1019 – Cine Club 110

Avec Pimp, on surveille autant que possible la production mondiale de dessins animés. Si on était des branleurs de marketeux, on dirait qu’on fait de la veille. En vrai ça consiste surtout à se refiler des liens de news, bandes annonces ou sorties de séries ou films qui tardent à venir jusque chez nous. Souvent, on se retrouve le dimanche après-midi à manger des petits gâteaux trempés dans du café devant le dernier direct to dvd Batman. Et c’est en partie pour ça qu’on est plus heureux que vous. D’une parce qu’on regarde des dessins animés avec nos yeux d’adultes mais qu’on les apprécie avec nos cœurs d’enfant. De deux parce qu’on est pas seuls, qu’on se fait tourner les bons plans et qu’on partage. Comme vous êtes un peu la famille, vous méritez que je vous parle de Firebreather.

Avant d’être un film Cartoon Network, Firebreather c’était un comic de chez Image, le plus gros label indépendant américain. Phil Hester, scénariste star de DC Comics invente Duncan, un adolescent avec un gros problème : si sa mère est on ne peut plus normale, son père est le roi de Kaiju, une ancienne race de dragons. Vous ne voulez pas savoir comment s’est opérée la conception. Tiraillé entre son envie d’être normal et son héritage de monstre géant cracheur de feu, Duncan lutte pour vivre sa vie de lycée. Forcément il se fait harceler par le connard de service, forcément il est amoureux de la plus jolie fille de l’école mais heureusement il est forcément épaulé par un couple d’amis un peu freaks.

L’adaptation TV suit le comic dans les grandes lignes, en version un peu plus soft néanmoins. Au niveau des empalements par griffes de dragon déjà. Graphiquement aussi, vu que budget TV oblige, la 3D est globalement pauvre et les personnages sont parfois un peu trop raides. Le style global rattrape les défaillances de budget et la réalisation dynamise l’ensemble. J’ai passé mon dernier dimanche aprem de vacances à boulotter du Nutella devant Firebreather et je ne peux qu’espérer la production d’une série régulière. Le film est super bon esprit, cool, plaisir simple de l’ado en moi qui aime les jeunes timides avec les filles et les dragons. Parfait pour commencer l’année.

Moar please.
Sinon je peux toujours relire le comic.

TRAILER STAGE !!!

857 – Comic Review 05

A cause de vous je suis pauvre. Comme je me suis mis en tête de vous parler de BD cools bah j’en achète. Et j’ai passé la semaine entière à me déplacer à pied et manger des pates. Je ne déconne pas. J’ai même du emprunter un euro pour me payer du lait pour mettre dans mes chocapics. Notez l’effort. Tout ça pour (entre autre) acheter le premier volum de Chew. Ca sort chez Image Comics, le plus gros éditeur indépendant des Us of A qui a l’avantage de proposer tout et n’importe quoi et le défaut de proposer… bah tout et n’importe quoi. Pas de gammes, pas de ligne éditoriale, c’est le foutoir. De temps à autre un titre vient s’élever au dessus de la masse à force de critiques spectaculaires et de bonnes ventes. C’est le cas de Chew, qui vient de gagner l’Eisner Award de la meilleure nouvelle série, en plus d’avoir été optionné pour une adaptation TV et confirmé en tee chez Threadless à la fin de l’été.

Le détective Chu est l’un des trois seuls cibopathes au monde. Cela signifie qu’il est capable de sentir l’historique de ce qu’il mange. Dans le cas d’un fruit il sait où il a poussé et à quels pesticides il a été exposé. Dans le cas d’un steak ça va jusqu’aux souvenirs de l’abattoir. Forcément Chu ne mange plus que des radis, seul aliment qui n’active pas son pouvoir. A cause de son don particulier, Chu est transféré dans un département spécial de la répression des fraudes qui s’occupe du trafic de poulets. La grippe aviaire ayant fait des millions de victimes à travers les Etats-Unis, la viande de poulet est strictement prohibée. Chu et son nouveau coéquipier doivent donc faire face aux trafiquants Yakuza et à la petite criminalité dans leur quête de justice, même si cela implique parfois d’aller mâchonner un bout de cadavre pour découvrir la vérité. Bien qu’il semble que toute cette affaire les dépasse et que la fameuse grippe aviaire n’est pas ce que les autorités veulent faire croire.

J’ai une admiration sans bornes pour les concepts barrés. Chew c’est quand même une BD sur flic qui bouffe des gens pour trouver des indices. Et ça fonctionne, car écrit sur le mode de la blague. Tout l’univers de Chew est barré et peuplé de personnages complètement fous. On a le coéquipier obèse qui se bat avec des shurikens, la critique gastronomique avec des supers pouvoirs et toute cette histoire de mafia du poulet. J’ai souvent ri à la lecture du premier volume, qui enchaine les aventures en vingt pages tout en développant tout doucement un fil rouge et une plus large conspiration. Seul le scénariste a un peu de bouteille sur des titres (plus ou moins) mineurs de chez Marvel tandis que le dessinateur signe là sa première série chez un gros éditeur. Le trait n’est pas toujours bien assuré mais le style cartoon camoufle sans peine les quelques défauts de jeunesse. J’ai dévoré (pun intended) le premier volume de Chew en une soirée et je me tâte déjà pour en reprendre (pun intended).

