1047 – Cine Club 113

Donc y’a des mecs qui ont fait un film sur l’histoire vraie des types qui ont inventé le porno sur internet.
Sincèrement, qui n’aurait pas envie de voir ça ?
Depuis la première bande annonce de Middle Men je suis le film de très près. Monté en indépendant, présenté à Sundance, acheté par Paramount et sorti en mode suicide cet été. Aller coller un biopic classé R pour cause de filles à poil du début à la fin entre deux blockbuster ça pouvait pas le faire. Moins d’un million de recettes pour un budget vingt fois supérieur. Oops. Un naufrage plus tard et Middle Men perd toute chance de sortir un jour chez nous. Allociné nous annonce comme date de sortie « inconnue ». C’est mal barré. Heureusement, le Blu-Ray sort ce mois-ci aux US of A. L’heure de la séance de rattrapage est donc venue.

Jack Harris a un talent, celui d’arranger les choses. Texan en 1996 il se déplace à travers le pays pour régler les problèmes des gens et prendre sa commission. Au même moment, deux camés à Los Angeles ont l’idée de vendre du porno sur Internet. Mais comment ? L’un des deux était programmeur de génie avant de tout perdre pour abus de substance. Il réussit à créer un code informatique pour payer par carte bleue depuis le net. Très vite ils se retrouvent submergés de clients (et d’argent) et vont taper à la porte d’un mafieu russe pour avoir plus de matériel porno à vendre. Leur stupidité les met dans le pétrin et c’est là que Jack intervient. Bon père de famille, propre sous tout rapport, il se propose de reprendre le business et d’aller à l’étape d’après : louer leur programme de paiement à tous les sites voulant proposer du porno.

Forcément, pour Jack tout va très vite se compliquer, entre la mafia russe, ses collaboratrices stars du X, sa femme et ses enfants à gérer, un cadavre dans le placard et l’argent qui s’accumule. Basé sur des vrais gens de la vraie vie, Middle Men prend le parti de s’intéresser aux hommes de l’ombre d’un business voyant. Luke Wilson (si si la famille, on t’aime Luke) est intéressant parce qu’il joue un type bien au milieu d’une machine crade. Son parcours personnel et sa tolérance au vice sont au moins autant intéressants à regarder que les péripéties. Mention spéciale à toute la séquence reliant la lutte contre le terrorisme islamiste au porno en ligne. Au-delà du thème et de l’histoire le film est beau, c’est-à-dire en tourné en scope avec un bon directeur de la photo et une réalisation qui fluidifie les longues scènes de discussion.

Middle Men a des couilles. Rien que pour la campagne de pub, ils avaient mis en ligne une fausse vidéo de porno sur YouPorn avec un lien qui redirigeait vers le site officiel du film. Respect. Dommage pour le flop du coup. Middle Men est un bon film, sur un sujet fascinant d’autant plus que ces personnages existent et ont contribué à changer la face du monde.

Si vous pouvez, jetez-y un œil. Ca vaut le coup.

TRAILER STAGE !!!

857 – Comic Review 05

A cause de vous je suis pauvre. Comme je me suis mis en tête de vous parler de BD cools bah j’en achète. Et j’ai passé la semaine entière à me déplacer à pied et manger des pates. Je ne déconne pas. J’ai même du emprunter un euro pour me payer du lait pour mettre dans mes chocapics. Notez l’effort. Tout ça pour (entre autre) acheter le premier volum de Chew. Ca sort chez Image Comics, le plus gros éditeur indépendant des Us of A qui a l’avantage de proposer tout et n’importe quoi et le défaut de proposer… bah tout et n’importe quoi. Pas de gammes, pas de ligne éditoriale, c’est le foutoir. De temps à autre un titre vient s’élever au dessus de la masse à force de critiques spectaculaires et de bonnes ventes. C’est le cas de Chew, qui vient de gagner l’Eisner Award de la meilleure nouvelle série, en plus d’avoir été optionné pour une adaptation TV et confirmé en tee chez Threadless à la fin de l’été.

Le détective Chu est l’un des trois seuls cibopathes au monde. Cela signifie qu’il est capable de sentir l’historique de ce qu’il mange. Dans le cas d’un fruit il sait où il a poussé et à quels pesticides il a été exposé. Dans le cas d’un steak ça va jusqu’aux souvenirs de l’abattoir. Forcément Chu ne mange plus que des radis, seul aliment qui n’active pas son pouvoir. A cause de son don particulier, Chu est transféré dans un département spécial de la répression des fraudes qui s’occupe du trafic de poulets. La grippe aviaire ayant fait des millions de victimes à travers les Etats-Unis, la viande de poulet est strictement prohibée. Chu et son nouveau coéquipier doivent donc faire face aux trafiquants Yakuza et à la petite criminalité dans leur quête de justice, même si cela implique parfois d’aller mâchonner un bout de cadavre pour découvrir la vérité. Bien qu’il semble que toute cette affaire les dépasse et que la fameuse grippe aviaire n’est pas ce que les autorités veulent faire croire.

