1130 – It’s Over 4000

Ce qu’il y a de bien avec les passions, c’est que tu trouveras toujours plus passionné que toi sur le même sujet. La semaine dernière je burgerais avec O’Brian, scénariste de profession, accessoirement le relecteur le plus pointu, juste et technique que j’ai pu avoir. O’Brian aime le cinéma. Plus que moi. Plus que toi. En marge de son travail il écrit des articles dans des revues spécialisées. Ce qui lui a permis de rencontrer à plusieurs reprises le directeur du Gaumont Disney Village. Je vous en ai déjà parlé (de la salle), c’est là-bas qu’on trouve le seul véritable écran IMAX commercial en France, le plus grand du pays (deux terrains de tennis de surface). Autant dire que le type qui la gère est lui aussi un véritable fan du septième art. Et quand deux cinégeeks se croisent, ils parlent chiffres. Pas de recettes de films, pas de quantité de pop-corn vendus, non, ils parlent résolution de projecteur et nombre d’images par seconde.

Toutes les salles de cinéma de France ne se valent pas, question projection. Par exemple le passage à une projection numérique (un disque dur au lieu d’une pellicule pour des couleurs plus éclatantes et moins de flou) n’est pas encore achevé. Sachant que ce n’est qu’une étape. Les outils évoluent et le nombre de pixels projetés fait de même. Pour vous donner une idée, le nouveau projecteur IMAX du Gaumont Disney Village envoie deux images à 2K, soit une résolution horizontale de 4000 pixels pour un film en 2D (à diviser par deux pour la 3D, fatalement). C’est quatre fois plus que votre meilleur Blu-Ray sur votre meilleure TV, bien que la taille de votre LCD soit bien moindre. C’est aussi quatre fois plus que les projecteurs numériques de première génération. Autant dire qu’il reste encore un gouffre visuel entre ce que la majorité des gens observe et ce qui se met doucement en place.

Pendant ce temps-là, en Nouvelle-Zélande, Peter Jackson est en plein tournage des deux films Bilbo Le Hobbit. Okay, cool. Sauf que pour la première fois on tourne un blockbuster à quarante-huit images par secondes. C’est deux fois plus que d’ordinaire mais ça sert à quoi ? Principalement ça élimine le flou de mouvement, le truc désagréable dès que la caméra bouge trop ou pendant un bref instant tout est flou. Ça permet un rendu plus réaliste (dans le sens plus proche de l’expérience de regarder le vrai monde avec ses yeux), plus agréable. Et ça augmente le niveau de détails, vu que tu as deux fois plus d’images qui défilent. Oh et ça rend la 3D plus supportable car plus fluide, avec un meilleur rendu. D’ailleurs si on écoutait James Cameron, il faudrait tout filmer en soixante images par seconde (minimum) avec des caméras IMAX 3D (qui crachent peinard autour de 18K de définition).

Alors quand je parle de ma TV HD Ready 0,720K à O’Brian, ça le fait doucement mourir de rire. Puis on échange nos bonnes adresses, la salle prestige du Publicis sur les Champs ou le Max Linder à Grands Boulevards. Ces caves pour les aventuriers du pixel perdu, de la luminosité toujours plus grande et du son non compressé.
Le plus stimulant dans tout ça, c’est que le meilleur est à venir. Nos yeux pleurent déjà de joie.

638 – Epic Mickey Pt 2

[Suit de la note 637]

Après quelques minutes d’incompréhension et de grogne, un responsable prend le micro et nous annonce qu’ils ont un problème. La bande VO n’a été livrée que quelques dizaines de minutes avant la séance. Trop court pour la tester, la faute à pas de chance si c’est pas calé. Ils n’ont pas réussi à recadrer le problème à la volée. Pour ceux qui le souhaitent, Avatar sera diffusé en VF. Pour les autres, ils sont invités à quitter la salle et prendre contact pour un geste commercial (deux places offertes). S’ensuit un bon quart d’heure de battement, où un tiers de la salle se barre, y compris mes amis à usage unique m’ayant promis le partage d’un taxi. Fuck. Double fuck parce qu’après trois heures à sympathiser, je sentais que je pouvais briser un couple et repartir avec la fille. Au moins ceux qui n’avaient pas pu choper une bonne place ont pu se rattraper avec tous ces départs. En ce qui me concerne, l’image est plus importante que le son, et je vais voir un film en Image MAX, pas en VOMAX. Puis avatar, le jeu des acteurs ricains, s’pas le plus important. Alors je reste.

Puis bon, après un trajet épique, une attente épique, je ne partirai pas sans mon putain de film épique ! Les lumières s’éteignent à nouveau. Le film reprend. Reprend ? Des geeks se lèvent, hurlent au projectionniste de remettre le long métrage depuis le début. La voix répond que « ce n’est pas un DVD, on ne peut pas rembobiner ». Allez, pour dix minutes, au point où on en est. Jake découvre son Avatar, rentre dans la machine, se connecte. La VF est de très bonne qualité, que ce soit en trad ou au niveau des voix. « C’est le pied ! » Puis ayé, on est lancé, vingt minutes dans le film, Jake découvre les forêts de Pandora et se fait attaquer par le Thanator. Quand tout à motherfucking coup, les sous-titres réapparaissent sur l’écran ! Holy shit ! Mais what the ?! Mais ?! Des voix commencent à s’élever. Cette fois, c’est certain, le Gaumont Disney Village va être rasé par une horde de fanboys en colère. A ce moment précis, au bord du précipice, de la fin de la civilisation, du retour à la barbarie, les enceintes crépitent. La bande son saute, avant de switcher sur une piste VO. Parfaitement calée.

