636 – Epic Mickey Pt 1

Ca devait être une journée parfaite, prévue de longue date. Aller voir Avatar à Marne La Vallée dans la seule salle IMAX de France, pour une image gigantesque, haute définition, son ultime et 3D sublimée. Avec moi mon bro, mon pimp, sa nana et l’ex-femme de ma vie. Puis mon bro l’a vu de son côté avant. Puis mon ex est rentrée pour les fêtes. Puis la grève du RER A, seul chemin direct pour Disneyland, aura découragé mon couple de potes. Restait moi. Attendre trois semaines pour le voir dans le format ultime, ou le compromis, la salle normale. Fuck this shit que j’ai gueulé ! Une aprem’ entière sur le net plus tard, je dénichais un itinéraire bis. Transilien à Gare de L’est jusqu’à Lagny-Thorcy puis bus de banlieue. Une heure de route, faisable. La veille de mon retour sur Lyon, j’ai donc bravé la grève, enfourché mon train, romans dans le sac pour le trajet. A moi Avatar IMAX putain ! Forcément j’ai dû laisser passer un bus de banlieue, déjà blindé, attendre le suivant vingt-cinq minutes dans le froid pour arriver un quart d’heure avant la séance, complète.

Nique la race de sa mère la putain ! Six cent places disponibles, une grève et plein quand même ? Mais allez tous vous faire foutre ! Surtout quand les bus s’arrêtent en début de soirée, interdisant d’attendre la séance suivante. A moins que… Holy shit ! Un Noctilien ! Qui part une fois par heure toute la nuit et rentre sur Gare de Lyon. Bon, quatre-vingt-dix minutes de trajet, plus rentrer à pied de la Gare jusqu’à Répu… Rentrer bredouille après avoir fait tout ça, après avoir été abandonné, après avoir lutté contre la grève. FUCK NO ! Je tire un ticket pour la séance de 20h30, part devant la salle. Seul, je m’assois sur les marches, sort mon Paul Auster et commence à bouquiner. Au fil des heures d’autres me rejoignent, on discute, c’est cool. Option partage de taxi retour à quatre. Je retrouve la pêche. Surtout quand je réalise que je me retrouve à la première séance ever en IMAX VO ST. Un café dans le hall à dix-neuf heures et je me dis que finalement, ça va le faire. Grave.

La salle est une fois de plus complète. Hallucinant. Tunnel de pub, bientôt vingt et une heure. La salle s’éteint, le public frémis. Le logo IMAX se lance, chaussage de lunettes et sensation désagréable. La musique d’ambiance ne s’est pas éteinte. Musique d’ascenseur sur le monologue de début du film. Huées du public, ça grogne, ça flippe. On vient tous de loin, on a tous payé le surplus IMAX 3D. C’est lorsque la musique s’arrête enfin qu’on réalise qu’on a un autre problème, beaucoup plus grave : le son est décalé de deux secondes. On a la bande sonore en avance sur les images, et les sous-titres en retard dans l’autre sens. C’est quoi ce bordel. La salle hurle au projectionniste de régler le problème, des gens se lèvent alors que mon entrainement aux Divx pourri et mon côté bilingue me permettent de suivre à peu près. Le son saute, le projectionniste tente de recadrer, mais les choses ne font qu’empirer. Les spectateurs sont presque tous debout, crient, au bord de la révolution, de l’incendie du cinéma. Le film s’arrête au bout de dix min (Jake découvre son avatar), la lumière se rallume. Je me pince entre les yeux. Bordayl.

Tandis que la foule se retient de mettre le Gaumont à sac, que chacun père avoir des nouvelles du projectionniste, je ne suis certain que d’une chose. Je ne partirai pas d’ici, je ne rentrerai pas sans avoir vu Avatar en IMAX. Et ce même si je dois vivre la journée la plus éprouvante de tous les temps (parti de chez moi à 15h, rappelons-le), même si je dois dormir sur place, même si je dois étaler mon compte rendu sur deux grosses notes.
To be à continued…

D’ici là, bon réveillons les gens. Profitez bien.

344 – Brainstormers

Je suis allongé sur la moquette de la grande salle de réunion du cinquième étage de BDDP. Le regard plongé dans la contemplation des fissures du plafond, j’essaie de trouver des mots. Ma mission du jour, trouver le nom de la future opération promo d’un client. En une heure je me suis assis dans le canapé, assis sur une chaise, assis sur la table, couché sur le canapé, couché par terre, couché sur la table, accoudé contre la fenêtre, bref, j’ai tout essayé. Pourtant, la réunion du matin avec le directeur de la création nous aura mis, la stagiaire directrice artistique et moi, dans une direction plutôt claire. Mettre le doigt sur une formule qui évoque la découverte, un truc qui transporte et fasse rêver. Forcément j’ai tout de suite eu un tas d’idées à base de jeux de mots, d’allitérations et autres expressions détournées. Mais on fait quoi quand le boss à jeté tout ce qui nous plait dans la poubelle des mauvaises idées ?

Une heure de brainstorm à deux qui se révèle plus un enfer qu’autre chose. Mon Mac Pro est équipé d’un super dico de synonymes et autres joies lexicales. Alors je jette un tas de formules choc en l’air. Le souci, c’est qu’à force de balancer des dizaines de tentatives, on arrive plus à réaliser ce qui peut être bon ou pas. Le fond du problème, c’est qu’on nous a filé un truc beaucoup trop simple. Pour trouver, y’aurait fallu avoir une deadline de cinq minutes et non pas deux jours. Parce que la vérité, c’est que sur le moment je suis persuadé que ça va se jouer à la dernière seconde, le boss prenant au pif trois idées basiques. A tout les coups, le client sera super content. Sauf qu’on a plusieurs jours de réflexion et qu’on est des bêtes stagiaires qui n’ont que ça à foutre. On est typiquement dans le cas où on colle trop de ressources sur un micro problème. Un peu comme si on allumait un barbecue au lance-roquette.

Vous inquiétez pas pour ça, c’était mardi dernier, donc j’ai survécu. Si je vous raconte cette extraordinaire anecdote de mon début de vie de stagiaire, c’est pour que vous réalisiez un peu c’est quoi le taf’ de noob concepteur-rédacteur. Mais c’est aussi pour que vous commenciez à vous poser les vraies questions. Par exemple, quand vous voyez des trucs dans la rue genre « Les Soldissimes », « Opération Embarquement Immédiat » ou bien encore « Les 10 Jours Extras », demandez-vous d’où ça vient. Combien de stagiaires morts d’inanition au fond d’une salle de réunion pour trouver la formule de fou ? Parce que faire des spots publicitaires décalés, drôles, des bijoux de réalisation et d’idées, aucun problème ! Trouver un nom ultra basique et con comme la lune, tout en ayant réfléchi très fort à la question, il est là le talent !

Bon, ça va. J’ai pas trahi les accords de confidentialité, j’ai pas dit du mal de la boîte. Non parce qu’il faut faire attention avec ces choses là. Je suis un stagiaire modèle moi monsieur !

Tiens sinon demain je vous raconterai par quel miracle mon appartement à subitement doublé de valeur pendant que j’étais en vacancnes.

STAGE STAGE !!!

Vendredi, mon maître de stage a arrêté de m’appeler “Lapin”, maintenant c’est “Jeune gay”. On progresse. Yay !