1176 – Book Review 193

J’aime bien Philippe Jaenada.

Parce j’ai eu envie de le lire en l’écoutant lire un bout de son précédent bouquin (jeu : retrouve la note où j’en parle et que je ne linke pas). Je me rappelle m’être dit « putain c’est pas mal ». D’où l’achat du dit livre un peu plus tard. Dans un monde parfait on découvrirait des romans comme ça, en en lisant ou en en entendant un morceau qui donne envie. Parce qu’on en aurait le temps et l’opportunité. Depuis, avec Philippe, on a eu le temps de se croiser une ou deux fois. Assez pour qu’il déteste mon manuscrit (jeu² : retrouve la note où j’en parle et que je ne linke pas). Le mois dernier il m’a payé un Perrier, ce qui est potentiellement la preuve que je suis un vendu et que cette note est sponsorisée. C’était surtout l’occasion de lui taxer son dernier roman, qui vient de sortir chez Grasset. Ça s’appelle Le femme et l’ours, et c’est «le bouquin que j’assume le plus, d’ailleurs, tout dedans est vrai».

Bix Sabaniego est las. La quarantaine bien tassée, il vit à Paris avec sa femme et son fils. Sa fierté était d’écrire des livres, mais avec le temps c’est surtout un bon moyen de pouvoir continuer à s’offrir à boire. Il écume les bars en bas de chez lui, connait tout le monde, du serveur au poivrot édenté. D’ailleurs, il peut vous raconter toutes les anecdotes glanées au fond d’un verre depuis des années. Un jour c’est l’engueulade de trop à la maison. Dépité, Bix ne veut pas rentrer une fois calmé et imbibé. Alors il erre dans le dixième arrondissement et au delà, allant de rencontres en rencontres. Il croisera la route d’une fan magnifique, d’un cambrioleur casse-cou et autres serveurs de nuit. Autant de travaux sur la longue route qui ramènera l’ours dans sa tanière, jusqu’à sa femme.

Ce que j’aime bien dans les bouquins de Jaenada, c’est le style de style. Je m’explique. Plutôt que d’utiliser un dictionnaire de synonymes et un index des figures de la langue française, Philippe préfère se concentrer sur le rythme du texte. Les phrases sont courtes, se font écho, rebondissent sur des parenthèses. Ça vous parle aux yeux, en gros, avec une certaine cadence. Alors je me surprends à ricaner bêtement sur mon trajet de métro. Et ce n’était pas gagné, vu que le livre raconte la virée sur trois jours d’un alcoolique en pleine déprime. Rapport au fait que je n’ai jamais bu de verre de ma vie et que la trame La femme et l’ours relève pour moi d’une expérience proche de la science-fiction. Ce qui, du coup, me met dans l’embarras quand j’en arrive à vous le conseiller (ou pas).

En ce qui me concerne, le style seul de Philippe m’aura suffi à apprécier La femme et l’ours. Je pense que le même livre, écrit par quelqu’un d’autre, m’aurait prodigieusement barbé. Surtout une trentaine de pages trop longues dans le dernier tiers. Il est aussi fort probable que mon Perrier et moi ne soyons pas la cible idéale vis-à-vis de la trame du roman. Un buveur y trouverait peut être autre chose.

A vous de voir.

BUY STAGE !!!

Hop, 18 euros.

656 – Book Review 108

J’aime bien Nicolas Rey. C’est pas un scoop, je l’ai déjà dit. Déjà le mec à plein de cheveux, et ça c’est cool. Ensuite il est semi gros, ça donne l’air bon vivant et tout. Puis Nicolas Rey c’est un peu le sous Beigbeder en rémission. Si trainer en soirée littéraire m’aura appris un truc, c’est que Frédo est irrécupérable (en fait il s’en fout lui-même je crois). Rey il s’accroche encore, genre il va en cure de désintox et essaie la monogamie pour voir, des fois que. En plus c’est un mec bien, il est resté plus longtemps que d’autres chez son petit éditeur, Au Diable Vauvert, avant de pondre un roman chez Grasset. Pour « Un léger passage à vide », il revient au bercail et offre au Diable de quoi s’assurer un petit regain de trésorerie. Sympa. Bon, y’a léger gavage vu que le roman commence page 7, se termine page 182, saute 25 pages de gauche (d’où le titre ? pardon…) pour cause de changement de chapitres, qui sont eux même au nombre de 51, qui sautent un tiers de page à chaque fois.
Numb3rs !!!
182-7-25-(51/3) = 133
A 17 euros le bouquin, ça nous fait du 12,7 centimes la page de roman. Soit le pire rapport quantité/prix depuis Amélie Nothomb. Ca a intérêt à être bien !