Le premier numéro du comic avait été réimprimé quatre fois avant de finir gratos en bonus dans un numéro de Walking Dead, ce qui en fait un vrai succès surprise de chez Image. Entre les récompenses et les producteurs de Walking Dead (la série TV) derrière, je suis certain que je (et par extension vous) n’avez pas fini d’entendre parler de Chew.

Volume 1 et Volume 2 disponibles en VO, recueil grand format pour la fin aout. Traduction française dans pas trop longtemps à priori.

821 – Comic Review 01

- Bonjour, vous avez Je tue des géants ?

J’étais à Forbidden Planet, sur Broadway, et je me disais que c’était le moment où jamais d’acheter le recueil de la mini série I Kill Giants dont j’avais tant entendu parler. Le vendeur a trouvé le dernier exemplaire, couverture souple un peu cornée. Dépité, je me suis dit que ça serait con d’avoir attendu si longtemps de mettre la main dessus pour le prendre tout niqué. Je l’ai reposé sur le présentoir et je suis rentré en France. Faut dire que je suis fan du scénariste Joe Kelly depuis longtemps. Maintenant Joe est le roi du monde, boss du studio Man Of Action, créateurs de Ben 10. Avant ça Joe Kelly a écrit plein de titres super cools comme l’ultra culte et même mythique (à mes yeux) Steampunk avec Chris Bachalo chez Cliffhanger. Il est aussi l’auteur du meilleur comic de 2001 selon Wizard Magazine (un épisode effectivement extraordinaire de Superman), avis que je partage. Puis en 2008, il pond une mini-série indépendante chez Image avec un dessinateur hispano-japonais.

Barbara Thorson est une héroïne méconnue. En plus de poursuivre ses études au lycée, elle tue des géants. Pour ça, elle porte toujours avec un petit sac à main dans lequel se trouve caché un marteau gigantesque, seul capable de terrasser les géants qui hantent la planète en secret depuis des siècles. Mais on se demande si tout ça, ce ne serait pas un peu dans sa tête. Barabara manque cruellement de véritables amis et se fait chahuter à l’école par une bande de petits tyrans. Ses seules interactions sociales positives se limitent aux parties de Dongeons & Dragons dans l’arrière boutique d’un comic shop. Et quel terrible secret renferme sa maison, au point que le sujet ne soit jamais abordé avec ses frères et sœur ? Les limites en réalité et fantasmes n’ont jamais été aussi floues, Barbara lutte entre ceux qui lui veulent du mal et ceux qui veulent l’aider. Sans parler des géants qui risquent de réapparaître à tout moment.

Le comic original fut publié en sept numéros et déjà à l’époque enchaînait les critiques positives. Mais c’est la version reliée, beaucoup plus digeste, qui fut couronné de plusieurs prix au cours de l’année 2009. Le succès fut tel qu’Image prit la décision de sortir une édition « Titan », couverture cartonnée, format géant et des tonnes de matos bonus (scripts, croquis etc…). C’est celle là que j’ai finit par acquérir. Et putain ça valait le coup. Le dessin est proche du manga, en noir et blanc, presque mal dessiné tellement le trait est nerveux. Le style de Ken Niimura insuffle de l’énergie à des compositions de vie banale tandis que Joe Kelly joue sur la subtilité tout du long. Jusqu’à la fin je me demandais si les géants étaient réels, quel était le secret de Barbara (révélé à mi chemin). Lors de la lecture du dernier chapitre j’ai dû me retenir de verser une larme, avec toute la famille en train de prendre le café de l’autre côté du salon. Parce qu’en vrai, I Kill Giants, c’est doux amer.

Il m’aura fallu quelques jours pour digérer un peu le truc, mais sous les géants, les marteaux géants et les connasses du lycée, on a plein de thèmes qui remuent. Ca vous parle d’échappatoire, du monde du rêve, de la famille, de la mort et tous ces trucs qui vous remuent les tripes. Sauf qu’on est tellement pris dans cette histoire finalement toute simple qu’on se prend la totale dans les dents. J’ai lu quelque part que I Kill Giants est le genre de comic qu’on peut, qu’on veut passer à tous ces amis, qu’ils lisent des BD ou non. Je suis assez d’accord. Et je maudis l’éditeur français d’avoir osé traduire la série en deux tomes (pêché d’avarice) sans jamais sortir le second (pêché de fils de putage).

Si vous gérez assez l’anglais et que vous avez de quoi, je vous conseille fortement l’édition souple, qui fera carrément l’affaire niveau awesome dans vos yeux. Moi je vais aller prêter mon Titan.