676 – Child’s Play

Bon, en vrai y’a un autre truc qui m’a grave haché menu les parties (pété les couilles) dans Gainsbourg, c’est les lignes de dialogue du Serge Gosse. Non parce que le môme, c’est limite une brutasse de la rhétorique, à menacer des officiels collabos pour frimer ou arriver à convaincre une bonnasse de poser nue pour lui. Sans parler de ses rêves pour plus tard. Il vouvoie, sort des mots compliqués, fait preuve d’ironie et de cynisme. Tout ça avant la puberté, y’a pas à dire, Gainsbourg, il déchirait sa race dans sa vraie vie d’enfance. A moins que le môme ne soit sur-écrit : trop fort, trop malin, trop instruit. C’est un peu le syndrome Juno (si vous trouvez que la gamine à 16 ans peut avoir autant de recul, de verve et de maturité que ça dans la vraie vie, arrêtez de lire cet article tout de suite et revenez demain), qui cartonne quasiment à tous les coups. Faut dire que les vrais gens, ça trouve ça trop cool la sagesse dans un corps si jeune ! On touche là à une grosse névrose bien franchouillarde, à savoir d’écrire des enfants qui parlent et pensent comme des adultes.

Les gosses c’est notre avenir et tout, d’ailleurs la vérité sort toujours de leur bouche et compagnie. L’enfant-roi, vient à présent s’immiscer dans la littérature sous l’avatar de l’enfant-surdoué. Prenez Paloma dans l’élégance du hérisson, la gamine qui pense se suicider parce que putain la lutte des classes c’est super injuste ! Rha la la c’est trop beau, une jeune fille si profonde ! Au bout de trois pages j’avais envie de jeter le truc par la fenêtre. Même tarif pour la lolipute d’Au secours pardon, qui à 14 ans discute de classiques français et de philosophie bac+5. Je pense donc maintenant à mini-Gainsbourg, qui m’a vrillé les oreilles à chaque fois qu’il l’ouvrait, mais ce n’est pas le seul exemple. Et le public en redemande, principalement parce qu’il est stupide, croit au père noël, à Jésus, aux enfants trop intelligents, ces conneries. Accessoirement ça arrange bien les scénaristes, non parce qu’écrire des dialogues pour un mioche, c’est hyper galère. A votre avis, pourquoi Le petit Nicolas c’est tant de la bombe ? Pourquoi les livres ont traversé les générations ? Parce que Goscinny arrivait à traiter de problématiques d’adultes avec une vision et des paroles d’enfant.

Un vrai gamin, ça ne gère pas le métalangage, très mal l’ironie et pas du tout le cynisme. C’est ce qu’on appelle l’innocence. Vous savez, le truc qu’on perd passé un certain âge. En bonus le phrasé est très différent, avec des fautes de grammaire, des anomalies de vocabulaire et surtout des expressions très étranges. Arriver à parler de thématiques sérieuses et grave, mais dans le véritable cadre de l’enfance, c’est un putain de tour de force d’écriture. Alors oui, l’effet Juno c’est cute, c’est différent, c’est même frais au début. Maintenant c’est devenu simplement de la fainéantise, un effet de manche gratos et qui émerveille son monde. Seulement, Le petit Nicolas est resté, impressionne plus, c’est pas pour rien. Même tarif pour La vie devant soi de Romain Gary.D’ailleurs j’en sais quelque chose. Dans MPLS, mon premier manuscrit, y’a un gosse à un moment, type cinq ans. En deux pages il doit faire passer beaucoup d’informations et d’émotions. Mais pour que le personnage adulte à qui il s’adresse soit réellement déstabilisé, il faut que l’innocence transparaisse dans les propos.

Je crois bien que c’est le dialogue que j’ai le plus rebossé, et dont je n’ai jamais été totalement satisfait. Alors oui, le garçon pourrait balancer des vraies phrases, genre « ça alors il est vraiment fin ce gosse ! ». Mais ça aurait été tellement céder à la facilité, au putain de cliché à la mode.

Tout ça pour expliquer pourquoi, en ce moment, ça m’arrive de grincer des dents quand je vais au cinoche, ou quand je regarde un film. Tous des branleurs namého !

Demain, je vais être relou, je vais disserter sur mon nouveau nouveau téléphone.

674 – Reviewtopsy 02

Dimanche dernier je suis allé voir Gainsbourg, Vie Héroïque. Et sur le fond j’avais pas vraiment envie. Faut savoir que j’ai une image très mauvaise de Joann Sfar, le réalisateur. Ca date de l’époque où je naviguais dans le milieu de la BD, où il est une superstar. Le mec se faisait sucer chaque semaine dans Télérama, proposerait en sortant plusieurs albums par an grâce à son style « mochexprès ». Puis, grosse tête, Sfar pète des câbles en public et raconte n’importe quoi. En bon étudiant des Beaux-arts, il conchie prodigieusement la BD de genre, la fantasy, les dessins ciselé et le réalisme graphique. Parce que bien dessiner, c’est sale, c’est pas de l’Art. Go fuck yourself. Anyway. Entre ça et autres rumeurs et indiscrétions tombées dans mon oreille, le Sfar, je l’aime pas trop. Mais les bobos kiffent, les bobos l’adoubent réalisateur alors qu’il n’a jamais tenu une caméra, les bobos l’autorisent à faire un film branlette archi-commercial sur un héros de mon enfance. Fais chier.

