739 – Suckerpunch

Il y a une dizaine de jours, je squattais avec Philippe Jaenada au fond d’un bar. Et c’était cool. On a bien putassé comme des bâtards sur l’édition. Qui couche avec qui, qui est le nègre de qui, qui à des goûts de chiotte etc… Old school. C’était pas mal aussi de discuter avec un auteur quadra avec qui je partage certaines affinités de lecture, notamment au niveau des auteurs asiatiques et anglo-saxons. Avec la minute lamentation sur les romans français, tous plus relous les uns que les autres. Good times comme on dit. On se quitte sur un échange de textes. Je lui passe le manuscrit des Proxos, il me file un petit bouquin écrit par sa compagne (pas mal, au demeurant, même si pas ma came). Une semaine plus tard j’aurais le retour du Philou. Et c’est pas brillant. Il n’a pas aimé. Mais genre vraiment pas du tout.

Je ne me suis jamais pris un semi remorque lancé à pleine vitesse sur le coin de la face. Mais à mon avis ça doit faire à peu près autant mal que de lire un mail négatif d’une page au réveil entre deux chocapics qui perdent instantanément leur goût. Les Proxos est vide, creux, sans aucun intérêt, franchouillard. La catastrophe est telle que Jaenada se demande comment j’ai pu ne serait-ce que penser que ça pouvait intéresser qui que ce soit, sans parler du fait que ce soit à l’opposé de tout ce que je semblais revendiquer. Au moins, c’est très bien écrit et rythmé. C’est déjà ça. Je crois qu’on réunissait tous les ingrédients pour un fulguro coup de poing aux tripes : auteur respecté, mec sympa, critique argumentée et espoir de coup de pouce. Si j’avais été dans un film indé ricain, je serais parti pleurer sous la douche. Si j’avais été dans Californication, j’aurais sniffé une ligne sur le dos d’une pétasse que je prenais en levrette.

Sauf que j’habite dans la vraie vie. Du coup j’ai fini mes chocapics au goût du néant et je suis parti bosser avec un fond de mort dans l’âme, à réfléchir à qui j’allais pleurer ma misère pour me remonter le moral. Bon après tu trouves des tonnes d’arguments plus ou moins fallacieux pour justifier le truc. Le meilleur étant « Il était pas dans la cible » de toute façon. Sans parler du toujours de très mauvaise fois « Ouais bah y’en a qui aiment ! » ou l’imparable « On peut pas plaire à tout le monde ». Il m’a proposé de me rendre le manuscrit, pour m’économiser un exemplaire dans mes démarchages. J’ai poliment refusé pour l’instant. Je me vois pas trop venir avec un grand sourire après un truc pareil. Surtout face à un type que j’apprécie toujours beaucoup. De toute façon j’étais trop occupé à digérer toutes les émotions contraires qui m’avaient mises en vrac dans le dedans des tripes.

Des mauvaises critiques j’en prends souvent dans les dents. En particulier des attardés pour qui l’appréciation d’un texte passe par la formulation d’une petite critique, pour le principe, parce que si on aime bien c’est sucer, alors faut bien pinailler ça donne de la consistance. Puis voilà, de temps de temps je tombe sur un rejet massif et marmoréen, un mur d’incompréhension et des arguments qui tapent dur. Si ça vient d’une source que j’estime et respecte, il me faut un moment pour retrouver la confiance en moi. Là ça va mieux, même si je me demande si je devrais pas juste imprimer le truc et l’envoyer à tout le monde par la poste, être débarrassé et attendre les lettres type.

On verra bien.

Demain, on parlera d’appropriation d’appart’.

549 – Round One, Fight !

Mercredi dernier s’organisait une soirée à la cool dans les tréfonds du onzième. La revue US Opium lançait le premier Literary Death Match français. L’idée est toute conne, foutre quatre auteurs sur une scène et les faire lire leur prose pendant huit minutes maximum (après on leur jette des canards en plastique sur le coin de la tronche, priceless). Sur le papier je trouve ça génial, sortir le bouquin des étagères, pouvoir rendre public un loisir pourtant solitaire. Il y a si peu de manifestations littéraires un peu sympa, hors prise de tronche, que je n’ai pas rechigné plus que ça à débourser les dix euros du billet d’entrée. A mes côtés pour survivre à la hype, la sémillante Audrey, qui est peu moi, en plus sympa et en jolie fille. C’est elle qui aura assuré les photos qui accompagnent cet article. Faut dire qu’il y avait du beau monde.

Beigbeder étant arrivé à la bourre, c’est le duo Philippe Jaenada (Grasset) et Mohamed Razane (Gallimard) qui ouvrent le bal. Razane a presque slamé un extrait de son premier roman sur la difficulté d’exister pour la jeunesse immigrée. Un peu facile mais efficace, quelques bonnes phases nous mettent tout de suite dans l’ambiance. Puis Jaenada nous lit l’histoire d’un loser qui se fait refouler d’un hippopotamus au milieu de la nuit. Au début nous étions en « mode quel est le fuck ? », puis les mots nous prennent et j’ai presque regretté que l’auteur doive arrêter sa lecture. Un passage que je finirai sûrement en librairie. Le jury, mené par un David Foenkinos encore moins à l’aise à l’oral qu’à l’écrit (oui, c’est une vanne, et oui, c’est méchant), préfère la puissance brute de Razane qui file en finale. Pendant ce temps là Beigbeder à débarqué et squatte encore le bar quand on l’appelle à prendre place sur la scène avec la toujours choupichoute Max Monnehay.

D’un coup la soirée prend un tour un peu bizarre. Frédo n’a rien prévu, n’a pas son bouquin et semble relativement chargé. Il entame une sorte de one-man show d’une dizaine de minutes, fait des blagues et finit par lire trois lignes d’un exemplaire prêté de son roman sans conviction. L’assistance est partagée entre le rire et une consternation polie. Forcément Max tremblote un peu lors de la lecture d’un texte rédigé spécialement pour l’occasion. On ne comprend pas tout mais des phrases font mouche, sa voix de jeune fille fait tinter les rimes de ce qui est presque un poème. Si Foenkinos, qui visiblement se faisait pas mal chier, caresse Beigbeder dans le sens du poil, le juré Bo, le seul non écrivain, allume Frédo qui baisse les yeux comme un gosse à qui on a tapé sur les doigts après une connerie. Il s’éclipsera peu après le couronnement de Max.

La finale est bordélique mais je crois que c’était fait exprès. Razane et Monnehay ont les yeux bandés par une cravate en soie et doivent planter un couteau sur une carte de l’Europe. Le coup le plus proche du Lichtenstein gagne. Ne cherchez pas à comprendre. Max s’égare en Biélorussie et Razane gagne la médaille de la win. Ainsi s’achève le premier Literary Death Match français. Une centaine de personnes s’étaient rassemblées, pros, amis ou simplement curieux (un peu des trois dans mon cas). J’ai personnellement adoré entendre des auteurs déclamer des extraits de leur texte dans un cadre baroque. J’en ressors les oreilles pleines de jolies phrases.

Si tout n’était pas parfait, s’il y avait une ou deux choses à déplorer, au final j’en sors avec l’envie d’aller me renseigner sur un ou deux des participants. Ce qui est clairement pas si mal. En espérant une seconde soirée dans les mois qui viennent, qui sait ?

Demain, critique de livre pour gosse.