Au moins la couverture est pas dégueu. A mi chemin entre le sobre et le bling bling avec ce citron glacé en relief, on peut dire qu’Un léger passage à vide fait son petit effet. Bon, l’agrume aurait été plus à propos si le roman avait conservé son titre originel, « Vitamines ». Allez j’arrête de chipoter et je vous dis de quoi ça parle. Rey, Nicolas donc, ne va pas très bien. Sa femme accouche alors qu’il est complètement toxico mondain. Puis il se fait larguer, finit père célibataire. Du coup il décide d’aller en désintox et de se mettre au coca light (fuck yeah !). En ressortant il se rend compte que les gens, quand même, c’est un peu des cons. Puis il rencontre une jeunette kro meugnonne dont il tombe amoureux jusqu’à ce que les Etats-Unis les séparent. Entre temps, son fils à grandi et donc se fait offrir un chapitre à la première personne.
En fait, Un léger passage à vide n’est pas roman. Ce n’est pas une autofiction non plus. Trop bref pour une autobio, trop lettré pour un récit. Je l’ai plutôt reçu comme une conversation de comptoir. Un peu comme si j’avais croisé Rey dans un café du sixième et que je lui avais demandé « Bah alors, depuis le temps, comment ça va toi ? ». Lui il aurait soufflé un peu et m’aurait répondu sur 133 pages en commençant par « Oh, moi tu sais je… »

Sans vouloir refaire des maths, les chapitres font en moyenne (133/51 = 2,6) pages. Ceci explique la vitesse à laquelle on lit ce dernier roman. Les chapitres très courts sont thématiques, l’accouchement, un patient bizarre de désintox, une sortie à Disney, une rupture par Skype etc… On perd forcément en profondeur et cohérence globale. Le livre n’est pas du tout structuré, si ce n’est temporellement (dans l’ordre). On passe des soucis conjugaux à la cure, puis au fils, puis à la femme, puis à la vie d’écrivain, puis à la femme, puis au nouvel amour, puis au fils. C’est ce côté décousu et très bref qui me donne cette impression de bilan de comptoir, comme un vieil ami qui vous raconte dans le désordre tout ce que vous avez manqué. Parce que mine de rien, c’est là où le fait de bien aimer Nicolas Rey joue. A titre purement personnel, moua, je suis bien content d’avoir des nouvelles du type qui a l’air super fatigué ces derniers temps. Paraitrait même que ce livre est le premier qu’il aurait écrit à jeun, enfin, net quoi. Et le pire, c’est que ça se sent. Dans le bon sens. Non parce que ses premiers romans, parfois, c’était un peu le bordel niveau style et narration.

Un léger passage à vide a beau être très court, il est plein de bonnes choses. L’aspect confession semble réellement sincère et suffisamment retenu pour ne pas sombrer dans le pathos. Il reste des non-dits, des éléments dont on sent bien qu’ils nous échappent. Mais on est touché, et on sourit pas mal aussi. Les anecdotes amusantes sont (presque) toujours bien choisies et surtout bien racontée. Okay, c’est de l’écriture de dandy de trente ans, une variante moins trash de Beigbeder, plus léger en fait. « Audrey, je prendrais bien des vacances dans tes cheveux » m’a suffisamment plu pour que je le textote à une copine. J’ai pas mal souri, presque ri parfois, mais pas trop non plus. Parce que bon, je l’ai lu dans le métro et j’aime pas trop me marrer tout seul en public. Tous les chapitres ne fonctionnent pas (en particulier ceux où Rey fait parler d’autres personnages), mais l’écriture reste souple et plus que plaisante de bout en bout, participant aussi à la vitesse de lecture. On s’y laisse prendre avec plaisir.