Parce que Gainsbourg, c’était un peu la bande originale collatérale de quand j’étais môme, les disques qui passent le plus souvent à la radio. Je me rappelle le lieu et l’endroit où j’ai compris Lemon Incest. Alors je suis allé voir le film. Qui n’en est fait pas un film sur Gainsbourg mais un film pour, par et sur Joann Sfar. Tout ça commence dès l’affiche « Un conte de Joann Sfar ». Parce que Sfar ne fait pas du cinéma, le cinéma c’est un peu comme la BD de fantasy, c’est sale. Il fait un conte. Générique de début, un dessin animé avec… le style de Sfar. D’ailleurs, Gainsbourg, il dessine tout le temps dans le film. A chaque gros plan sur ses œuvres on reconnait… le style de Sfar. Come on ! De toute façon c’était foutu du départ, on pouvait pas échapper à Sfar. Mais ça, la bande annonce vous le dit pas. Ce qui aurait été couillu si ça n’était pas pour ne pas faire flipper le public. Mais tout le long du film Gainsbourg est suivi par son double, une caricature qui a les traits du style de…

Alors du fantastique, okay, pourquoi pas. Gainsbourg peut éventuellement s’y prêter. En plus le double géant biscornu est animé par l’immense Doug « Gollum » Jones (peut être le nom le plus bandant de l’affiche). Sauf que ça n’apporte pas grand-chose (euphémisme de “rien”), à part un petit décalage stylistique. Tout comme le passage où Eric Elmosnino est affublé d’une vraie tête de chou en plastique moche. Puis dans le second tiers du film le fantastique disparaît, le biopic plus conventionnel s’impose, et là, j’étais bien. Loin de l’esbroufe et des feintes, juste dans la vie d’un mec qui n’a pas besoin qu’on en rajoute pour être intéressante et sexy. De toute façon même dans le sobre le film ne sait pas quoi raconter, n’est pas construit autour d’une idée ou dans une optique de tout cohérent. A la fin la marionnette revient, et j’ai poussé un début de soupir. En ne choisissant pas d’aller au bout du délire (en le rendant vraiment utile narrativement ou thématiquement et pas juste plastique) ou de laisser tomber carrément l’idée, Sfar pose le cul de son film entre deux chaises.

Mais bon, c’est pas comme si c’était bien filmé non plus. Les trois quarts des plans sont sans aucun intérêt, purement utilitaires. A un moment la caméra saute pour suivre une action, c’est moche. A un autre moment une pièce est trop petite et la caméra doit couper une partie d’un personnage, c’est moche. A encore un autre moment Gainsbourg et Bardot sont dans un studio où les fenêtres en fond vert sont remplies par une photo floue et chromatiquement en décalage avec le reste de Paris, c’est moche. Et encore, quand Bardot arrive, on filme au ralenti ses pieds, son chien et on balance plein tube un de ses hits pour encore plus de subtilité, c’est moche. En fait tout le film est cinématographiquement dégueulasse, de quoi motiver n’importe quel étudiant réalisateur à la défenestration. En fait, le seul truc qui ne soit pas trop mal filmé, c’est les femmes. Parfois on se demande si tout ceci n’est pas un grand subterfuge de la part de Sfar pour filmer des filles à poil (et tenter de les sauter, true story, je peux pas en dire plus).

Heureusement, il reste les acteurs (à l’exception du môme, mais c’est pas sa faute, j’en reparlerai lundi). Elmosnino porte le film sur ses épaules de bout en bout et est aidé par le maquillage qui fait un sans faute dans le vieillissement de l’acteur. Casta assure mais pas autant que la regrettée Lucy Gordon en Jane Birkin, véritable rayon de soleil qui illumine le troisième tiers du film. Puis la musique est toujours là, supporte assez bien les petits arrangements que le compositeur lui fait parfois subir. Parce que malgré la mouline du style de branleur et des égos, Gainsbourg est assez fort pour réémerger, figure fascinante de l’artiste à la fois génial et maudit. Alors j’ai pris ce que j’avais à prendre dans cette accumulation de scénettes sans queue ni tête, les anecdotes, le jeu des acteurs, les belles femmes et la musique. Tout ça jusqu’au générique final, qui débute par une citation de Sfar, qui justifie son parti pris. Oui, à l’intérieur de l’œuvre, pas en interview, pas en making-of, pas hors de son film. Dedans.

Gainsbourg, Vie Héroïque, commence par Sfar, termine par Sfar et est plein de vrais morceaux de Sfar dedans tout du long. Et en définitif, c’est tout le reste que j’ai aimé. Si seulement c’était juste parce que je ne peux pas blairer le mec. Mais non. Si j’ai posé le personnage, remonté le temps et expliquer qui il est et comment il est arrivé là, c’est parce le plus gros problème de ce film, c’est son auteur. C’est juste. Fallait pas. Quelle tâche.

BONUS JOKE !!!

J’ai failli oublier. Mais à un moment, y’a Sara Forestier qui joue France Gall, c’est moche.

COME ON STAGE !!!

Ah sinon, fait assez rare pour être signalé, mais Thomas Clément est d’accord avec moi. Après, il reste une starfuckeuse, on le changera pas:

En revanche je suis complètement tombé sous le charme de Lucy Gordon. C’est con, je pourrais jamais la tomcaster… J’aurais adoré..

Techniquement quand quelqu’un de cool meurt, je suis triste parce qu’elle est morte (empathie), ou alors parce que je pourrais plus la voir (égoïsme). Mais plus pouvoir l’interviewer… come on dude…