973 – Book Review 161

La dernière fois que j’avais acheté un bouquin de Paul Auster, c’était il y a un peu moins d’un an, à New York. C’était Invisible et je trouvais ça cool de m’offrir à la source un livre du plus New Yorkais des auteurs américains. Comme tous les ans, Auster pond un nouveau roman. C’est pratique pour s’organiser, on peut cocher son planning avec une étonnante précision. Cette fois, j’ai acheté le livre en numérique depuis la France. Il s’en passe des trucs en un an. Au moins la couverture est dégueulasse, pas de regrets. Sunset Park, donc, est le nouveau Auster, nommé après un quartier de Brooklyn (l’auteur résidant par là bas). C’est un carré de maisons habitées principalement par des minorités ethniques, assez pauvres. Oh et il y a vaguement un parc, aussi. Enfin voilà pour la minute géographie, passons au livre en lui-même.

Miles Eller a fui sa famille depuis sept ans, depuis la mort accidentelle de son demi-frère. Fils d’une actrice connue et d’un éditeur New-Yorkais, il vit pourtant en Floride dans le dénuement. Son travail est de débarrasser, et parfois piller, les maisons laissées à l’abandon après Katrina. Puis il rencontre Pilar, une mineure dont il tombe éperdument amoureux. La grande sœur de la lycéenne n’approuve pas leur liaison et menace Miles de le dénoncer aux autorités pour détournement de mineure. Contraint de quitter la Floride jusqu’à la majorité de sa petite amie, Miles se réfugie dans un squat à Brooklyn, dans le quartier de Sunset Park. Le seul ami avec qui le jeune homme est resté en contact, Bing, a dégotté une maison inhabitée et l’habite avec deux de ses amies jusqu’à ce que les forces de l’ordre décident de les expulser. De retour à New York, Miles se retrouve à quelques blocs de ses deux parents, et se demande s’il n’est pas temps de rompre le silence.

Pas de piège ni de métatexte dans ce Sunset Park. Contrairement à ses habitudes, Paul Auster nous livre un roman en ligne droite, linéaire et relativement simple dans son intrigue. La seule idée littéraire est d’alterner les points de vue d’un chapitre à l’autre. C’est bien l’histoire de Miles Eller qu’il nous raconte, mais en se mettant dans la peau des autres personnages il permet aux seconds rôles de respirer, de vivre et d’avoir leur propre petite aventure. Là est la grande force du roman : tous les personnages sont épais, riches et existent à part entière et non pas seulement pour peupler le décor du héros. A mon petit niveau d’écrivaillon, c’est cette texture supplémentaire qui m’a le plus plu. Au-delà de ça, le roman reste sur des chemins balisés. Une bonne partie du texte se passe dans le milieu littéraire, à Brookly, on a des pratiques sexuelles étranges etc… Du Auster pur jus.

Alors ouais, c’est pas un grand roman, c’est pas un truc qui te retourne le cerveau par sa brillance littéraire. Ca reste une bonne histoire, riche et bien racontée, avec de très bons passages. Et en ce qui me concerne, je trouve que ça valait le ticket d’entrée.

BUY STAGE !!!

Meilleur prix: 12.98€ sur Book Depository

J’ai économisé 6$ avec mon Kindle. Là là là…

635 – Book Review 105

J’aurais pas résisté longtemps. Une fois aux US of A, face à toutes ces couvertures aux couleurs chatoyantes, j’ai fini par acheter un truc. Le dernier Paul Auster était partout. Forcément, vu qu’il fait partie des quelques auteurs anglo-saxons avec un minimum de crédibilité littéraire (indépendamment de simples qualités de storyteller). Je me souviens de Seul dans le noir, que j’avais lu à la faveur de l’été, dans le sud, et qui m’avait laissé avec une sensation un peu étrange. C’était l’occasion d’en apprendre un peu plus sur un auteur qu’on m’aura beaucoup conseillé. Et puis lire un auteur New-Yorkais, de Brooklyn pour être plus précis, et né dans le New Jersey, à Newark, ça me semblait globalement logique. D’où Invisible dans ma besace, édition cartonnée, beaucoup plus chère en librairie que sur Amazon. Mais le charme bordayl, le charme. Problème, trois cent pages plus loin j’ai l’impression de ne pas être plus avancé à propos d’Auster.

Adam Walker est un étudiant en lettres d’à peine vingt ans lorsqu’il rencontre le français Born et sa petite amie Margot lors d’un diner à New York, en 1967. Born est plus âgé et s’attache vite à l’étudiant, va jusqu’à lui proposer de financer la création d’une revue littéraire. Mais très vite l’amitié naissance devient trouble. Born pousse Adam dans les bras de Margot, qui elle-même n’est pas contre se laisser faire, avant qu’un évènement tragique vienne tout changer. Voici la première partie des mémoires d’Adam Walker, à présent sexagénaire et leucémique. Son ami Freeman se retrouve en possession du manuscrit nommé « 1967 », qu’il dévore, poussé par la curiosité. Car Adam et Born vont être amenés à se recroiser au fil de cette année déterminante dans la vie du jeune étudiant. Pour peu que Freeman arrive à démêler le vrai du faux.

Okay j’ai menti, j’ai fait des recherches et appris des trucs sur Paul Auster. Par exemple il aime bien le méta-textuel, parler du texte dans le texte (un écrivain fictif qui retranscrit le texte du autre écrivain fictif). D’où ici une structure qui alterne entre présent et manuscrit passé, une narration qui oscille entre première, seconde et troisième personne suivant les parties du roman. Auster aime aussi cultiver le mystère, ne donnant que trop peu de réponses, laissant son lecteur dans le flou. Il faut aimer. Au moins le style est propre et efficace, les fulgurances plutôt rares. En bon écrivain bourré de tics et de clichés Auster cite un tas d’auteurs morts et disserte sur la littérature et la condition d’auteur par le biais de ses personnages. Mais il se lâche aussi à l’occasion d’une seconde partie sur un inceste consenti magnifiquement raconté. Perturbant dans tous les sens du terme. Néanmoins on ressort d’Invisible plus troublé que réellement convaincu.

A ce stade je pense que c’est fait exprès. Que le lecteur doit aimer le flou artistique et les non dits pour apprécier l’auteur. Ma frustration freine encore mon plaisir mais je ne désespère pas d’accrocher plus. Car je sens, je sais, qu’il y a, au milieu de la brume, quelque chose qui en vaut la peine.

Demain, report de la séance de ciné la plus dingue de ma vie.