Cette semaine sont tombées les premières photos (NSFW) de la parodie pornographique de Buffy : The Vampire Slayer. Tout est là : des acteurs qui ressemblent vaguement, un peu d’iconographie propre à la série histoire de faire bien et enfin des pairings complètement débiles pour combler les fanboys (quoi que je suis pour que Xander se tape Buffy perso). J’ai copié collé le lien sur les internets, parce que je suis pour le partage. Puis que twitter du porno, c’est la « street cred 2.0 » et tout. Je crois. En fait, le projet en question ne m’attire pas le moins du monde. Je trouve même ça un peu cheap et sinistre. A y réfléchir deux minutes, je n’ai aucun souvenir d’un film parodique porno qui m’ait ne serait-ce qu’un peu excité. Je pense que je suis hermétique au concept en lui-même.

Nous sommes entré dans l’âge de la fan fiction. Pendant qu’au cinéma, les réalisateurs remakent les œuvres de leur enfance, la génération Y se paluche sur ses personnages préférés en attendant son tour. Dans les forums de fans de fanfictions, Harry Potter se fait prendre par Draco Malefoy et Clad se tape enfin Tifa avant de sauver le monde (et non après, quand le jeu est fini). L’industrie du porno tente de capitaliser sur la tendance et propose de plus en plus de versions XXX de telle série ou tel comics. Des sosies ratés de Mulder et Scully se chopent sur des musiques rappelant de loin les compositions de Mark Snow. Les fans de comics ont adoré le porno Batman et attendent de pied ferme les XXX-Men (attention aux griffes de wolverine lol tsé). Le problème étant que, dans la totalité des cas, on se retrouve avec quelque chose de moche, parce que fauché.

A titre personnel, j’estime que la meilleure parodie porno est celle de mangas. La raison en est toute simple : un style de dessins, ça peut s’imiter facilement et le budget est illimité quand on bosse au critérium. On y croit beaucoup plus quand les personnages d’Evangelion se prennent dans le cockpit de leurs mechas s’ils sont dessinés à l’identique par rapport à l’original. Cela fonctionne parce qu’il est plus simple d’admettre que la situation est possible. Face à un porno moche, on doit faire l’effort supplémentaire de superposer l’original avec un fac-similé bon marché. La littérature érotique est un bon substitut pour construire un étui narratif assez crédible pour se laisser prendre au jeu de la fanfic porno. Mais rien ne vaudra un bon vieux hentai des familles, où le niveau visuel peut élever le matériau rang d’art. Magie de la réappropriation stylistique.

Peut-être qu’au final, ce qui compte c’est les « production values », les moyens déployés et visibles par tout à chacun. Une fan fiction gay Harry Potter écrite avec le style de Rowling ou un hentai DBZ dessiné avec le trait de Toriyama éclatera toujours un film direct to DVD au rendu dégueulasse.
Et il existe une étape suivante, quand les copieurs érotiques font appel à des talents qui dépassent le niveau de l’œuvre originale. Quand une nouvelle est rédigée avec maitrise, un dessin tracé avec une touche personnelle. Alors là, ce n’est plus une simple parodie, c’est un cran au-dessus.
C’est mieux que l’original.
Howl est découpé en plusieurs parties entremêlées. Le (très) long poème est lu par Allen Ginsberg à une assemblée dans ce qui semble être un bar. Simultanément le texte est montré sous la forme de séquences d’animations, mêlant dessin traditionnel et 3D pour créer des mouvements vertigineux. L’autre gros morceau du film met en scène le procès de l’éditeur de Howl, pour avoir imprimé un texte jugé obscène. Des professeurs de littérature se succèdent à la barre et jugent de la qualité littéraire du poème, cuisinés par l’avocat de la défense joué par le toujours impeccable John « Don Draper » Hamm. Enfin Allen Ginsberg est interviewé chez lui par une personne en vue subjective et donne son point de vue sur Howl, le procès, sa vie, la beat génération, ses amants. Le tout étant proposé de manière entremêlée, proche d’un patchwork arty.
Le film demeure un documentaire dans la mesure où le script est construit entièrement à base du texte intégral de Howl, des comptes rendus du procès et d’extraits d’interviews. Il n’y a donc en théorie pas une seule ligne qui relève de la fiction. L’exercice est donc particulièrement intéressant, l’objet filmique unique. Howl, le film, est à la fois une adaptation du poème en animation, une lecture du texte, une biographie d’un des plus grands poètes contemporains américains et un documentaire sur la pudibonderie et la valeur littéraire. Le sujet dépasse la poésie pour parler de la société Us de l’époque, de l’homosexualité et de la vie des poètes dans une société post industrielle. La Beat Generation est aussi abordée, avec la présence de Kerouac, ami et amant (si j’ai bien compris) de Ginsberg. De quoi me motiver à creuser le sujet.
Si le film a un défaut c’est qu’il est dense. Howl est formidablement écrit mais difficile à percer en version originale (et comme le film ne sortira pas chez nous…). Ca m’a un peu piqué le cerveau et j’ai dû louper pas mal de trucs. C’est clairement pas le truc qu’on regarde pour se détendre un samedi soir.
Parce qu’en vrai, si ces photos avaient été prises sans flash, je n’aurais pas eu la peau luisante, un effet graisse dans les cheveux et les jeux d’ombre auraient pu récupérer la pose de merde. Sauf que quand on est jeune et… on se pose pas la question du flash auto ou pas. Enfin, de manière générale on a pas le choix en fait, vu qu’on est équipé d’appareils photos compacts pourris. Ceux qui sont prodigieusement incapables de prendre une photo de nuit correcte. Ce qui m’épatera toujours, c’est la propension de la jeunesse thunée de s’offrir des iPads ou des bijoux de fou furieux tout en achetant du milieu de gamme question photo. Pensée émue pour mon Canon S90 de l’hiver dernier, celui qui n’a jamais eu besoin de flash pour prendre une photo en soirée correcte et qui fait que tout s’assume et que rien n’est jamais totalement moche (ou alors c’est la faute du type en face).
En fait quand j’ai commencé à m’intéresser d’un peu plus près à la photo, je suis tombé sur une horde d’articles interdisant l’utilisation du flash. Ca fait des couleurs moches et ça rend les gens hideux. En fait le flash ça sert principalement aux noobs et aux gens qui veulent faire des effets de style. Les noobs parce qu’ils ont du matos de merde ou ne savent pas comment régler leur appareil pour s’en tirer en basse lumière. Aux gens qui veulent faire des effets parce qu’un jour ils ont utilisé le flash sous une chute de neige et ont réalisé que c’était beau. En gros. Tout ça pour en revenir à mon Nex, que je trimballe gaiement. Le Flash est détaché, pour ne pas prendre de la place. En maintenant six mois je ne l’ai jamais vissé au boitier. Je ne m’en suis jamais servir. Il est neuf, dans son cellophane. D’ailleurs régulièrement on me demande « mais, il est où le flash sur ton appareil Matthias ? ».
En fait, si j’étais venu avec mon appareil l’autre soir, et si j’avais géré les photos. Peut-être que je ne me serais jamais coupés les cheveux. Du coup, je me demande, et si cette histoire n’était pas un mal pour un bien ? Et si le flash avait potentiellement sauvé ma vie sociale et sexuelle ?