Je doute qu’Un léger passage à vide soit la meilleure introduction à l’œuvre de Rey. Peu représentatif et très personnel, c’est la sincérité du texte qui peut éventuellement toucher tout le monde. Okay, ça reste cher payé pour pas grand-chose (dixit ma mère qui l’a lu en un aprem’). D’où ma légère impression d’avoir déboursé un gros cocktail sans alcool pour passer une heure avec un vieux pote qui me résume ses dernières années. Ça fait mal au portefeuille mais j’en ressors malgré tout content. Seulement, à l’heure où je termine cette note, y’a Rey à la TV. A voir son regard, le passage à vide est pas fini. Et si je le croise au salon du livre, pour une dédicace ou au détour d’un urinoir, j’aurai qu’une envie, c’est de lui mettre la main sur l’épaule et lui dire :

« Mec, ça va ? »

629 – Book Review 104

J’avais trouvé ça marrant d’aller aux US of A avec deux bouquins avec une variation du mot « amour » dans leur titre. Forcément, à un moment, il fallait que je lise L’amour dure trois ans de l’autre Frédo. On m’a souvent argué du fait qu’il s’agit de son meilleur opus. Je demande qu’à croire, bien que le bonhomme se soit bien démystifié à mes yeux depuis le temps, à force de le croiser plus ou moins net en soirée. Ce sont des choses qui arrivent. Un peu comme être malade comme un chien dans la plus grande ville du monde, et seul aussi. D’où la fois où je me suis réfugié dans un Starbucks, commandé un Latte et me suis assis face à la vitre donnant sur la rue. Ouverture du livre de poche, et one-shot des deux cent pages d’un coup. Cuz that’s how I roll baby.

La mauvaise nouvelle, c’est qu’il n’y a pas d’histoire. Rapidement, Marc Marronnier, autre avatar de l’auteur, se sépare de sa femme Anna après trois ans parce qu’elle à découvert qu’il la trompait avec Alice. Marc se retrouve seul, alors il est triste. Puis finalement Alice largue son mari et se met avec lui. Trois ans plus tard, ils sont encore ensemble. Voilà, c’est fini. Et attention je n’occulte aucune sous intrigue ni aucune autre espèce de personnage important. Le bouquin, c’est juste ça. Au moins Frédo est raccord avec sa logique selon laquelle l’histoire on s’en branle, ce qui compte c’est le style, de découvrir l’auteur au travers des mots et toutes ces conneries de gens qui n’ont rien à raconter. Anyway. Le pire dans tout ça, c’est que le livre fonctionne à peu près. C’est un roman zombie, vide à l’intérieur mais qui marche quand même.

En fait la plupart des chapitres sont quotables, tous contiennent au moins deux ou trois phrases qui feront super bien quand tu les ressortiras à tes potes en fin de soirée. On peut arguer du fait que Frédo ne se sera pas fait trop remarquer comme publicitaire, il gère quand même la conception-rédaction. Comme il n’a pas d’histoire à raconter, les chapitres sont courts et se concentrent sur l’exploration d’un concept (les hormones, la fidélité, une rencontre etc…) qu’il va conceptorédacteuriser jusqu’à la moëlle. Et zou, voilà comment on transforme de la réflexion de comptoir en sirop pour midinette. Non parce qu’il n’y a rien d’inédit dans l’amour dure trois ans, qui ne fait que brasser des idées reçues et autres poncifs sur l’amour, les femmes et le sexe. Mais comme c’est fait avec style, il est aisé de se laisser abuser à croire qu’on est face à un génie.

La vérité c’est que L’amour dure trois ans est creux. Ca ne raconte rien d’inédit, de construit ou de palpitant. Le squelette d’intrigue (autobiographique) n’est là que pour se faire greffer des effets de manche, de la poudre aux yeux à effet rapide. Parce que comme bouquin, c’est du vite lu, vite oublié. Sauf si vous êtes facilement impressionnable ou en plein désarroi amoureux et/ou encore puceau. Dans ce cas y’a moyen d’en faire un roman de chevet. Je vous envierai presque.

Mine de rien, bel exemple de hold-up littéraire. Fantomas a encore frappé !