889 – Book Review 147

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Non seulement je lis Rue 89, mais je les écoute. L’erreur du débutant. Clairement. Il y a deux mois, ils publiaient un papier avec des conseils de libraires pour passer l’été le nez dans les bouquins. Les trois quarts des recommandations avaient l’air chiantes à en crever. Seulement, au milieu, la perle rare. C’est comme ça que je suis tombé sur The Swap, d’Antony Moore. Un roman anglais récemment traduit chez nous. Je l’ai recroisé au détour des étals des librairies. Tout l’été il a trôné en vitrine d’une boutique de la rue de la Roquette. Alors je me suis décidé, j’ai passé commande. Mauvaise pioche, puisqu’un peu moins de trois cent pages plus loin j’avais envie de jeter le bouquin à travers la rame du TGV. En réalité, ça faisait longtemps que je n’avais pas été aussi enragé sur les dix dernières pages d’un roman, bouffi par la colère.

JEU ! Toi aussi devine quelle est la couverture française !

Harvey est propriétaire d’un petit magasin de comics à Londres. Bedonnant et plein de mauvaises habitudes, il assiste chaque année à la réunion de ses camarades d’école. Chaque fois il espère croiser « Bleeder », le gamin un peu spécial et toujours martyrisé de l’époque. Dans une tentative de paraître sympa avec le paria, Harvey lui avait échangé plus de vingt ans plus tôt un Superman #1 contre un bête tube en plastique. Cet échange aura hanté l’adulte qu’Harvey est devenu. Alors quand cette année, Bleeder assiste à la réunion, il ne peut s’empêcher de savoir s’il a encore le comic, qui vaut à présent plusieurs centaines de milliers de livres. Apprenant du coup que le Superman #1 est toujours dans la maison d’enfance du garçon, Harvey prend son courage à demain et décide de s’en emparer par effraction. Pas de chance, en plus du comic, il trouve la mère de Bleeder, égorgée dans la cave.

En gros, The Swap c’est une comédie noire. On a un meurtre, une petite ville de campagne, une femme fatale, des secrets enfouis et un héros balourd un peu pathétique. Le rythme est un peu lent mais on se passionne vite pour l’enquête. Les twists sont bien foutus et on se paye une ou deux scènes de cul pas dégueulasses. SAYSUPER ! Sauf que les dix dernières pages viennent tout gâcher. En même temps je l’avais vu venir gros comme une maison. Juste avant la fin, Harvey est un homme heureux : il a la confession du meurtrier, la femme fatale et est potentiellement très riche. Sauf qu’on est dans une « comédie noire », et par une suite semi invraisemblable de quiproquos et raccourcis scénaristiques, notre héros se retrouve accusé du meurtre, pauvre et abandonné. QUE C’EST IRONIQUE ! S’exclame l’auteur Antony Moore, derrière sa barbe de sadique. Car non, ce n’est pas drôle. J’ai détesté.

Pour moi, cette fin m’a semblée aussi cheap que cruelle. Or le personnage de Harvey est déjà pathétique, lâche, petit. C’est un pauvre type et il ne mérite pas une seule seconde ce qui lui arrive. Non seulement le revirement était attendu mais il m’a foutu un peu la gerbe. Je ne suis pas un fasciste du happy end, mais je suis pour la cohérence interne. A aucun moment Harvey ne mérite d’avoir sa vie foutue en l’air à ce point, avec autant de sadisme aveugle. C’est gratuit, c’est un effet de manche cheap. Et ça m’a pourri le bouquin. J’étais en colère. Putain de livre de merde.

La prochaine que quelqu’un me demandera pourquoi je fais pas vivre le petit commerce en achetant en ligne, pourquoi je me fie à des critiques et des moyennes de notes pour dénicher des bouquins au lieu de tisser des liens privilégiés et complices avec mon librairie de quartier, bah je lui jetterai The Swap à la gueule. De toutes mes forces.

Le fu.

857 – Comic Review 05

A cause de vous je suis pauvre. Comme je me suis mis en tête de vous parler de BD cools bah j’en achète. Et j’ai passé la semaine entière à me déplacer à pied et manger des pates. Je ne déconne pas. J’ai même du emprunter un euro pour me payer du lait pour mettre dans mes chocapics. Notez l’effort. Tout ça pour (entre autre) acheter le premier volum de Chew. Ca sort chez Image Comics, le plus gros éditeur indépendant des Us of A qui a l’avantage de proposer tout et n’importe quoi et le défaut de proposer… bah tout et n’importe quoi. Pas de gammes, pas de ligne éditoriale, c’est le foutoir. De temps à autre un titre vient s’élever au dessus de la masse à force de critiques spectaculaires et de bonnes ventes. C’est le cas de Chew, qui vient de gagner l’Eisner Award de la meilleure nouvelle série, en plus d’avoir été optionné pour une adaptation TV et confirmé en tee chez Threadless à la fin de l’été.

