710 – Cine Club 91

Ca y est, Jennifer’s Body sort enfin en galette chez nous. La dernière fois je vous avais expliqué par A plus B en quoi la campagne marketing était malvenue et avait contribué à l’échec du film à travers le monde. Aujourd’hui je vais en rajouter une couche en vous expliquant pourquoi, en fait, Jennifer’s Body est un très bon film. Toute la presse attendait de Diablo Cody, la scénariste de Juno, un nouveau film super malin, super bien écrit et qui flatte le public Télérama. Ce qu’ils ont cru avoir à l’arrivée c’est un bête film de possession, un slasher semi-gore, semi-sexy. Vite vu, vite oublié dans le meilleur des cas. D’où pas mal de déceptions à l’arrivée, ou des gens moyennement convaincus qui me disent que j’ai un peu fumé, que j’aurais laissé mon adoration pour Megan et Amanda m’aveugler (ce qui ne serait pas impossible). J’ai déjà argumenté sur pourquoi le film est l’histoire de la vengeance d’une faire valoir et pourquoi Jennifer n’est que le personnage secondaire. Cette fois-ci je vais vous dire en quoi la quasi-totalité des critiques ciné n’a pas compris le film, en quoi Jennifer’s Body est cent fois plus couillu et profond dans ses thématiques que Juno.

Petit avertissement, je vais pas mal déflorer l’intrigue et décortiquer le scénario. Même si j’espère vous donner envie de voir le DVD, ça va spoiler et faire des tâches. Prenons l’origine du monstre, enfin de la possession. Jennifer est sacrifiée lors d’un rituel satanique par un groupe de rock qui vend son âme contre la gloire, la coke et les putes. L’idée est décalée et cool (pas si loin de la vérité, niveau vendre son âme pour réussir), la scène ridicule et flippante à la fois rend bien. Mais le rituel tourne mal et Jennifer finit possédée par un démon très carnassier. Pourquoi ça merde ? Parce que le rituel demandait une vierge et que Jennifer ne l’était pas. Sauf qu’elle a menti pour plaire au boys band et se retrouve bien punie. Habituellement, dans les films d’horreur, c’est la pucelle qui ne meurt pas (logique machiste puritaine, cliché du genre). Ici si Jennifer avait assumé d’être une salope, ils ne l’auraient pas sacrifié (assumer sa vie sexuelle, féministe et retournement du cliché, très malin). Voilà un des multiples exemples de l’intelligence de Diablo Cody. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Jennifer’s Body est avant tout un film sur les ravages d’une homosexualité refoulée.

Quand Evil Jennifer’s s’habitue a son nouveau statut de possédée, elle finit par ne plus vouloir bouffer que les mecs qu’apprécie Needy, sa meilleure amie. Quand la jeune blonde avoue apprécier l’émo-gothique, Jennifer fait volte face et va draguer ouvertement le garçon qu’elle a méprisé deux minutes plus tôt. Puis quand Needy la rejette, elle décide de s’attaquer au petit ami de sa meilleure copine, autant parce qu’elle est en colère d’avoir été repoussée que pour éliminer la concurrence. Ca y est, on touche le point sensible, l’éléphant dans la pièce. Jennifer est amoureuse de Needy, sentimentalement et charnellement. Comme ce sentiment n’est pas réciproque, elle va du coup s’attaquer à tous les autres objets de l’affection de sa meilleure amie, pour qu’il ne reste plus qu’elle et elle seulement. Et quand on y repense, juste avant la fameuse scène du baiser lesbien entre les deux filles, Jennifer vient d’avouer à Needy qu’elle est possédée par un démon et qu’elle est la responsable des meurtres. Dites, ça ressemblerait pas à une métaphore de coming out ça ?

Jennifer débarque chez Needy, lui avoue tout, son pire secret, parce que « tu es ma meilleure amie », qu’elle lui dit avant de l’embrasser et de commencer à lui agripper les fesses. Libérée de son « secret », elle tente de vivre ses désirs, non partagés. D’où le rejet, d’où l’attaque du petit copain. Mais reprenons les indices dans l’ordre, parce que je ne vous sens pas hyper convaincus. L’intro du film nous apprend que Jennifer se fout des mecs, n’a jamais été amoureuse d’un garçon, joue juste avec. Tiens tiens… Ensuite on a le flashback sur l’enfance des deux filles, où déjà Jennifer domine mentalement Needy, une manière refoulée de manifester ses sentiments vu qu’à l’époque les enfants n’ont pas de notion de faire valoir ou de sexualité. D’un seul coup, les choix de meurtres, toute la logique castratrice de Jennifer dans son moyen d’attirer les mecs à l’écart, le coming out sur sa nature démoniaque et enfin le fait qu’elle se retourne contre Needy au final, tout s’explique putain !

