868 – Book Review 144

J’avais jamais lu de Virginies Despentes. Sans raison particulière, comme ça. J’en avais entendu parler et j’avais failli un acheter un, un jour, mais non. Dans quelques semaines sort son nouveau bouquin, assez globalement descendu dans les critiques déjà disponibles (okay donc là je me fais engueuler sur Gtalk). On m’a du coup fortement conseillé de pas le lire, tu peux pas découvrir Despentes comme ça. Lis King Kong Théorie à la place, saymieux ! Bon. Okay. Soit. Cinq euros plus tard je repartais avec le tout petit bouquin, qui est une sorte de thèse féministe mais sous l’angle du témoignage. Despentes articule une réflexion sur les sexes autour de différentes thématiques (le viol, le porno, la prostitution, le mariage) et saupoudre d’expériences perso. C’est aussi très sourcé, avec une bibliographie à la fin, tout en restant plaisant à lire parce que phrases courtes et langage souvent parlé. On dirait un mémoire universitaire, mais en pas chiant (et en fini). Pourtant, étrangement, je me suis senti à côté de la plaque tout le long de la lecture.

Mes parents ne sont pas mariés, je ne compte pas me marier à priori. Je conçois la prostitution comme une activité à intégrer socialement, avec maisons et structures. La pornographie ne me gêne pas et en bonne compagnie je peux avouer mes goûts particuliers en la matière. Tout comme je ne pense pas avoir d’à prioris méprisants sur les actrices (y’en a même une ou deux que j’admire, hors caméra, pour ce quelles font à côté). Une des toutes premières petite amie que j’ai eue a été victime d’inceste. Dernièrement j’ai couru après une fille même après qu’elle m’ait avoué s’être « laissé faire » de peur qu’un homme lui fasse du mal. Quand on m’a dit non, j’ai toujours compris non. Je suis aussi sorti avec une nana sans maquillage, habillée en mec et plus virile que moi. Et c’était super bien. Tout comme j’ai continué à dormir dans le même pieu que mon meilleur ami gay même après qu’il m’ait avoué son homosexualité alors que la plupart de mes potes se moquaient et avaient peur pour mon derrière. Ce que je veux dire, c’est que King Kong Théorie, je ne suis pas la cible. Pas. Du tout.

Bien sûr j’ai conscience que pas grand monde ne va se vanter d’être sexiste, ou bourré de préjugés crades. On est tous persuadé d’être meilleur que l’on n’est réellement. Sauf que là, je suis relativement certain d’être loin de la colère de Despentes dans son livre. Je suis d’accord avec ses thèses (pas toutes) et la majorité de ses réflexions, soit je les ai lues ailleurs, soit je les ai eu tout seul comme un grand. J’ai grandi avec une mère féministe un peu vénère, enfin pas nazillonne genre Chiennes de garde mais concernée par la problématique, pédagogue et avec des réflexions sur le sujet. Entre mon éducation et mon obsession parfois absurde d’être « noble » et « juste » dans la mesure de mon possible, je ne reconnais pas le portrait de l’homme tel que décrit par King Kong Théorie. Je sais qu’il existe, je sais que je ne suis pas parfait, que culturellement/socialement, je suis sclérosé de préjugés et automatismes, mais ce mec là, ce n’est pas moi.

Si j’autocentre cette note à ce point c’est que j’ai lu la colère de l’auteur comme une agression envers mon sexe d’homme. Le livre est une thèse, pas un débat et encore moins une discussion. C’est donc normal qu’il soit orienté. Plusieurs fois je rageais derrière le livre à cause d’un raccourci un peu trop facile, ou d’un détail occulté pour mieux faire valoir le propos. Ce bouquin est bon, les réflexions sont bonnes. Mais le sexisme et l’identité de la femme et de l’homme en général est un sujet avec deux camps. Donc deux versions. Despentes s’exclame vers la fin qu’il est bien dommage qu’aucun texte masculin récent ne vienne tenter de définir la virilité, ou ce que c’est que d’être un homme, dans ses contradictions, ses points communs et sa différence vis-à-vis de la femme. Depuis dix pages j’avais juste envie d’en écrire un, de faire valoir un autre point de vue, non pas par rejet de King Kong Théorie, mais par envie de dialogue, et surtout de compléter une vision forcément parcellaire d’un tout.

J’ai moins appris que ce qu’on voulait me faire croire, mais le processus de réflexion, le point de vue et les références valent le coup. Le livre est court, facile à lire et à le mérite de poser des questions claires. J’irai pas réclamer mes cinq euros du coup. Et je vous conseille de cramer un petit billet à l’occasion.

635 – Book Review 105

J’aurais pas résisté longtemps. Une fois aux US of A, face à toutes ces couvertures aux couleurs chatoyantes, j’ai fini par acheter un truc. Le dernier Paul Auster était partout. Forcément, vu qu’il fait partie des quelques auteurs anglo-saxons avec un minimum de crédibilité littéraire (indépendamment de simples qualités de storyteller). Je me souviens de Seul dans le noir, que j’avais lu à la faveur de l’été, dans le sud, et qui m’avait laissé avec une sensation un peu étrange. C’était l’occasion d’en apprendre un peu plus sur un auteur qu’on m’aura beaucoup conseillé. Et puis lire un auteur New-Yorkais, de Brooklyn pour être plus précis, et né dans le New Jersey, à Newark, ça me semblait globalement logique. D’où Invisible dans ma besace, édition cartonnée, beaucoup plus chère en librairie que sur Amazon. Mais le charme bordayl, le charme. Problème, trois cent pages plus loin j’ai l’impression de ne pas être plus avancé à propos d’Auster.

