville. J’ai pas été séduit, pas même par Montjuic et Guel, assez sommaires niveau parcs. Je ne me vois pas m’installer là, en tout cas pas par envie. Pourtant j’étais bien en vacances.

De mémoire de moi, je n’avais pas pris de vraies vacances depuis un bail. Je ne peux pas vraiment compter New York, c’était pas pareil, c’était une sorte de colloc’ où j’avais pas mal de temps libre. Sans mes propres clefs, à suivre Sharkboy dans les soirées, c’était plutôt la vie étudiante que des vraies vacances. Là je n’ai pas parlé de meufs, pas passé de soirée en groupe, je suis allé m’enfoncer dans la mer, faire des photos des arbres et des toits des maisons. En gros j’ai pris le temps de rien foutre. Mon blog était en service minimum, tout comme Twitter, tout comme le reste en fait. Avec le mémoire imprimé et envoyé, pour la première fois depuis deux ans je n’avais aucune autre obligation en tête autre que de prendre du temps pour moi. L’été dernier je n’étais pas parti. Et cette année, si j’ai pas particulièrement kiffé Barcelone, j’étais loin. Et ça suffisait.

Au final, n’importe où aurait fait l’affaire. N’importe où hors de France en fait. J’ai une fois de plus senti que ma détente venait en partie de l’éloignement du brouhaha. La politique, les médias, l’internet, l’art, les éditeurs, tous ces trucs qui ici me filent des boutons. C’est peut-être le moment où j’accepte de réaliser tout ce qui est fucked up. Tout ce qui n’est pas réglé et qui ne le sera pas avec la bande de connards et d’incapables qui ont les cartes en main. Ne plus être exposé à cet néant qui me hurle au visage, c’est peut-être ça qui m’a le plus détendu. Les pieds dans l’eau, à minuit, je me suis demandé ce qui ça doit être que de vivre ailleurs, dans un pays qui n’est pas le sien, à ne sentir ni impliqué par ce qui se passe en France, ni par ce qui se passe là où j’habite. Bien sûr, ce n’est pas tenable sur le long terme. Mais pour quelques jours à Barcelone, ça faisait l’affaire.

La semaine dernière j’ai réalisé deux trucs. Déjà à quel point j’avais besoin de vacances, mentalement, physiquement. Je ne suis pas si invincible que ce que je pensais. Repousser les vacances après un mémoire, après une publication, ce n’est pas tenable à l’infini. Ensuite j’ai compris que j’ai surtout besoin de vacances du reste du monde, enfin prendre des vacances de moi-même, de ce que je projette quand je suis sur Paris.
En rentrant je comptais mes sous. Pas pour repartir à Barcelone, mais pour repartir ailleurs. N’importe où.