1264 – Is this real life ?

Je jouais à SSX quand j’ai eu la réflexion la plus conne du monde. Je me suis demandé comment on faisait pour booster quand on fait du snowboard en vrai. Puis le monde réel s’est imposé à moi et j’ai baissé les yeux.

En ce moment j’ai des potes qui sont à des degrés divers de dépression pour cause de choc de la vraie vie. Ils réalisent qu’à priori ils ne vivront pas de soulèvement des machines ni d’invasion extraterrestre. Et qu’il y a aussi peu de chances qu’ils soient des princes planqués issus d’un monde parallèle. Deux décennies de consommation culturello-geek viennent se heurter à la sinistre réalité. A savoir qu’ils ont un job, une copine, et que tous les jours à venir ils vont devoir aller taffer et que c’est non seulement normal, mais inévitable. Du coup dépression, plus ou moins.

J’imagine que ça fonctionne tout pareil avec ceux qui pensaient devenir acteurs connus, ou sportifs professionnels, ou chanteurs d’exception.

J’ai toujours été terrifié par ce moment de bascule, celui où tu pètes un plomb parce que tu réalises les réalités de l’existence. Il y a ceux qui se résignent, qui prennent leur job même s’il est moyen, qui gardent leur copine même si ça se passe mal, et qui arrêtent de se poser des questions pour continuer à dormir la nuit. Pour plus se préoccuper d’eux ils peuvent faire un môme ou deux, assurance d’avoir une quête à accomplir sur les vingt prochaines années. A l’extrême inverse on a ceux qui deviennent fous et se réfugient dans des illusions de puissance, en devenant des trolls de compète sur le web, des gamers no life ou fêtards jusqu’au-boutistes. Entre les deux, t’as tous ceux qui essaient de faire cohabiter le plus longtemps possible leurs rêves de gosses avec leur vie normale.

Un ami à moi est cadre, père de famille, mais aussi scénariste de BD. D’autres font de la photo, écrivent, ou se lancent d’autres défis. On s’occupe. Je pense qu’on est tous plus ou moins flippés de baisser les bras et de se dire qu’on a perdu la partie de nos rêves d’enfance, et que ça ne sert à rien de continuer. Parfois, l’illusion des projets vaut toujours mieux que le renoncement.

Pendant ce temps-là, Jeff Bezos, le patron d’Amazon, a dépensé quelques millions pour retrouver les fusées d’Apollo 11 perdues au fond de l’océan et va dépenser quelques millions de plus pour les repêcher. Qu’un multi milliardaire ultra capitaliste peut être maléfique ait pour passion project d’aller célébrer la course aux étoiles, quelque part ça me rassure sur la nature humaine et la vie en général.

Si ça se trouve, dans quelques années y’aura des boosters sur les snowboards et on pourra faire SSX en vrai.

Rien n’est perdu tant qu’on a pas cessé d’y croire.

1173 – Book Review 192

Ernest Cline est le type qui a écrit le film Fanboys.

C’était l’histoire d’une bande de potes en 1999 qui partent en road trip jusque chez Georges Lucas pour lui voler un exemplaire de la Menace Fantôme parce qu’un l’un deux va mourir d’un cancer avant la sortie ciné. Le film a subit les pires mésaventures au sein du studio où il était produit, avant de sortir trop tard, dans une version massacrée par les producteurs. Cline, le scénariste, était tellement dégoûté, qu’au lieu de rédiger un nouveau script, il a préféré se lancer dans la prose avec un premier roman. Ready Player One est le fruit de cet effort. Sorti fin aout après une bataille inter-éditeurs pour en acquérir les droits de publication, il s’est retrouvé propulsé directement dans le top des ventes, salué par des critiques dithyrambiques.

En 2044 les Etats-Unis sont presque devenus un pays du tiers monde. Les guerres causées par la disparition des énergies fossiles ont laissé la planète dans un sale état. Alors les gens s’évadent dans l’OASIS, un mélange entre réseau social et jeu massivement multijoueur. Passer sa journée à faire du shopping pour son avatar, aller affronter des dragons ou visiter des recréations de planètes de films cultes, tout est possible. A la mort de James Halliday, le créateur du réseau, celui-ci a révélé avoir caché une quête au sein de l’OASIS. Celui qui la trouvera et la mènera à son terme deviendra son seul héritier. Depuis des années Wade, un adolescent pauvre d’un bidonville US, cherche le premier indice qui le mènera au trésor mondialement convoité. Tout ce que les quêteurs savent, c’est qu’Halliday était fan des années 80 et qu’une connaissance pointue de la pop culture leur sera nécessaire pour triompher du jeu.