Remettons à présent tout ça dans le contexte de la vraie vie. Diablo Cody était strip-teaseuse avant d’être scénariste. Son crédo c’est le féminisme, le droit des femmes, le jouissez sans entrave et faire tomber les taboux. Même que c’est pour ça que la presse l’adore. C’est con, au lieu de faire les moutons ils auraient pu se pencher sur l’œuvre, qui se tisse bel et bien de film en film. De là à dire que le critique moyen se branle sur la forme et non le fond et pour qui un film de genre ne vaudra jamais une branlette indé… Car au final, que nous apprend Jennifer’s Body ? Que ne pas assumer sa vie sexuelle fait de nous une victime des hommes et que trop refouler ses sentiments homosexuels peut conduire droit à la catastrophe. Juno nous expliquait que l’avortement n’est pas toujours une solution et que, heu… les gamines c’est trop intelligent. Alors, des deux, lequel est le plus subtil et le plus osé ?

Voilà. C’est ce que je me tue à dire.
En plus c’est bien joué, bien réalisé, fun, gore, sexy et complètement sans prise de tête au premier degrès. Que demande le peuple ? Des DVDs (et des bons journalistes aussi, mais on peut pas tout avoir).

696 – Cine Club 88

Mercredi dernier sortait The Wolfman, ou comment Universal tente de relancer son catalogue de monstres classiques. Le film aura été retourné, remonté plusieurs fois, engueulades et compagnie. Normal que le résultat soit relativement moche, enfin, disons que c’est sympa mais pas top. Sachant qu’à titre personnel revenir aux origines une fois de plus ça me les brise menu. Pourtant je suis fan absolu du loup-garou comme créature mythologique. Trop peu exploité, le monstre peut revêtir un tas de formes et se prête à des métaphores et autres considérations psycho beaucoup plus denses qu’un vampire (owi la jeunesse, l’immortalité, la séduction trop profooond). A l’occasion on parlera du Loup-garou de Londres, qui est un film avec lequel faut pas déconner. Mais sinon, on peut faire du werewolf complètement bourrin et crétin avec trois centimes et obtenir un résultat plus que classieux. Aujourd’hui on va parler du petit film classe qu’est Dog Soldiers.

Une des affiches les plus cheap de tous les temps, ever.

La campagne anglaise, c’est de la merde. Non seulement il pleut, y’a du brouillard et il fait froid, mais si tu pars camper avec ta meuf, tu te fais dévorer tout cru. Quelques jours plus tard, une team de soldats britanniques font un exercice à balles réelles dans la même forêt (don’t ask). C’est peu avant la tombée de la nuit qu’ils tombent sur un soldat d’un autre commando dont il est le seul survivant. L’homme peine à être cohérent et alors que nos bleusailles tentent de le ramener à la voiture, ils se retrouvent attaqués par des gros loups et forcés d’aller se refugier dans une cabane au milieu d’une clairière. Là bas ils subissent les assauts quasi ininterrompus de ce qui s’avère être une bande de loups-garous qui ont sérieusement la dalle. Pour l’escouade de soldats, le survivant et une scientifique récupérée au passage, leur seule chance de survie consiste à tenir le siège jusqu’au l’aube, dans l’espoir que les werewolves reprennent forme humaine.

Bon, en gros, Dog Soldiers c’est Aliens dans la campagne anglaise avec des loups. Ici on ne se pose pas la question de l’historique de la maladie ou du virus de sa mère je sais pas quoi. Y’a juste des loups garous, ils ont faim, et puis voilà. Parce que les bases, dans l’horreur, c’est efficace. Derrière la caméra, Neil Mashall réalise son premier film avant son premier vrai succès international que sera The Descent. Mais déjà Dog Soldiers était bien burné, avec des décapitations, du sang qui gicle et des bidasses qui jurent en anglais. Comme la production n’a pas de thune, les loups sont presque toujours des costumes ou animatronic, le charme discret des poupées géantes permet au film de ne pas avoir vieilli. Alors oui, ça casse pas trois pattes à un canard, mais pour une production européenne à petit budget, ça défonce.

