1266 – Book Review 219

A la fin des années 90, que je m’éveillais à la pop-culture, Kevin Smith était une icône. Le réalisateur fauché du génial Clerks en 1994 était devenu une des premières rock stars geek. J’avais commandé en import (avant internet) son nouveau film, Jay & Silent Bob Strikes Back, tandis que je suivais avec avidité ses scripts de comics sur Daredevil. Puis Smith a enchaîné les déconvenues au cinéma avec Jersey Girl, Zack & Mirri Make A Porno et le très faible Cop Out. Pendant ce temps-là, il foutait en l’air le personnage de la chatte noire pour toujours (en réécrivant qu’elle était ultra féministe et fatale parce que violée dans son enfance) sans pour autant terminer sa mini-série sur Bullseye. Depuis le début des années 2000, le public et les critiques se sont radicalisés. Les fans sont devenus des fanboys, les détracteurs des haters.

Avec son nouveau livre, Tough Sh*t, Smith nous livre sa version des faits, son plaidoyer, et autres morceaux choisis de sa vie ces 20 dernières années.

La première moitié du livre est consacrée à sa carrière cinématographique. Il y raconte, par ordre chronologique, sa découverte du cinéma, de la geek culture, le tournage de Clerks, sa rencontre avec la Miramax, Tarantino, ses films suivants, ses réussites et ses échecs. Le tout culminant sur le récit de la création de son dernier film autoproduit et autodistribué : Red State. Du petit lait pour moi qui avait principalement suivi l’histoire du point de vue des critiques, pas toujours tendres avec Smith, qui a la qualité (ou le défaut), de beaucoup l’ouvrir.

Car Smith est une des premières cyber-stars, à avoir compris l’intérêt d’internet, des forums, des podcasts et autres réseaux sociaux. Cette prime à l’ancienneté, et au talent bien sûr, a permis à Smith de gagner des centaines de milliers de fans purs et durs. Mais en s’exposant il a fatalement récupéré au moins autant de trolls et autres détracteurs un peu trop virulents. Pour survivre à ça, Smith a du se blinder de manière extraordinaire. Ce qui implique de sur-croire en soi-même, afin de traverser le champ de mines des critiques et d’internet. Forcément, sa version des faits est donc à son avantage, ce qui confortera ses fans et ses haters dans leurs propres convictions. En ce sens, Tough Sh*t prêchera forcément aux convaincus des deux bords et changera peu d’avis.

Le curieux d’Hollywood y trouvera tout de même des tonnes d’anecdotes sur la grande époque de la Miramax, sur le caractère de diva insupportable de Bruce Willis et sur les process de l’industrie cinématographique en général. Rien que pour ça, le bouquin vaut le coup.

Malheureusement, la seconde partie du livre est plus bordélique. Smith parle de ses activités de podcasteur, de son amour pour le stand up, de sa haine des compagnies aériennes ou encore de la rencontre avec sa femme. C’est le bordel, pour rester le poli. Peu construite, partant dans tous les sens, cette partie est beaucoup plus faible et n’intéressera guère que les fans du bonhomme. A titre personnel je regrette très fort qu’il manque tout une partie sur ses activités de scénariste de comics. Mais on ne peut pas tout avoir.

Tough Sh*t est à l’image de la carrière de Smith, mi-génial et mi-foiré à la fois. Dans tous les cas, je ne regrette pas ma lecture, puisque j’ai dévoré le truc en à peine trois jours. J’ai beau être moins fan qu’à une époque et moins hater qu’à une autre, c’était bien quand même.

BUY STAGE !!!

Bon, c’est quand même 19€.

1158 – Book Review 187

“If you’re trying to win Oscars YOU BOUGHT THE WRONG BOOK, BUSTER. We wrote that movie where the monkey slaps Ben Stiller.”

L’industrie du cinéma Américain est un monstre, une gigantesque machine dont le but premier est de faire de l’argent. Beaucoup d’argent. Le développement d’un film de studio (par opposition à indépendant) est un processus souvent long et douloureux, où chacun vient planter son bâton dans une roue qui ressemble déjà pas mal à un carré. A l’origine est le scénariste, celui qui va aider un studio à développer une idée ou apporter lui-même du matériel sur la table. En tant que niveau zéro de la chaîne de production, il est le premier à se faire virer quand quelque chose tourne mal. D’autant plus que ce ne sont pas les aspirants scribouillards qui manquent. Car n’importe quel crétin peut ouvrir Final Draft (comme Word, mais pour Hollywood, indispensable, sérieusement) et taper/imprimer une centaine de pages. Pas de qualifications nécessaires et très peu de moyen pour différencier les tocards des génies. Alors comment faire ? Commencez déjà par lire des livres, ou au moins un.

Writing Movies For Fun And Profit est le manuel ultime pour réussir à Hollywood.

Comment présenter son scénario, comment le démarcher, comment le vendre, comment se faire virer, comment se faire reembaucher et surtout quoi faire des montagnes de pognon qu’on gagne, tout est scrupuleusement expliqué.

Robert Garant et Thomas Lennon ont écrit des tonnes de films pourris. La nuit au musée 1 et 2, c’est eux. Le remake US de Taxi, c’est leur faute. Babysittor avec Vin Diesel, coupables. Et ainsi de suite. Leur principal talent n’est effectivement pas de gagner des oscars, mais celui de rester en vie à Hollywood et de continuer à trouver du travail en tant que scénariste. Car la majorité des films US qui sortent au cinéma ont été réécris une douzaine de fois, par une douzaine de personnes. Minimum. Entre le producteur, le studio, le marketing, les acteurs, tout le monde à son mot à dire, réclame tel ou tel changement. Les scénaristes d’origine doivent massacrer leur vision originelle, tandis que d’autres écrivaillants sont greffés au projet. Ce processus est une des raisons de l’uniformisation et de la médiocrité de la production filmique américaine. Mais c’est aussi le jeu. Et pour continuer à jouer il faut connaître et suivre les règles.