Tonnerre d’applaudissements.

J’ai vécu les deux heures suivantes comme un premier rendez-vous avec une fille que je convoite depuis longtemps. Je n’ai pas été surpris, mais en m’offrant exactement ce que j’espérais, elle n’aurait pas pu me combler d’avantage. On aura essayé de me dire qu’elle n’est pas jolie, qu’elle manque de conversation. Au point que j’aurais tort de l’aimer, que je n’aurais pour des raisons absurdes pas le droit d’être heureux avec. Bile déversés par les cœurs de pierre, les prétentieux de tout poil. Car parfois il suffit juste de se laisser porter, de profiter du moment. Et je sais que j’ai bien fait d’attendre, de ne pas lui sauter dessus à la première occasion. En patientant jusqu’au bon soir, en lui laissant le temps de se faire belle, j’en ai pris plein les yeux, qui sont restés écarquillés. Tout ça valait le coup, la difficulté du périple ayant sublimé la rencontre. J’en suis rentré des images plein la tête, avec une seule certitude, le besoin de la revoir.

Le public a applaudit une nouvelle fois à la fin du film, mais cette fois ce n’était pas pour le projectionniste. Quant au retour, il fut à la hauteur de l’aller. J’ai patienté après minuit pour prendre le bus de nuit, direction gare de Lyon en une heure trente de trajet. Coups de téléphone pour partager mon expérience, finissage du Paul Auster, tous les moyens étaient bons pour que je ne m’endorme pas. Le trajet à pied de Gare de Lyon jusqu’à Oberkampf aura terminé de m’achever. D’où un effondrement au fond du lit, pour une nuit plein de beaux rêves.

636 – Epic Mickey Pt 1

Ca devait être une journée parfaite, prévue de longue date. Aller voir Avatar à Marne La Vallée dans la seule salle IMAX de France, pour une image gigantesque, haute définition, son ultime et 3D sublimée. Avec moi mon bro, mon pimp, sa nana et l’ex-femme de ma vie. Puis mon bro l’a vu de son côté avant. Puis mon ex est rentrée pour les fêtes. Puis la grève du RER A, seul chemin direct pour Disneyland, aura découragé mon couple de potes. Restait moi. Attendre trois semaines pour le voir dans le format ultime, ou le compromis, la salle normale. Fuck this shit que j’ai gueulé ! Une aprem’ entière sur le net plus tard, je dénichais un itinéraire bis. Transilien à Gare de L’est jusqu’à Lagny-Thorcy puis bus de banlieue. Une heure de route, faisable. La veille de mon retour sur Lyon, j’ai donc bravé la grève, enfourché mon train, romans dans le sac pour le trajet. A moi Avatar IMAX putain ! Forcément j’ai dû laisser passer un bus de banlieue, déjà blindé, attendre le suivant vingt-cinq minutes dans le froid pour arriver un quart d’heure avant la séance, complète.

Nique la race de sa mère la putain ! Six cent places disponibles, une grève et plein quand même ? Mais allez tous vous faire foutre ! Surtout quand les bus s’arrêtent en début de soirée, interdisant d’attendre la séance suivante. A moins que… Holy shit ! Un Noctilien ! Qui part une fois par heure toute la nuit et rentre sur Gare de Lyon. Bon, quatre-vingt-dix minutes de trajet, plus rentrer à pied de la Gare jusqu’à Répu… Rentrer bredouille après avoir fait tout ça, après avoir été abandonné, après avoir lutté contre la grève. FUCK NO ! Je tire un ticket pour la séance de 20h30, part devant la salle. Seul, je m’assois sur les marches, sort mon Paul Auster et commence à bouquiner. Au fil des heures d’autres me rejoignent, on discute, c’est cool. Option partage de taxi retour à quatre. Je retrouve la pêche. Surtout quand je réalise que je me retrouve à la première séance ever en IMAX VO ST. Un café dans le hall à dix-neuf heures et je me dis que finalement, ça va le faire. Grave.

La salle est une fois de plus complète. Hallucinant. Tunnel de pub, bientôt vingt et une heure. La salle s’éteint, le public frémis. Le logo IMAX se lance, chaussage de lunettes et sensation désagréable. La musique d’ambiance ne s’est pas éteinte. Musique d’ascenseur sur le monologue de début du film. Huées du public, ça grogne, ça flippe. On vient tous de loin, on a tous payé le surplus IMAX 3D. C’est lorsque la musique s’arrête enfin qu’on réalise qu’on a un autre problème, beaucoup plus grave : le son est décalé de deux secondes. On a la bande sonore en avance sur les images, et les sous-titres en retard dans l’autre sens. C’est quoi ce bordel. La salle hurle au projectionniste de régler le problème, des gens se lèvent alors que mon entrainement aux Divx pourri et mon côté bilingue me permettent de suivre à peu près. Le son saute, le projectionniste tente de recadrer, mais les choses ne font qu’empirer. Les spectateurs sont presque tous debout, crient, au bord de la révolution, de l’incendie du cinéma. Le film s’arrête au bout de dix min (Jake découvre son avatar), la lumière se rallume. Je me pince entre les yeux. Bordayl.

Tandis que la foule se retient de mettre le Gaumont à sac, que chacun père avoir des nouvelles du projectionniste, je ne suis certain que d’une chose. Je ne partirai pas d’ici, je ne rentrerai pas sans avoir vu Avatar en IMAX. Et ce même si je dois vivre la journée la plus éprouvante de tous les temps (parti de chez moi à 15h, rappelons-le), même si je dois dormir sur place, même si je dois étaler mon compte rendu sur deux grosses notes.
To be à continued…

D’ici là, bon réveillons les gens. Profitez bien.