Puis le design des monstres dans celui là, bah il est cool. Avec en mention spéciale tous les twists bien débiles sur la fin et une énième resucée du « Bon on a un mec dans l’équipe qui a été mordu, qu’est-ce qui pourrait nous arriver d’affreux si on le bute pas ? ». Bête, méchant et drôle, Dog Soldiers, c’est la classe du samedi en deuxième partie de soirée.

Demain, je sais pas du tout de quoi on parlera.

CHEAP TRAILER STAGE !!!

Dieu que ce trailer est cheap… C’est honteux.

659 – Book Review 109

En 2001, David Wong s’emmerde dans un job de bureau sans intérêt. Alors il écrit une histoire dans laquelle lui et un de ses amis affrontent un monstre fait de viande crue agglomérée. Un mail plus tard et ses potes la lisaient, la faisait tourner. Motivé par les bons retours, Wong écrit un nouveau chapitre, puis un autre. Il colle le tout sur l’interweb, plus pratique pour partager. C’est alors que, oh mon dieu, des inconnus viennent lire les aventures de David et John, réunies sous le titre John Dies @ The End. Le buzz monte dans l’interweb littéraire ricain, et on propose à Wong d’éditer une première version de sa websérie. La première édition est introuvable, vendue jusqu’au dernier exemplaire. Un des bouquins se retrouve sur la table d’un producteur d’Hollywood qui achète les droits en 2008 pour en faire un film. Puis c’est un gros éditeur qui débarque et propose à Wong de rééditer John Dies @ The End, mais à plein d’exemplaires, couverture cartonnée et compagnie.

La nouvelle édition débarque en librairie à l’automne 2009. La blogosphère ricaine est en ébullition. Oui, parce que là-bas on respecte et on admire les success stories, ces petites gens partis de rien qui sont à présent pétés de pognon. Le livre est, parait-il, gore, trash et hilarant. Une vraie perle m’assure Aint It Cool News. En fait, j’étais vendu rien que sur le titre, qui me fait encore marrer maintenant. Puis le fait qu’un truc gratuit, lu par 70 000 personnes puisse être racheté, je trouve ça beau. C’est le genre de choses qui ne pourrait jamais arriver chez nous. Pas a si grande échelle. Au final le livre est un sacré pavé, pas loin de 400 pages écrites en tout petit. Une vraie plaie à lire en fait. Et pas seulement à cause de la police de caractères. Le problème c’est que malgré toutes les recommandations, malgré le conte de fée derrière le roman, je m’y suis emmerdé et paumé à de nombreuses reprises.

On sent que l’histoire est écrite au fil de la plume. Dave et John découvrent une drogue qui permet de voir des démons et autres fantômes, et doivent du coup aller à Las Vegas boucher une porte dimensionnelle, puis après y’a un chien qui parle, des moucherons de l’enfer, des clones maléfiques, des univers alternatifs et compagnie. Et là je simplifie. Parce que le pavé recoupe plusieurs histoires, avec les mêmes personnages. Comme si on avait trois volumes d’un coup, mais déséquilibrés, et racontés d’une traite. Alors ouais, y’a de très bonnes phases, on rit souvent. Ouais, certaines scènes sont un génie d’absurdité et de vision d’horreur. Mais tout ça manque cruellement de structure et de liant. Il faudrait couper dans le gras, virer une bonne centaine de pages et recoudre derrière. J’ai tout lu et je suis pas certain d’avoir pigé de quoi ça parlait, enfin de quoi ça parlait vraiment. Puis surtout, je me sens roulé. Parce qu’à la fin, John, bah il meurt même pas.

Normal, un second tome est en préparation ! La bonne nouvelle, c’est que cette fois ce ne sera pas l’impression d’une web série mais un bloc écrit d’un coup, à part. Qui sait, je me laisserai peut-être reprendre, en espérant que John crève cette fois ci (et surtout que je mette pas un mois à peiner pour arriver au bout du bouzin).

Demain, ciné !