Il y a une dizaine de jours, je squattais avec Philippe Jaenada au fond d’un bar. Et c’était cool. On a bien putassé comme des bâtards sur l’édition. Qui couche avec qui, qui est le nègre de qui, qui à des goûts de chiotte etc… Old school. C’était pas mal aussi de discuter avec un auteur quadra avec qui je partage certaines affinités de lecture, notamment au niveau des auteurs asiatiques et anglo-saxons. Avec la minute lamentation sur les romans français, tous plus relous les uns que les autres. Good times comme on dit. On se quitte sur un échange de textes. Je lui passe le manuscrit des Proxos, il me file un petit bouquin écrit par sa compagne (pas mal, au demeurant, même si pas ma came). Une semaine plus tard j’aurais le retour du Philou. Et c’est pas brillant. Il n’a pas aimé. Mais genre vraiment pas du tout.

Je ne me suis jamais pris un semi remorque lancé à pleine vitesse sur le coin de la face. Mais à mon avis ça doit faire à peu près autant mal que de lire un mail négatif d’une page au réveil entre deux chocapics qui perdent instantanément leur goût. Les Proxos est vide, creux, sans aucun intérêt, franchouillard. La catastrophe est telle que Jaenada se demande comment j’ai pu ne serait-ce que penser que ça pouvait intéresser qui que ce soit, sans parler du fait que ce soit à l’opposé de tout ce que je semblais revendiquer. Au moins, c’est très bien écrit et rythmé. C’est déjà ça. Je crois qu’on réunissait tous les ingrédients pour un fulguro coup de poing aux tripes : auteur respecté, mec sympa, critique argumentée et espoir de coup de pouce. Si j’avais été dans un film indé ricain, je serais parti pleurer sous la douche. Si j’avais été dans Californication, j’aurais sniffé une ligne sur le dos d’une pétasse que je prenais en levrette.

Sauf que j’habite dans la vraie vie. Du coup j’ai fini mes chocapics au goût du néant et je suis parti bosser avec un fond de mort dans l’âme, à réfléchir à qui j’allais pleurer ma misère pour me remonter le moral. Bon après tu trouves des tonnes d’arguments plus ou moins fallacieux pour justifier le truc. Le meilleur étant « Il était pas dans la cible » de toute façon. Sans parler du toujours de très mauvaise fois « Ouais bah y’en a qui aiment ! » ou l’imparable « On peut pas plaire à tout le monde ». Il m’a proposé de me rendre le manuscrit, pour m’économiser un exemplaire dans mes démarchages. J’ai poliment refusé pour l’instant. Je me vois pas trop venir avec un grand sourire après un truc pareil. Surtout face à un type que j’apprécie toujours beaucoup. De toute façon j’étais trop occupé à digérer toutes les émotions contraires qui m’avaient mises en vrac dans le dedans des tripes.

Des mauvaises critiques j’en prends souvent dans les dents. En particulier des attardés pour qui l’appréciation d’un texte passe par la formulation d’une petite critique, pour le principe, parce que si on aime bien c’est sucer, alors faut bien pinailler ça donne de la consistance. Puis voilà, de temps de temps je tombe sur un rejet massif et marmoréen, un mur d’incompréhension et des arguments qui tapent dur. Si ça vient d’une source que j’estime et respecte, il me faut un moment pour retrouver la confiance en moi. Là ça va mieux, même si je me demande si je devrais pas juste imprimer le truc et l’envoyer à tout le monde par la poste, être débarrassé et attendre les lettres type.
On verra bien.
Demain, on parlera d’appropriation d’appart’.


