1020 – Post-Game

- Mais de quoi tu parles, Blanc Gorille ?
- Ben du projet sur lequel tu nous as complètement abandonné, jeune con.
- Le recueil BD ? Ca s’est fait ?
- Tu le saurais si tu t’étais pas barré. Donc oui.

J’ai regardé les glaçons au fond de mon verre de coca. Je les ai trouvés un peu sinistres. Effectivement ça faisait plus que des mois que j’étais pas retourné voir où ça en était cette histoire de recueil d’histoires courtes de BD. En fait depuis que je gigote de partout avec mes manuscrits en prose j’avais jusqu’à oublié l’existence de ce projet. Finalement ça se fait, près de trois cent pages, avec plein de potes qui méritent dedans, une poignée d’autres que j’aime moins participent aussi. J’aurais sûrement pu si j’étais pas bêtement passé à autre chose. Minute mélancolie rythmée par le bruit des glaçons au fond du bar. Le fu.

En réalité, mon passé en tant que scénariste de bande dessinée m’en avait déjà collé une dans les gencives ces vacances, alors que j’errai dans une grande librairie BD de Lyon que je ne citerai pas parce qu’elle n’avait pas le manga que je cherchais. Sur les étals, je reconnaissais des nom. Une demi douzaine de dessinateurs que j’avais rencontré sur le net, avec qui j’avais bu des cafés, échangé des avis. Tous encore anonymes derrière leur table à dessin deux ans plus tôt. En voilà un qui a enfin signé un projet qui lui ressemble chez un joli petit éditeur. Une a choisi l’association avec un vieux scénariste libidineux sur un album grand public sans intérêt, mais qui a le mérite de la faire exister. Et ainsi de suite. J’ai feuilleté les pages qui sentaient encore bon l’encre d’imprimerie, des bandes dessinées par encore ouverte. Je n’étais pas jaloux.

On n’a pas le droit d’être jaloux quand on a arrêté de se battre. Ce serait absurde, ce serait sombre. Je ne m’autorise à être jaloux que sporadiquement, quand j’ai affronté quelqu’un sur son terrain, quand je méritais, quand il gagne. Là je n’ai pas écrit une ligne, je n’ai pas continué à pondre du script, à boire des cafés, à échanger avec ces amis. Et en vrai je pense sincèrement que j’aurais sûrement pas autant progressé dans ma carrière de scénariste par rapport à mes amis dessinateurs. Ou pas. Je ne saurai jamais. Malgré le fait que mon cœur pique dans les librairies BD, au fond des bars parisiens à apprendre les avancées de ceux qui méritent, et des autres. Je ne suis plus dans ce game, je regarde le match depuis le banc de touche. Parce que je joue sur un autre terrain, je mords des mollets d’éditeurs, je m’entraine la nuit, je brise des murs de briques à la force de ma volonté.

Et quand j’aurai gagné, au fil des petites victoires, le pincement au cœur du scénariste BD sera toujours là, mais entouré du doux manteau doré de la certitude d’avoir fait le bon choix. On y arrivera. J’y arriverai.

En attendant, je lis les BD des copains. Parce qu’ils méritent.

484 – Cine Club 62

Lire Shakespeare, c’est bien. Enfin, c’est ce qu’on m’a raconté à l’école. Y’a bien eu quelques études de texte de ci de là, un peu plus approfondi en fac d’anglais (si si, I was there). Mais bon, si on peut trouver la même chose en film, c’est mieux. Confère Roméo + Juliette, de Baz Luhrmann. Vous savez, le type qui a suicidé sa carrière en écoutant le public test de Australia et en faisant survivre Wolverine à la fin pour faire plaisir aux petites bites. Tout le monde a vu son Roméo et Juliette façon djeunes, où les mecs se tire dessus à l’automatique tout en parlant au passif de je ne sais quel temps composé. Tout ça c’est bien cool, mais y’a d’autres choses dans la filmo, enfin dans la biblio du petit Bill (diminutif de William). Souffle sur le vieux DVD d’O, enfin d’Othello.

Bon, on va faire style que vous savez pas trop de quoi ça parle, Othello. Donc là comme ça se passe dans un lycée ricain de nos jours, Hugo (Iago) est un petit connard bien vénère que la fille qu’il aime se tape son pote renoi star de l’équipe de basket du lycée, Odin (Othello). Du coup, et parce qu’il sniffe de la cocaïne, il décide de monter un plan machiavélique pour les détruire. Son but est de vriller le cerveau d’Odin. Pour ça il déploie une quantité insensée d’énergie à convaincre son ami que Michael (Cassio) se tape sa copine dans son dos. Forcément tout ceci va prodigieusement mal tourner, avec pas mal de morts à l’arrivée.

