506 – Heart Attack

Je me rappelle d’une époque où je luttais contre les éditeurs de bande-dessinée, à tenter de fourguer mes projets plus ou moins à rallonge, avec ou sans dessinateur. Comme en littérature, les éditeurs BD sont des êtres fourbes et vils, qui se terrent dans leur antre et renvoient des lettres types. Enfin, c’est l’image qu’ils donnent, contrairement à leurs homologues américains. Le big boss de la Marvel par exemple, ce mec au salaire à 5 chiffres, débarque chaque semaine sur des sites spécialisés répondre aux questions des internautes. Chaque éditeur organise des questions/réponses à tous les salons comics, une douzaine par an. Sans parler de leurs comptes Twitter riches autant en infos sur les publications qu’en conseils pour les aspirants pros. Voilà pourquoi je suis capable de nommer l’éditeur de chaque titre de la Marvel ou de DC et d’avoir une vague idée de quel genre de type c’est.

Si je vous raconte ça, ce n’est pas pour cracher au visage des éditeurs français à qui ça ne vient pas à l’idée d’interagir publiquement avec leur cible, de tâter le pouls de leurs lecteurs. Bon, okay, c’est un peu pour ça. Mais c’est aussi et surtout car au détour d’une interview, j’ai entendu quelque chose qui m’a fait bondir. Erik Larsen, l’unique éditeur d’Image Comics, troisième maison derrière Marvel et DC, s’exprimait sur son processus de sélection. Il avouait avoir déjà signé des projets qu’il n’aimait pas. Le journaliste, intrigué, a poussé la question. Il demanda à Larsen s’il était prêt à citer des titres. Et Erik de balancer publiquement le nom de deux séries qui ne l’intéressaient pas, qu’il ne faisait que survoler tous les mois, et pourtant qu’il publiait. Car au fond de son âme d’éditeur, il savait que bien que ces titres n’étaient pas pour lui, ils étaient bons, ils méritaient de sortir et de rencontrer leur lectorat, bien que lui-même n’en fasse pas partie.

Ce jour là, Erik Larsen décollait dans mon estime. C’est à lui que j’ai pensé lorsque j’ai eu un bref entretien avec un éditeur de chez Delcourt. Le type, après avoir regardé Misplaced, m’a jeté au visage que c’était pile dans la mouvance, bien construit et très pro, mais qu’il n’avait pas de coup de cœur. Je n’ai eu qu’une envie, l’empaler sur un des pieds de sa chaise. Lui hurler que ce n’était pas la peine de publier des BDs s’il n’acceptait qu’uniquement ce lui plaisait à lui. Gros connard, un qualificatif qui me fut confirmé par des potes qui bossaient chez Delcourt. C’est à ce stade de la note que je vais bifurquer de nouveau sur la littérature. En dehors des pistons et autres magouilles, on entend beaucoup d’éditeurs ne jurer que par leurs « coups de cœur », les romans qui font tilt dans leur petit cœur en shamallow. Peut-être que tout le problème de la littérature française vient de cet unique brin de fonctionnement.

Sachant que les éditeurs germanopratins proviennent tous à peu près du même milieu social, ont fait les mêmes études, ils possèdent donc globalement les mêmes goûts, à suffisamment de variations près pour créer des différences superficielles d’une maison à l’autre. Voilà comment on se retrouve avec des bouquins qui se ressemblent tous et des centaines d’apprentis romanciers sur le carreau. Au moins les éditeurs de BD sont prêt à signer une BD sur les simples mérites du dessin, ce qui est une façon comme une autre de faire apparaitre des anomalies scénaristiques, salvatrices car de plus en plus rares. Dans le même ordre d’idée je trouve presque salutaire que chaque année on publie le premier roman d’une pétasse à peine pubère mais giga canon, puisque le coup de cœur n’a rien à voir là dedans. Peut-être qu’un jour le tomberai sur un éditeur qui me balancera que non, il n’a pas aimé mon manuscrit mais que oui, il pense qu’il est bon, qu’il peut plaire à d’autres et est prêt à le défendre.

En attendant je peux toujours écrire l’histoire d’un trentenaire qui peine à réaliser ses ambitions artistiques et n’arrive pas à baiser qui il veut, alors qui va boire et réfléchir au café de Flore avant de tirer une grande leçon de vie douce-amère de ses aventures. Mais bon, ce serait un peu trop simple, donc tellement pas marrant.
Demain on causera de Coca, encore.

386 – Mirrors

J’ai pas mal de débats en ce moment avec plein de gens quand à l’image que je renvoie à travers mon blog. Les réactions sont diverses : « Bwah ah ah mais ce blog, c’est carrément trop toi ! », « En lisant entre les lignes j’ai l’impression qu’on te retrouve bien » ou encore « Bon courage à ceux qui croient te connaître en lisant ton blog ». Fuck ! Voilà qui ne m’aide absolument pas du tout. On a coutume de dire qu’il y a qui on est, qui on croit être et qui on aimerait être. A partir de là c’est forcément le bordel et je me pose la question de qui je mets en avant à travers mes textes tel un forcené depuis plus d’un an. Même si, j’ai quand même déjà une toute petite idée sur le sujet.

La magie du net, du texte seul face à son clavier, c’est qu’on peut raconter tout et n’importe quoi. Je peux être plus brave et hardcore que dans la vraie vie, m’inventer des réparties que j’aurais été incapable de pondre dans le feu de l’action. A l’inverse je peux aussi occulter quelques détails, des petits riens qui infléchissent tout doucement le sens que l’on peut donner à mes actes. J’invente rien là, je fais pas style je découvre la lune. Avoir ma seule version romancée en permanence, c’est forcément un coup à déformer le réel. Paradoxalement le fait que je me lâche plus pousse à se poser la question de si je ne suis pas plus moi-même sur le net. Bah ué, pas con là d’un coup, le net comme révélateur de vrai moi en plus du moi fantasmé.

Si je vous parle de ça, c’est parce que quand je rencontre des lecteurs, des personnes qui ne me connaissent principalement que par le blog, je me demande comment ils peuvent me voir. C’est aussi et toujours super weird de commencer à raconter une anecdote perso et se faire couper par un « ouais je sais, tu l’as dit sur ton blog ». Putain de traumatisme 2.0 dans ma face ! De quoi m’encourager à garder mes meilleures histoires pour la vraie vie. Sans parler de la famille ou des vieux amis qui viennent squatter jusqu’ici. Quand le blog vient se caler entre le fromage et le dessert durant les réunions de famille, ça fait un poil réfléchir à ce que je peux balancer. Peut être que finalement le blog est complémentaire de ma personnalité, insuffisant pour tout comprendre mais contenant pas mal de pièces du puzzle.

Hum, tant de psycho dans un seul post, ça fait rêver ! Faut que j’arrête de me prendre pour un type super profond. Heureusement que demain on parlera sport, enfin rollers je veux dire.