1213 – The XXX

Cette semaine sont tombées les premières photos (NSFW) de la parodie pornographique de Buffy : The Vampire Slayer. Tout est là : des acteurs qui ressemblent vaguement, un peu d’iconographie propre à la série histoire de faire bien et enfin des pairings complètement débiles pour combler les fanboys (quoi que je suis pour que Xander se tape Buffy perso). J’ai copié collé le lien sur les internets, parce que je suis pour le partage. Puis que twitter du porno, c’est la « street cred 2.0 » et tout. Je crois. En fait, le projet en question ne m’attire pas le moins du monde. Je trouve même ça un peu cheap et sinistre. A y réfléchir deux minutes, je n’ai aucun souvenir d’un film parodique porno qui m’ait ne serait-ce qu’un peu excité. Je pense que je suis hermétique au concept en lui-même.

Nous sommes entré dans l’âge de la fan fiction. Pendant qu’au cinéma, les réalisateurs remakent les œuvres de leur enfance, la génération Y se paluche sur ses personnages préférés en attendant son tour. Dans les forums de fans de fanfictions, Harry Potter se fait prendre par Draco Malefoy et Clad se tape enfin Tifa avant de sauver le monde (et non après, quand le jeu est fini). L’industrie du porno tente de capitaliser sur la tendance et propose de plus en plus de versions XXX de telle série ou tel comics. Des sosies ratés de Mulder et Scully se chopent sur des musiques rappelant de loin les compositions de Mark Snow. Les fans de comics ont adoré le porno Batman et attendent de pied ferme les XXX-Men (attention aux griffes de wolverine lol tsé). Le problème étant que, dans la totalité des cas, on se retrouve avec quelque chose de moche, parce que fauché.

A titre personnel, j’estime que la meilleure parodie porno est celle de mangas. La raison en est toute simple : un style de dessins, ça peut s’imiter facilement et le budget est illimité quand on bosse au critérium. On y croit beaucoup plus quand les personnages d’Evangelion se prennent dans le cockpit de leurs mechas s’ils sont dessinés à l’identique par rapport à l’original. Cela fonctionne parce qu’il est plus simple d’admettre que la situation est possible. Face à un porno moche, on doit faire l’effort supplémentaire de superposer l’original avec un fac-similé bon marché. La littérature érotique est un bon substitut pour construire un étui narratif assez crédible pour se laisser prendre au jeu de la fanfic porno. Mais rien ne vaudra un bon vieux hentai des familles, où le niveau visuel peut élever le matériau rang d’art. Magie de la réappropriation stylistique.

Peut-être qu’au final, ce qui compte c’est les « production values », les moyens déployés et visibles par tout à chacun. Une fan fiction gay Harry Potter écrite avec le style de Rowling ou un hentai DBZ dessiné avec le trait de Toriyama éclatera toujours un film direct to DVD au rendu dégueulasse.
Et il existe une étape suivante, quand les copieurs érotiques font appel à des talents qui dépassent le niveau de l’œuvre originale. Quand une nouvelle est rédigée avec maitrise, un dessin tracé avec une touche personnelle. Alors là, ce n’est plus une simple parodie, c’est un cran au-dessus.

C’est mieux que l’original.

1142 – Do Anything

Le principal problème pour un wannabe, c’est qu’avant de prétendre à être quoi que ce soit, il faut avoir un truc à montrer pour être un minimum crédible. Syndrome du type qui t’explique régulièrement qu’il veut devenir scénariste/réalisateur/écrivain/musicien mais qui ne va au bout d’aucun projet. L’idée du rêve lui suffit, puis ça évite de se manger les rejets, la jalousie et tout ce qui va avec le fait de sortir la tête de son trou confortable. J’en connaissais dans la BD, j’en connais dans la littérature et j’en croise quelques-uns dans le cinéma. La semaine dernière, Nicolas Laquerriere a changé de camp. Il est passé du rôle de celui qui nous parle de ses scénarios de films à celui qui a pondu un vrai truc qui existe. Suck It est une web-série qu’il a porté avec sa camarade Lucie Vailly et plein d’autres gens cools. Un projet hors de tout contexte scolaire, de tout concours ou appel à contributions.

Et en plus c’est pas mal.
Rapide présentation vidéo.

Comme à aucun moment il n’explique de quoi ça parle, je vous fait le pitch rapidement. En gros c’est l’histoire d’une fan de Twilight et d’un fan d’Harry Potter qui se déclarent la guerre. Oui alors là je précise que Nicolas est fou. C’est un type prêt à partir en guerre pour défendre sa croyance selon laquelle on dit « un grec » et non pas « un kebab ». Il aime pas Zombieland sinon, et défend la carrière d’Eddy Murphy avec la plus grand mauvaise foi du monde. Heureusement pour lui c’est un serial killer de la punchline, la réplique qui tue. Comme c’est la plupart du temps vulgaire et à contre-courant total de ce qu’attendent les vrais gens du cinéma, je me suis toujours demandé s’il finirait par se planter ou se calmer. Et je ne peux qu’applaudir sa capacité à avoir trouvé une troisième solution : tout faire lui-même. Oui, Suck It est une idée complètement débile, avec des répliques abominables (mais drôles), le genre de trucs que personne irait produire. Mais ça existe. C’est là, dans vos internets.