O s’est méga viandé sa race au box office US lors de sa sortie il y a 8 ans. Le réalisateur/acteur Tim Blake Nelson pensait pouvoir répliquer le succès de Roméo + Juliette, mais ce fut la cata. Le film était déjà interdit aux moins de 18 (semi-viol/drogue/meurtres) mais sa sortie s’est vue repoussée car se télescopant avec le massacre de Collumbine. D’où vautrage. Mais c’est bien dommage, ne serait-ce que pour le cast trois étoiles, Mekhi Phifer, Josh Hartnett et Julia Stiles en tête. Puis merde le principal du lycée c’est quand même Martin Sheen quoi ! Tout aussi fidèle que le film de Luhrmann, O manque du petit plus procuré par le décalage entre les dialogues et la réalisation, ce qui le cantonne au statut d’adaptation honnête. Pourtant on passe un bon moment en révisant ses classiques dans un enrobage made in high school. Au point que tout ce temps après, j’en garde encore un bon souvenir.

Une fois de plus vous avez échappé à ma critique/recommandation de la version longue ultra rare de Dardevil. Mais vous ne perdez rien pour attendre !
Demain, on causera PDF !

TRAILER STAGE !!!

453 – Wife Swap

Ca va bientôt faire vingt piges que je me traîne un frangin. Même qu’à partir d’aujourd’hui il squatte mon appart’, vu qu’il doit boucler sa prépa par une série de concours en partie parisiens. Plus tard il sera chercheur en physique ou un truc comme ça. En gros, le mec en blouse qui se prend un balle entre les deux yeux quand un commando terroriste vient voler des fioles d’antimatières dans un centre secret, bah ce mec là, en train de pisser le sang sur le parquet, ce sera mon frangin. Accessoirement c’est aussi une pourriture de gros geek, à custom son PC jour et nuit. D’où son absence d’ordi portable, d’où le fait que je ne puisse le laisser en pâture seul face à la jungle Panaméenne. Je suis donc rentré sur Lyon sans mon précieux, resté à l’appartement, mort de solitude sur mon bureau.

Y’a eu cette fois où des potes sont passés à la maison. La copine de l’un d’entre eux s’était fixé un petit défi à la con (pléonasme) : arriver à s’incruster sur mon ordi portable. J’ai freiné des pieds autant que possible avant de céder. Parce qu’un laptop quatre ans d’âge, c’est un peu comme une relation longue avec l’être aimé. On a pas envie de faire tourner, de laisser voir à un autre les entrailles, les secrets et les tics d’années de mariage heureux. Sans parler des potentiels de foirage induit par une fausse manip’. L’insolente s’est débattue une bonne heure pour pouvoir balancer, triomphante, sur son Facebook « A gagné mon pari, je suis sur l’ordinateur du Reilly ». Connasse. Je me fous que ton mec lise ça. Connasse quand même. Mon ordi n’est ni un numéro ni un jouet, c’est mon amour !

Pendant une bonne semaine je suis privé de laptop, que mon bro va utiliser pour checker ses mails, s’orienter et s’amuser. J’essaie de pas trop psychoter pendant que j’installe en ce moment même tous les logiciels qui vont me permettre de continuer à taffer à la maison. Je me permets de vous signaler très fort l’existence de DropBox, un dossier magique de 2Go qui se trimballe sur l’interweb et est accessible sur toutes les bécanes après une simple installation. Voilà comment je peux récup’ des trucs oubliés a Paris et les utiliser à Lyon, sur la bécane familiale ou fraternelle. M’enfin, rien ne vaut son propre matos, et rien que pour ça je risque de recraquer pour un portable hors de prix au lieu d’une bête de fixe pas chère en septembre. Voilà le véritable visage de l’addiction ! De toute façon si mon frangin me gonfle, je fous le bordel dans son disque dur, renomme ses pornos en comédies romantiques pour lui plomber ses soirées avec sa copine.

Bon, allez, une semaine à peu près à tenir. Yes, I can ! J’ai qu’à penser fort à Obama, ou bien lire des livres. Comme ça je pourrai vous en parler la semaine prochaine, mais demain on parlera cul.