J’ai une admiration sans bornes pour les concepts barrés. Chew c’est quand même une BD sur flic qui bouffe des gens pour trouver des indices. Et ça fonctionne, car écrit sur le mode de la blague. Tout l’univers de Chew est barré et peuplé de personnages complètement fous. On a le coéquipier obèse qui se bat avec des shurikens, la critique gastronomique avec des supers pouvoirs et toute cette histoire de mafia du poulet. J’ai souvent ri à la lecture du premier volume, qui enchaine les aventures en vingt pages tout en développant tout doucement un fil rouge et une plus large conspiration. Seul le scénariste a un peu de bouteille sur des titres (plus ou moins) mineurs de chez Marvel tandis que le dessinateur signe là sa première série chez un gros éditeur. Le trait n’est pas toujours bien assuré mais le style cartoon camoufle sans peine les quelques défauts de jeunesse. J’ai dévoré (pun intended) le premier volume de Chew en une soirée et je me tâte déjà pour en reprendre (pun intended).

Le premier numéro du comic avait été réimprimé quatre fois avant de finir gratos en bonus dans un numéro de Walking Dead, ce qui en fait un vrai succès surprise de chez Image. Entre les récompenses et les producteurs de Walking Dead (la série TV) derrière, je suis certain que je (et par extension vous) n’avez pas fini d’entendre parler de Chew.

Volume 1 et Volume 2 disponibles en VO, recueil grand format pour la fin aout. Traduction française dans pas trop longtemps à priori.

843 – Cine Club 101

De temps en temps je me rappelle que de l’autre côté de la manche y’a un tas de rosbeefs qui font des films qui ne sortent jamais chez nous. Prenez Exam par exemple. J’en ai entendu parler par le toujours indispensable Io9 qui nous annonçait sa sortie sur le circuit des festivals US. La bande annonce était bien sexy, à mi chemin entre Cube, Saw et un film social. Sympa. Puis je suis toujours intrigué par les auteurs complets (scénario / réalisation / production), à fortiori sur un premier film. Même si le Stuart Hazeldine a quand même écrit le discutable Knowing. Exam a tout de même décroché une nomination aux BAFTA (British acamedy of film and television arts, un truc cool) dans la catégorie meilleur premier film (en gros). Pas de date de sortie chez nous. Alors que les ricains attendent de pouvoir y jeter un œil, le blu-ray du film est déjà disponible. Ni une ni deux, zou dans ma besace.

Huit candidats à un poste à haute responsabilité sont réunis dans une salle sans fenêtres pour l’examen final qui pourra les départager. L’examinateur leur expose les règles. Il leur est interdit de communiquer avec le garde, ils n’ont pas le droit de « souiller » leur papier, et ils ne doivent pas sortir de la pièce. Toute infraction sera punie par une disqualification immédiate. Ils ont quatre vingt minutes pour répondre à une seule question par une seule réponse. Pas de questions ? Go. Problème : le papier portant leur numéro est vierge. Pas de consignes, rien. Alors que le compte à rebours s’égrène, les candidats décident de faire équipe pour déterminer ce qu’ils doivent faire. Au fil de leurs discussions et essais, ils apprennent peu à peu pour quelle gigantesque entreprise ils postulent, et quelle est leur raison d’être ici. Mais arriveront t’ils à ne pas craquer face à la pression.

Bon. J’aime bien l’idée de l’unité de temps et de lieu. Le film se passe à peu près en temps réel, dans une seule pièce et avec dix acteurs. Boum. Le film ne se cache pas non plus d’être un jeu, une devinette géante. Comme dans un Saw le spectateur sait qu’on lui donne des indices et qu’il y aura quelques twists à la fin. Si le film est bien écrit, alors les twists seront logiques et juste ce qu’il faut pour passer inaperçu pendant les quatre-vingt dix premières minutes. Pari à moitié gagné dans Exam, avec une révélation très logique, évidente et bien fichue, une qui triche un peu car imprévisible et une dernier qu’on voit venir gros comme une maison depuis une heure. Premier petit écueil pour Exam. Le second est le fait que les personnages agissent de manière assez stéréotypée (le noir est violent, le blanc est un connard, la blonde est froide, l’arabe a un passé de tortionnaire) et manquent du coup un peu d’épaisseur.

Alors effectivement, vu la solution du truc, on se dit un peu que le film mouline un tas de péripéties ultra compliquées qui ne se justifient qu’à moitié, genre si quelqu’un avait deviné tout de suite (même par accident, vous verrez). Mais j’ai un petit faible pour le background, tout ce qui se passe hors de la pièce. Car l’univers est, là encore paradoxalement, très riche et bien foutu, même si pas très exploré du coup.

Un moment sympa sur un film qui à la classe avec un tout petit budget. Finalement ça vaut le coup de passer l’Exam.

TRAILER STAGE !!!