1152 – Book Review 185

L’été littéraire c’est de la merde. C’est pile quand les gens sont en vacances que rien ne sort. Parce que si tu balances ta nouveautés en juillet, la plupart des grands médias ne seront pas au bureau pour en parler et les lecteurs ne sont plus (ou en tout cas moins), devant leur poste. D’où la rentrée littéraire et non pas les vacances littéraires. D’où le fait qu’on lise des bouquins de merde sur la plage. En partie. L’alternative du vrai gens en manque de bons mots, c’est de racler les fonds de tiroir, ou de rattraper son retard. Tout ça pour expliquer comment, presque trois ans après, je me suis retrouvé à lire la suite de l’extraordinairement excellent Infoquake. MultiReal est le second volume de ce qui est (à mon sens) la meilleure trilogie de Science-Fiction de la décennie. Oui j’aime bien être péremptoire comme ça. C’est peut-être malhonnête mais si ça vous fait lire le truc, ça aura valu le coup.

Trois cent ans après la révolte des machines, la race humaine s’est réorganisée autour de la Bio/Logique. Le corps grouille de nanomachines qui peuvent charger des programmes informatiques complexes qui permettent par exemple de se projeter holographiquement à l’autre bout de la planète (multiprojection), dissimuler ses émotions (pokerface) ou booster ses performances (nitro). L’entrepreneur Natch vient d’annoncer un programme incroyable : MultiReal. Il permet de naviguer dans des futurs alternatifs et sélectionner celui que l’on préfère. Cette technologie affole tout le monde, des marchés financiers jusqu’aux hautes instances gouvernementales. Chaque acteur de la planète veut MultiReal, que ce soit pour pour le détruire, le contrôler ou le rendre public et gratuit. Traqué, Natch doit garder le contrôle du programme mais surtout décider de l’avenir de MultiReal. Et par là même l’avenir du monde.

Infoquake et Multireal ont inventé un nouveau genre : le (serious) business-cyberpunk. L’action est avant tout marketing et financière. On parle de liberté d’entreprendre, de nouvelles technologies, de concurrence acharnée, d’ingérence gouvernementale et tous ces trucs qui excitent les fans de thrillers corporatistes. Sauf que tout ça se passe dans un univers complètement cyberpunk, où les humains hackent leur corps, passent leur temps à activer ou désactiver des programmes qui leurs tripotent le cerveau et finissent par noyer leur chagrin dans des bordels virtuels où ils habillent l’avatar de leur partenaire par l’apparence de celui ou celle qu’ils ne peuvent pas sauter dans la vraie vie. Cette seule rencontre des deux genres serait suffisante pour assurer une bonne lecture et un roman solide. La cerise sur le gâteau réside dans tout le questionnement éthique et transhumain. Qui doit contrôler la technologie ? Le progrès peut-il être stoppé ? Qu’est-ce que le libre arbitre ?

MultiReal fait réfléchir parce que chaque camp possède des arguments qui se tiennent et que les héros sont presque plus faillibles que leurs ennemis. L’auteur David Louis Edelman ne donne pas les réponses et laisse le lecteur y réfléchir. En attendant le dernier tome de la trilogie.

Que je lirai sûrement l’été prochain.

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