Il y a un bon moment, j’étais affalé sur le canapé familial, à regarder les infos. On y annonçait l’alignement prévu des retraites des fonctionnaires sur celles du privé. C’est là que quelqu’un à côté de moi s’est écrié : « Bien fait, y’a pas de raisons qu’ils bossent moins que nous ! », avec une espèce de jubilation au fond de la voix. Je suis resté avachis, yeux écarquillés, pendant quelques dizaines de secondes, à me demander comment on a pu en arriver là.
On peut réagir de deux façons quand on ressent de l’envie, ou de la jalousie. On peut décider de vouloir descendre l’autre à son propre niveau. Les gens qui partent à la retraite plus tôt, qu’ils partent plus tard ! Ceux qui gagnent plus, qu’ils gagnent moins ! Celui qui se tape la meuf canon, qu’il se fasse larguer ! Celui qui vend un tas de livres, qu’il perde tous ses fans ! Ou alors on peut prendre le problème et vouloir se hisser au niveau de ceux qui ont plus. On peut se battre pour partir à la retraite plus tôt, monter en grade pour gagner plus, se trouver sa propre copine trop bien, ou écrire des livres qui déchirent tout. Dans l’idée. Ce que je pense surtout, c’est qu’on ne peut pas faire les deux à la fois.
Tu ne peux à la fois dépenser de l’énergie pour t’élever et en dépenser pour descendre les autres.

Alors ouais okay, cette manière de voir ne prend pas en compte le concept d’injustice, genre tu fais quoi quand la situation est sale, pas simplement à ton désavantage ? Mais là encore, l’injustice est une notion bien floue, qui varie d’une personne à l’autre et dépendant de sa propre capacité à assumer ses choix et erreurs. Le plus souvent, ce qu’on vit comme injuste n’est qu’une façon de rationaliser son manque de chance (ou d’autre chose). Parce que c’est plus simple quand c’est pas notre faute. Et au final, je ne pige pas les gens qui préfèrent descendre les autres à leur propre niveau plutôt que de se battre pour faire progresser tout le monde. J’ai aussi l’impression que ce mécanisme de défense est quelque chose que tu ne peux pas désactiver une fois que tu l’as mis en place, en tout cas pas sans gros efforts.
Je me souviens d’un truc que j’avais lu quelque part, qui disait qu’en art, tu ne te bats pas contre les autres, mais contre toi-même. La chute de la concurrence ne t’élèveras pas pour autant.
Avec le recul, je réalise que ça s’applique à une tonne d’autres trucs dans la vie. Et dans cette période électorale, j’entends ma famille, mes amis, se déclarer, parfois à demi-mot. De temps en temps j’entends des trucs qui me font frémir. Parce que dans tous les domaines qui soient, je ne fais que prier pour une avancée. Tout autre schéma de pensée, de l’immobilisme jusqu’à la rétrogradation, me foutent la trouille.
Alors je retourne bosser, parce qu’au moins je sais à quoi ça sert et qu’il y a peu de chances que je sois dans l’erreur si j’essaie moi d’avancer.
Et au pire, si c’est trop dur, il reste toujours la solution :