Mais dans l’ombre la multinationale qui administre le réseau est aussi à la recherche de la quête ultime, leur seul obstacle dans la prise de contrôle total de l’OASIS. Et eux sont prêt à tuer, dans le monde virtuel et réel.

Ready Player One est un roman générationnel. C’est-à-dire que si l’on s’y aventure sans les clefs culturelles, il est complètement imbitable. Il y est fait référence à des jeux Atari obscurs, aux séries TV des années 80, aux différences entre les montages successifs de Blade Runner et ainsi de suite. Mais pour quiconque gère un minimum à ce niveau, le livre est un véritable bonheur. Car Cline s’appuie sur les années 80 pour raconter une véritable histoire au lieu de simplement se vautrer dans une nostalgie bas de gamme. Assez vite on voit même émerger des thèmatiques on ne peut plus actuels : monétisation à outrance des réseaux, neutralité du net, anonymat des avatars ou relations amoureuses 2.0. L’aspecte science-fiction du texte revient à la racine du genre : commenter l’actualité de manière déguisée.

En bonus l’histoire en elle-même est plutôt bien foutue, et assez courageuse puisqu’on a des morts, des gros moments de tension. Ca faisait des mois que je n’avais pas laché un bouquin une fois rentré chez moi, préférant allumer ma lampe de chevet et dévorer quelques chapitres de plus avant de passer à autre chose. Ready Player One était écrit pour moi. Et je pense que si c’est écrit pour vous, à ce stade, vous devriez le savoir.

Si tel est le cas, sincèrement, n’hésitez pas.

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Ca coute un peu moins de 17 euros avec une zolie couverture cartonnée.

1022 – Book Review 166

Certains disent que je ne vous écoute pas. C’est faux. La preuve, j’ai lu Playing For Keeps de Mur Lafferty. Ce bouquin m’avait été conseillé par l’un de mes lecteurs qui se reconnaîtra sur Formspring. Le livre était disponible à trois fois rien en Kindle, soit cinq dollars. Du coup j’ai plongé. Les plus radins d’entre vous peuvent aussi l’écouter en audiobook gratuitement, de bout en bout, mais en anglais. Le faible tarif de ce roman est en partie dû au fait qu’il a été écrit par une geek, podcasteuse et maitre de jeu à Donjon & Dragons. Le genre d’auteurs qui accepte de rogner sa marge et partager son petit délire. L’adjectif n’est pas anodin, car Playing For Keeps est un beau foutoir.

Dans un monde où les super héros sont adulés, Keepsie a la malchance d’avoir un pouvoir complètement inutile en combat : on ne peut rien lui voler. Moquée par les héros, Keepsie a créé un bar pour les gens comme elle et accueille régulièrement Peter, capable de lire dans les odeurs, Colette, qui sait cuisiner à la perfection en fonction de chacun ou Ian, qui peut tirer des jets d’excréments du bout des doigts. Mais lorsque le super vilain Doodad confie à Keepsie une étrange boule de métal, celle-ci décide de faire jouer son pouvoir et de ne pas la donner à l’académie des super-héros. Ce qu’elle ignore c’est que sa première occasion de se venger de ceux qui la méprisent depuis des années risque de mettre la ville à feu et à sang.

Bon, c’est clairement n’importe quoi. Le bouquin avance sans aucun temps mort et enchaîne les péripéties à toute vitesse, de nouvel ennemi en nouvelle capture des héros. On a des gens qui volent, des robots géants, des mondes parallèles avec des monstres visqueux. Une sorte de melting pop total de tout ce qui se fait en comics. Comme Playing For Keeps ne se prend pas au sérieux, ça passe. Mais le manque de consistance dans l’intrigue et les personnages empêche le roman de développer une réelle dimension littéraire. Au final on a un objet qui se rapproche plus d’une fan fiction que d’un véritable roman avec R majuscule. Et c’est pas grave. Puisque c’est fun et que ça se lit bien.

Mur Lafferty s’est éclatée et ça se sent. Pour peu qu’on ferme les yeux sur les défauts de livre, c’est plus qu’honnête et généreux.

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