WMFFAP couvre beaucoup de terrains au fil d’une trentaine de chapitres. On y apprendra comment courtiser un agent, comment formater son texte suivant le studio à qui on l’envoie, quel importance le studio vous accorde suivant le parking que l’on vous attribue pour les réunions, comment se retenir d’éclater l’exécutif qui massacre votre travail, comment supporter les stars sans talent, comment se faire virer avec dignité et se faire réembaucher par la suite. Les anecdotes fusent et le livre devient rapidement un mémoire sur le métier de scénariste à Hollywood plutôt qu’un livre d’astuces. Si jamais vous vous intéressez à l’industrie du cinéma, au scénario ou si vous avez le moindre début de prétention de critique ou d’amateur de films, vous DEVEZ lire WMFFAP. Je ne dis pas ça pour déconner. La majeure partie des gens ne savent pas de quoi ils parlent quand ils l’ouvrent sur ce métier ou sur le cinéma américain en général. La réalité n’est ni glamour, si simple.

Garant et Lennon sont lucides. Ils savent ce qu’on pense de leurs films et surtout ils arrivent à expliquer comment leur scénario de base en est arrivé là. Bien sûr qu’ils aimeraient écrire des scripts à forte valeur artistique et gagner plein d’oscars. La réalité des faits est que ce n’est pas possible pour eux, pas pour l’instant. Alors, à défaut, ils écrivent pour le fun et le profit, avec ce que ça implique de concessions, d’humiliations mais aussi de victoires.

Writing Movies For Fun And Profit est un bouquin hilarant, qui fourmille d’anecdotes et points de détails croustillants. On y trouvera aussi des exemples de scripts et de traitements qu’ils ont réellement écrits pour les studios. Mine d’or pour les plus sérieux d’entre vous. Au minimum, en le lisant, non seulement vous vous marrerez mais vous vous coucherez moins cons.

Une vraie lecture indispensable. Vraiment. Lisez-le je déconne pas.

BUY STAGE !!!

Oui, ça coûte 17€, mais c’est couverture cartonnée et tous les profits vont à une association.

1155 – Book Review 186

La science ! Les clones ! Deux passions personnelles. Les plus attentifs se souviendront par exemple que Le Reilly, c’est un pseudonyme de clone d’araignée. Sinon on peut parler de la vague de films de clones qu’on a eu pendant quelques années, du Sixième Jour jusqu’à The Island (notez qu’on a progressé en qualité avec le temps). Le sujet est riche, pouvant servir tant à des questionnements existentialistes que pour produire des thriller à base d’échange d’identité. Ou pour faire un Star Wars aussi pourri que son titre. Toujours est-il que ça fait un moment qu’on a pas parlé de clones. La vraie vie s’est contentée d’un mouton tandis que l’industrie culturelle est passée à autre chose. Jusqu’à la sortie d’un livre l’année dernière au titre aussi improbable que fabuleux : How To Defeat Your Own Clone. Je l’ai acheté sans même chercher à savoir de quoi ça parle. LE POUVOIR DES MOTS.

Si vous lisez Variety (vous devriez, c’est pas super sexy mais c’est intéressant), vous penseriez que How To Defeat Your Own Clone est un thriller cynique. Parce qu’il a été optionné par Hollywood qui veut en faire un film. C’est que ça doit prendre aux tripes, que le concept est aussi cool que l’exécution. C’est un peu ce que je me suis dit. Et là, gros frein dans la gueule. En fait, HTDYOC est un bouquin de vulgarisation scientifique écrit par des professeurs d’université. Le truc qui se rapproche le plus d’une histoire c’est l’historique de la découverte de l’ADN, de son séquençage et de ce qu’on peut faire avec. Non mais vous barrez pas, parce que le livre est malgré tout super intéressant. Principalement à cause de son traité complètement débile et science-fictionnesque de vraies questions. D’autant plus que le titre ne ment pas. Une fois au bout de HTDYOC, vous aurez eu tous les conseils et astuces possibles pour vaincre votre propre clone.

Par exemple, on vous martèlera que, jumeau ou clone, personne ne peut avoir les mêmes empreintes digitales. C’est IMPOSSIBLE.

Dans ta gueule Hollywood.

How To Defeat Your Own Clone va s’employer à définir avec précision la notion de clone et la faisabilité de sa création. De Dolly à l’humain, tous les cas de figure sont envisagés et tous les clichés du genre passés à la moulinette. On parle de vieillissement accéléré, de copie des souvenirs, de défauts génétiques, des traits acquis et innés. Ensuite tout un chapitre est dédié aux améliorations génétiques possibles que nous réserve le futur. Au cas où votre propre clone en soit équipé et pas vous. Enfin le dernier quart du livre s’emploie à répertorier tous les conflits possibles avec son double génétique. S’il essaie de vous voler votre vie, s’il vous fait accuser à sa place, s’il est plus jeune et veut se battre physiquement contre vous, etc… La plupart des cas de figure sont passés en revue et avec ça, vous devriez être parés à toute attaque.

Surtout, vous vous coucherez moins cons, en sachant beaucoup plus sur le corps humain, la génétique et l’état des sciences à l’heure actuelle et dans un futur proche. Je décerne à How To Defeat Your Own Clone la médaille de validation Fred & Jamie. Ca veut dire que si ça vous branche, je vous le recommande.

Sinon attendez l’adaptation ciné. Qui n’aura plus rien à voir avec le truc à priori. Sacré Hollywood.

BUY STAGE !!!

Mangez-en, ça fortiera le cerveau de votre clone.