1235 – We Had Good Fish

Cette année, deux journalistes de GQ sont passés au bureau pour une interview. Ce fut une des plus grande déception de ma vie. Je m’attendais à de fringants gaillards, qui allaient nous foutre la honte sur six générations question style. Oui mais non. A la place on a eu deux trentenaires passés, petit ventre, début de calvitie, combo jean-polo sur baskets. Des gens normaux, pas moins, mais clairement pas plus. Alors que mon univers se fissurait, que la réalité s’émiettait en petits morceaux autour de moi, j’entendais l’écho de la voix de mes parents : « fais ce que je dis, pas ce que je fais ». Les magazines masculins se foutent de nous, de moi. Alors quand, un peu plus tard, j’ai vu le boss de Madmoizelle monter un pendant masculin, Gentlemec.com, avec l’ambition de « pas être comme dans les magazines » je voulais en être.

Je voulais dire ce que je fais. Ce qui tombait bien, puisque le patron était d’accord.

Si je vous raconte ça, c’est que Gentlemec a fermé ses portes. D’ailleurs à court-moyen terme la petite dizaine d’articles que j’ai écrits là-bas ne sera plus accessible. Ce qui tend à prouver que sur Internet comme dans la vie, rien n’est immortel et qu’à la fin on sera plus que poussière, même 2.0. C’est con parce que je vous ai pas dit, mais j’ai écrit ça depuis la dernière fois :
- Un article sur la première saison de Terra Nova
- Un article sur le retour de SSX sur Xbox/Playstation
Donc allez les lire maintenant parce qu’après ça ne marchera plus et je ne sais pas si j’aurais le courage de faire un backup. Sorti de son contexte, ça serait un peu triste. J’aimais bien l’idée d’avoir un bac à sable pour parler jeux vidéo, séries, problématiques masculines. Ca faisait plus sens que sur mon propre blog. Surtout, c’était dans la tronche d’une autre audience.

Gentlemec m’a apporté, littéralement, de nouveaux lecteurs. Tout comme mon incursion ailleurs en a ravi d’autres, contents de me voir essayer autre chose ailleurs. Cette diversification était chouette. Un plaisir personnel et j’espère partagé. Mais Gentlemec c’est fini. Parce que le patron passait trop d’énergie dans un projet qui n’avançait pas à la hauteur des ambitions mises à l’intérieur de lui. Parce que la ligne éditoriale n’était peut-être pas assez définie, le format peut être pas assez clair. J’ai bien une ou deux idées. Je ne vois pas pour autant l’intérêt de refaire le match. Surtout quand j’ai adoré mes quelques mois là-bas et que ça m’a fait comprendre le plaisir de l’ubiquité. Pouvoir me recentrer sur mon propre blog pour ceux qui s’intéressent à ma petite vie et partager mes passions ailleurs, sur de plus gros médias, là où je n’ai pas d’importance et où seul le papier compte.

C’était bien. Merci patron comme on dit. Merci à ceux qui m’ont suivi là-bas et ceux de là-bas qui m’ont suivi ici. En attendant la prochaine aventure.

1211 – For Hire

J’ai toujours adoré le concept du comic Heroes For Hire. Au départ était Luke Cage (aka Power Man, aka le sodomite de l’univers Marvel), un super héros mineur et sans le sou. En plus de ses activités bénévoles de sauveteur du monde, il acceptait des missions rémunérées, de la part de simples citoyens. Avec son meilleur ami Danny Rand (aka Iron Fist, see what I did there ?) ils ont fini par monter Heroes For Hire Inc., une agence de détectives/gardes du corps composée de super héros mineurs. Tous les personnages bis et ter de Marvel qui étaient trop losers pour supporter leur propre série, ces laissés pour compte de la grande histoire, allaient défendre la veuve et l’orphelin moyennant un petit chèque, histoire de payer la facture d’électricité à la fin de mois. Joindre l’utile à l’utile en somme. Des super héros de la vraie vie. #OccupyMarvel

Pendant plusieurs années, je n’ai pas voulu écrire ailleurs qu’ici sur les Internets. Quand j’ai fini par pondre quelques articles pour mon copain Philippe, c’était à la condition de les reprendre ici. Parce que je ne voulais pas faire d’heures supplémentaires en plus de TPB qui me bouffait tout mon temps libre. Puis j’ai ralenti mon rythme de publications bloggesques, pour respirer. Le monde réel m’a fait comprendre que cet espace n’était pas forcément ma petite bulle magique dans laquelle se réfugier. Et au même moment j’ai réalisé qu’ailleurs, je pouvais angler différemment un peu ce que je faisais, radoter autrement, ou parler de trucs qui n’avaient rien à voir. Sur Gentlemec je pouvais faire un report sportif du Quiksilver Pro, tandis que chez Another Whisky je reprenais mes théories marketingo-littéraires sous une forme nouvelle. Je remixe, mes textes, mes idées, moi-même.

J’ai simplement commencé à demander si, hey, je pouvais pas te pondre un texte ou deux. J’ai accepté quand on m’a demander si, hey, tu pouvais pas me pondre un texte ou deux. Peu importe, je remercie du fond de mon petit coeur de pipou ceux qui me laissent s’amuser chez eux. Peut-être que je suis un mini Hero for hire. Comme je n’ai pas la peau indestructible de Power Man ou les poings du dragon d’Iron Fist, j’écris simplement des trucs gratuitement. Pour le plaisir. Ce qui enrage un peu les potes qui me tannent depuis des années pour que j’aille monnayer mes services dans des structures qui impriment du papier. Sauf que j’ose rien, parce que ce n’est pas ce que je veux « vraiment ». A savoir rendre service et prendre mon pied pendant une heure sous Word (plus quelques mails de correctifs). Puis parait qu’il existe une Ligue des pigistes extraordinaires pour ça.

Je suis en dessous, chez les Writers for hire. On a un bureau qui ne paie pas de mine dans le Bronx, avec une pancarte pas droite et du café froid. Mais on s’amuse et si on peut filer un coup de main, ça nous suffit pour le moment.

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