Genre si tu cliques ça commence.

Et au final c’est plutôt joli, bien filmé et drôle. Bien sûr, première expérience oblige, on peut taper sur le jeu d’acteur, les problèmes de rythme, quelques enchaînements de plans chelous et un ou deux problèmes de synchro sonore. Ça ne m’a pas empêché d’aller au bout avec plaisir. Et il parait que ça s’améliore d’épisode en épisode.

J’ai entendu parler de Nico quand il sévissait sur le forum DVDRama, avant qu’on invente Facebook et Twitter. L’époque où il fallait luter et gesticuler pas mal pour exister sur le web. J’étais fan du personnage, de l’humour débile et de l’abus de mauvaise foi. A force j’ai fini par lui parler, à découvrir ce sur quoi il bossait, les différents projets qu’il envoyait aux chaines, aux producteurs. Autant d’efforts invisibles jusqu’ici. Alors je survalide Suck It, dans ses défauts comme dans ses qualités. Parce que c’est là, et que web SERIE oblige, on va avoir plein d’autres épisodes. La prochaine fois qu’on demandera à Nicolas s’il peut prouver qu’il est scénariste/réalisateur il pourra imprimer le lien youtube de la série et étouffer le type avec (très 1.0 j’en conviens).

En attendant de percer pour de bon.

678 – Book Review 112

Lev Grossman est un mec cool. Principalement parce qu’il pense qu’Harry Potter, c’est de la merde. Fuck yeah man ! Sauf que quand c’est moi qui dis que JK Rowling est prodigieusement mauvaise en worldbuiling, structure et arcs narratifs, tout le monde s’en branle. Grossman a du bol, il est critique littéraire sénior pour TIME magazine. Alors quand il en a marre d’empiler la liste des défauts qu’il déteste dans Harry Potter, il se vénère et décide de faire sa tambouille dans son coin. Un peu comme moi en fait, sauf que lui publie. Et ça donne The Magicians, pitché assez simplement comme un Harry Potter version mature, avec des désillusions, de la drogue et des plans à trois. Forcément, il s’en sera vendu des brouettes entières. Avec raison, vu que le livre très bon. Car heureusement le produit fini va plus loin qu’une réécriture en colère pour acquérir sa propre personnalité.

Quentin est un ado de Brooklyn qui s’emmerde, toujours la troisième roue du carrosse dans le couple composé par ses meilleurs amis. Son échappatoire, c’est une série de livre sur les enfants Chatwin qui visitent le monde merveilleux de Fillory pour y vivre moult aventures. Alors quand l’école de magie Brakebills le convoque pour un examen d’entrée, Quentin donne, sans vraiment y croire, tout ce qu’il a. Contre toute attente la magie existe, et Quentin devient étudiant, oubliant sa vie de merde d’avant, se faisant de nouveaux amis et croyant trouver de quoi combler le vide qui le ronge. Mais rien n’est jamais si simple, et au fil des années, des amours et des cours rien ne semble satisfaire le jeune garçon. Alors quand il apprend que Fillory pourrait réellement exister, il plonge la tête la première, sans se demander si le problème ne venait pas tout simplement de lui.

La grosse thématique de The Magicians, c’est la dépression. Enfin, plutôt le vide, l’impuissance, ce truc qu’on ressent quand on est ado, où rien ne va, où l’on est jamais heureux. La plupart des adultes occultent ça, deviennent des zombies pour continuer à avancer. Mais Quentin croit à chaque fois tenir une échappatoire, plus de pouvoir, plus de sexe, plus d’aventures. The Magicians mixe Harry Potter avec Narnia, principalement, et va piocher à gauche et à droite. La première moitié du livre suit une structure narrative liée à l’école. Sauf que dans la vraie vie du monde réel, un ado ça a envie de baiser, ça a des sentiments, ça déprime et ça se rebelle. Dans le même ordre d’idée la magie conserve son mystère mais est cadrée par des règles précises, tout comme la place des magiciens dans le monde. Un worldbuilding en béton, de quoi poser de bonnes bases pour la suite.

La seconde partie du livre est plus étrange, virant clairement dans l’héroic fantasy après un interlude très jeunesse dorée qui s’emmerde, sniffe et baise pour oublier que la magie, ça sert à rien finalement dans la vraie vie. Mais toutélié dans un final poignant et franchement couillu, qui m’a fait comprendre à quel point je m’étais attaché aux personnages. Au final j’aurais dévoré les cinq cent pages de The Magicians, malgré le fait que le style merdoie de temps en temps, Grossman souffrant pour rendre ses scènes d’actions lisibles. La démarche de base de l’auteur me plait autant que le résultat, unique et vengeur vis-à-vis d’une des sagas les plus surévalué de la décennie. Sans parler d’un tas de concepts et de scènes vraiment cools ou bien trouvés. Où comment me retrouver dans un des rares cas où j’espère vraiment une suite.

J’en veux encore.