Adam Walker est un étudiant en lettres d’à peine vingt ans lorsqu’il rencontre le français Born et sa petite amie Margot lors d’un diner à New York, en 1967. Born est plus âgé et s’attache vite à l’étudiant, va jusqu’à lui proposer de financer la création d’une revue littéraire. Mais très vite l’amitié naissance devient trouble. Born pousse Adam dans les bras de Margot, qui elle-même n’est pas contre se laisser faire, avant qu’un évènement tragique vienne tout changer. Voici la première partie des mémoires d’Adam Walker, à présent sexagénaire et leucémique. Son ami Freeman se retrouve en possession du manuscrit nommé « 1967 », qu’il dévore, poussé par la curiosité. Car Adam et Born vont être amenés à se recroiser au fil de cette année déterminante dans la vie du jeune étudiant. Pour peu que Freeman arrive à démêler le vrai du faux.

Okay j’ai menti, j’ai fait des recherches et appris des trucs sur Paul Auster. Par exemple il aime bien le méta-textuel, parler du texte dans le texte (un écrivain fictif qui retranscrit le texte du autre écrivain fictif). D’où ici une structure qui alterne entre présent et manuscrit passé, une narration qui oscille entre première, seconde et troisième personne suivant les parties du roman. Auster aime aussi cultiver le mystère, ne donnant que trop peu de réponses, laissant son lecteur dans le flou. Il faut aimer. Au moins le style est propre et efficace, les fulgurances plutôt rares. En bon écrivain bourré de tics et de clichés Auster cite un tas d’auteurs morts et disserte sur la littérature et la condition d’auteur par le biais de ses personnages. Mais il se lâche aussi à l’occasion d’une seconde partie sur un inceste consenti magnifiquement raconté. Perturbant dans tous les sens du terme. Néanmoins on ressort d’Invisible plus troublé que réellement convaincu.

A ce stade je pense que c’est fait exprès. Que le lecteur doit aimer le flou artistique et les non dits pour apprécier l’auteur. Ma frustration freine encore mon plaisir mais je ne désespère pas d’accrocher plus. Car je sens, je sais, qu’il y a, au milieu de la brume, quelque chose qui en vaut la peine.

Demain, report de la séance de ciné la plus dingue de ma vie.

571 – Our Big Brother

J’ai déjà confessé ma fascination pour Koh-Lanta, qui avait le mérite l’année dernière d’être diffusé le mardi, jour de la pizza à moitié prix chez Domino’s. Ca reste une des seules émissions de real TV que j’évite de louper. Les grands espaces, les candidats hauts en couleur, ça fait rêver. Sans oublier surtout la voix off bac+5 de notre Denis national. Pourtant, cette rentrée, le cœur n’y est plus vraiment. J’ai loupé un épisode par ci par là, peine a resté captif de l’émission. Déjà diffuser le programme le vendredi, ça me force à me faire à manger, et ça c’est pas cool. Ensuite ça me prive de sortie roller avec mon bro ou une camarade de classe. Mais le vrai problème, c’est Survivor, l’original, celui qui passe aux Us of A. Depuis que c’est diffusé en hachedé, je me le télécharge chaque semaine et je réalise à quel point Koh-Lanta c’est minable en comparaison.

Ce qui saute aux yeux, c’est le setting, le décor. Là où TF1 persiste à filmer les mêmes paysages, Survivor à les moyens et l’ambition de faire des saisons en plein milieu de la savane ou au milieu de terres volcaniques. La flotte n’est plus une composante indispensable du programme, qui nous offre des plaines ou des collines. Ensuite les règles du jeu sont en constante évolution. Les équipes sont plus souvent remélangées, des participants sont exilés du groupe temporairement pour créer des rebondissements. Sur chaque camp est planquée une Idole d’Immunité individuelle. Le plus malin qui la trouve possède donc un levier supplémentaire pour échapper au conseil ou marchander avec les autres. Y’a deux semaines dans Koh-Lanta, le candidat le plus fort et le plus cool s’est fait sortir sur un tirage au sort pour cause d’égalité des voix au vote. What the fuck ? Dans Survivor, quand cela arrive, un mini jeu est organisé pour départager les deux candidats, ce qui est à la fois plus juste et plus dans l’esprit du show. Je crois que c’est à ce moment que j’ai décroché de cette saison de Koh-Lanta.

Puis il y a l’aspect épreuves. Forcément, les ricains étant beaucoup plus derrière leur poste, la production dispose de plus de moyens. Ils construisent des mini-stades, des totems, des cages, bref des tonnes de trucs méga cools qui rendent chaque défi complètement épique. Je veux bien croire que l’on a pas le même budget en France, mais de là a réutiliser les mêmes épreuves, chaque année, dans le même ordre. Dès que Denis annonce « un grand classique de Koh-Lanta » j’ai envie de me flinguer. Quel est l’intérêt d’avoir le même décor, les mêmes épreuves systématiquement ? Quand le téléspectateur lambda peut prévoir l’ordre des récompenses et les défis des semaines à l’avance, il y a un début de problème. A part les candidats, presque rien ne change et c’est l’ennui qui pointe le bout de son nez. Ou voilà comment je me retrouve à passer une bonne soirée entre potes au lieu de végéter chez moi un vendredi soir. Triste.

Bien sûr, tout n’est pas à jeter dans Koh-Lanta. Les beaufs, c’est toujours plus marrant quand ils viennent de chez nous. Puis Denis, il est kewl avec sa voix off trop burnée. Dommage que pour un pays qui adore réformer pour réformer, le meilleur programme de real TV n’évolue pas plus.

Demain, bouquin.