A la fin des années 90, que je m’éveillais à la pop-culture, Kevin Smith était une icône. Le réalisateur fauché du génial Clerks en 1994 était devenu une des premières rock stars geek. J’avais commandé en import (avant internet) son nouveau film, Jay & Silent Bob Strikes Back, tandis que je suivais avec avidité ses scripts de comics sur Daredevil. Puis Smith a enchaîné les déconvenues au cinéma avec Jersey Girl, Zack & Mirri Make A Porno et le très faible Cop Out. Pendant ce temps-là, il foutait en l’air le personnage de la chatte noire pour toujours (en réécrivant qu’elle était ultra féministe et fatale parce que violée dans son enfance) sans pour autant terminer sa mini-série sur Bullseye. Depuis le début des années 2000, le public et les critiques se sont radicalisés. Les fans sont devenus des fanboys, les détracteurs des haters.
Avec son nouveau livre, Tough Sh*t, Smith nous livre sa version des faits, son plaidoyer, et autres morceaux choisis de sa vie ces 20 dernières années.

La première moitié du livre est consacrée à sa carrière cinématographique. Il y raconte, par ordre chronologique, sa découverte du cinéma, de la geek culture, le tournage de Clerks, sa rencontre avec la Miramax, Tarantino, ses films suivants, ses réussites et ses échecs. Le tout culminant sur le récit de la création de son dernier film autoproduit et autodistribué : Red State. Du petit lait pour moi qui avait principalement suivi l’histoire du point de vue des critiques, pas toujours tendres avec Smith, qui a la qualité (ou le défaut), de beaucoup l’ouvrir.
Car Smith est une des premières cyber-stars, à avoir compris l’intérêt d’internet, des forums, des podcasts et autres réseaux sociaux. Cette prime à l’ancienneté, et au talent bien sûr, a permis à Smith de gagner des centaines de milliers de fans purs et durs. Mais en s’exposant il a fatalement récupéré au moins autant de trolls et autres détracteurs un peu trop virulents. Pour survivre à ça, Smith a du se blinder de manière extraordinaire. Ce qui implique de sur-croire en soi-même, afin de traverser le champ de mines des critiques et d’internet. Forcément, sa version des faits est donc à son avantage, ce qui confortera ses fans et ses haters dans leurs propres convictions. En ce sens, Tough Sh*t prêchera forcément aux convaincus des deux bords et changera peu d’avis.
Le curieux d’Hollywood y trouvera tout de même des tonnes d’anecdotes sur la grande époque de la Miramax, sur le caractère de diva insupportable de Bruce Willis et sur les process de l’industrie cinématographique en général. Rien que pour ça, le bouquin vaut le coup.
Malheureusement, la seconde partie du livre est plus bordélique. Smith parle de ses activités de podcasteur, de son amour pour le stand up, de sa haine des compagnies aériennes ou encore de la rencontre avec sa femme. C’est le bordel, pour rester le poli. Peu construite, partant dans tous les sens, cette partie est beaucoup plus faible et n’intéressera guère que les fans du bonhomme. A titre personnel je regrette très fort qu’il manque tout une partie sur ses activités de scénariste de comics. Mais on ne peut pas tout avoir.

Tough Sh*t est à l’image de la carrière de Smith, mi-génial et mi-foiré à la fois. Dans tous les cas, je ne regrette pas ma lecture, puisque j’ai dévoré le truc en à peine trois jours. J’ai beau être moins fan qu’à une époque et moins hater qu’à une autre, c’était bien quand même.
BUY STAGE !!!