Le détective Chu est l’un des trois seuls cibopathes au monde. Cela signifie qu’il est capable de sentir l’historique de ce qu’il mange. Dans le cas d’un fruit il sait où il a poussé et à quels pesticides il a été exposé. Dans le cas d’un steak ça va jusqu’aux souvenirs de l’abattoir. Forcément Chu ne mange plus que des radis, seul aliment qui n’active pas son pouvoir. A cause de son don particulier, Chu est transféré dans un département spécial de la répression des fraudes qui s’occupe du trafic de poulets. La grippe aviaire ayant fait des millions de victimes à travers les Etats-Unis, la viande de poulet est strictement prohibée. Chu et son nouveau coéquipier doivent donc faire face aux trafiquants Yakuza et à la petite criminalité dans leur quête de justice, même si cela implique parfois d’aller mâchonner un bout de cadavre pour découvrir la vérité. Bien qu’il semble que toute cette affaire les dépasse et que la fameuse grippe aviaire n’est pas ce que les autorités veulent faire croire.

J’ai une admiration sans bornes pour les concepts barrés. Chew c’est quand même une BD sur flic qui bouffe des gens pour trouver des indices. Et ça fonctionne, car écrit sur le mode de la blague. Tout l’univers de Chew est barré et peuplé de personnages complètement fous. On a le coéquipier obèse qui se bat avec des shurikens, la critique gastronomique avec des supers pouvoirs et toute cette histoire de mafia du poulet. J’ai souvent ri à la lecture du premier volume, qui enchaine les aventures en vingt pages tout en développant tout doucement un fil rouge et une plus large conspiration. Seul le scénariste a un peu de bouteille sur des titres (plus ou moins) mineurs de chez Marvel tandis que le dessinateur signe là sa première série chez un gros éditeur. Le trait n’est pas toujours bien assuré mais le style cartoon camoufle sans peine les quelques défauts de jeunesse. J’ai dévoré (pun intended) le premier volume de Chew en une soirée et je me tâte déjà pour en reprendre (pun intended).

Le premier numéro du comic avait été réimprimé quatre fois avant de finir gratos en bonus dans un numéro de Walking Dead, ce qui en fait un vrai succès surprise de chez Image. Entre les récompenses et les producteurs de Walking Dead (la série TV) derrière, je suis certain que je (et par extension vous) n’avez pas fini d’entendre parler de Chew.

Volume 1 et Volume 2 disponibles en VO, recueil grand format pour la fin aout. Traduction française dans pas trop longtemps à priori.

713 – Book Review 118

J’aime bien Philipe Jaenada. Déjà physiquement, genre la barbe de trop de jours, le côté massif mais dont t’as pas envie qu’il t’en colle une quand même. Puis j’ai bien aimé le bout de texte qu’il a lu la dernière fois, au Litterary Death Match. Rendre intéressant l’histoire d’un mec qui se fait refouler d’un Hippopotamus, ça reste une gageure. Du coup je me suis dit que j’aurais aimé savoir si j’aurais aimé Philipe Jaenada auteur. Mais le bonhomme a publié une demi douzaine de bouquins et je ne savais pas où commencer. Et comme on n’est jamais mieux servi que par les autres, je suis parti toquer à son Facebook pour lui demander, « Mr, par où je commence ? ». Trop aimable, il m’a conseillé de démarrer par le début, ou la fin. Comme je suis impatient, j’ai chopé le dernier opus du monsieur, un poche au titre improbable.

J’adore la couverture de l’édition normale ceci étant dit. Très bon.

Plage de Manaccora, 16h30 a un pitch qui tient en une phrase. Démonstration. C’est l’histoire d’une famille en vacances en Italie qui se retrouve pris au piège sur une plage par un incendie de forêt. Voilà, c’est tout. De loin ça pourrait ressembler à un mauvais Foenkinos (pléonasme), ou tout autre parodie de roman français. On a une trame timbre poste, prétexte à une exploration des sentiments du narrateur bla bla bullshit. Même que la pagination galère pour attendre les deux cent pages qui permettent de faire genre c’est un vrai livre. Au bout de vingt pages j’étais prêt à jeter le truc à travers la pièce en hurlant que la littérature française de toute façon c’est de la merde et puis c’est tout ! Sauf que non, en fait. Parce que Jaenada sait magner la plume. L’ennui disparait aussi vite qu’il était venu, laissant place à un texte plein d’humour et d’humanité.

Okay humanité ça fait un peu grandiloquent balancé comme ça en fin de paragraphe. Et pourtant. L’incendie et l’inexorable fuite en avant de cette famille en détresse n’est que prétexte pour empiler digressions et anecdotes les unes sur les autres (où comment retomber dans l’Hippopotamus). On y croit, à ces états d’âmes, qu’on soupçonne frôler le réel d’assez près. Même que si j’étais papa quadra écrivain bedonnant je suis certain que je m’y retrouverai à fond. Puis on a l’humour, aussi. Les ressors sont potaches, à renfort de réflexions un peu débiles dans des parenthèses (elles même dans d’autres parenthèses, jusqu’à quatre niveau, c’est insolent). Le tout étant résumé dans ma phrase préférée, après une interminable apparté : « (C’était un peu long à raconter, mais ça ne m’a occupé l’esprit que deux secondes – d’où la longueur des livres) ». Bonne vanne, ça se respecte. Tout comme les multiples références à Pokemon.

En fait Plage de Manaccora, 16h30, ça serait une sorte de roman français à chier sur le principe mais très réussi sur le papier. On rit, on mélancolise et on le boucle avant que l’ennui ne s’installe vraiment. Du coup, faudra que j’en lise un autre.

Demain on causera de pourquoi je cause pas tant que ça de comics.